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114. — Un cadeau.
Le surlendemain, à la fin du jour, M. Dumay, rentré des champs, les pieds dans de bons et spacieux sabots qu'il appelait ses pantoufles, regardait paternellement Suzette.
En robe claire et tablier à carreaux, elle vaquait au
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ménage, qui, en ces quarante-huit heures,
avait repris toute sa gentillesse passée. Elle vint ensuite s'asseoir près de la
fenêtre, devant un panier de belles laitues, bien pommées, et d'une fraicheur à
vous mettre l'eau à la bouche. Elle commençait l'épluchage, quand le gros loquet
de la porte s'ébranla.
— Bon ! dit-elle, sans même pencher la tête pour regarder au dehors, voilà nos écoliers ! et probablement avec les dents longues, comme à l'habitude.
Mais ce fut Sylvain qui entra, guêtré de toile bleue, tout embourbé de l'argile des labours, par lesquels il avait pris pour abréger les deux lieues de chemin qui séparaient la ferme de son patron de celle des Dumay.
— Bonsoir, Monsieur ! bonsoir, Mademoiselle !
Sa voix tremblait d'une joie contenue.
— Qu'y a-t-il, mon ami ? demanda le père.
— J'ai pensé aux abeilles, répondit-il, je vous apporte une ruche avec son essaim.
— Avec son essaim ! s'écria Suzette.
— Mon patron me l'a donné ; moi, j'ai fait la ruche, en paille de seigle bien tressée, solide et légère. Elle est là dans la cour. Voulez-vous la voir ?
On courut à la cour ; on vit la ruche soigneusement enveloppée d'une toile, et on alla aussitôt la mettre en place dans le jardin.
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— Ah ! monsieur Sylvain, que je vous remercie ! dit Suzette. Voilà la seule chose qui pût me faire plaisir ; vous l'avez deviné.
Elle lui tendit la main. Il semblait encore plus heureux qu'elle et montrait la vérité du vieux dicton* : « Plus doux est donner que recevoir. » On le retint à souper. Après le repas d'œufs à la coque et de fraîches laitues, on alla en famille faire un bout de conduite à l'ami Sylvain.
Le garçon, maintenant bien traité, estimé pour son travail, avait perdu sa physionomie un peu dure d'autrefois. A cette heure, sa parole, toute sa personne respiraient la paix d'un cœur adouci.
En revenant avec les siens après un quart d'heure de route, M. Dumay dit :
— Le voilà hors d'affaire, content de son sort. Je ne suis pas fâché que monsieur mon neveu, l'explorateur, nous ait procuré l'occasion de nous montrer les amis de ce pauvre enfant. Un peu de bonté envers les déshérités, il n'en faut pas plus, souvent, pour faire des heureux et de braves gens.
Questionnaire.
- — Comment était M. Dumay le surlendemain et que faisait-il ?
- — A quoi s'était occupée Suzette depuis quarante-huit heures et quel travail la tenait auprès de la fenêtre ?
- — Que dit-elle quand on frappa à la porte ?
- — Qui arrivait ?
- — Comment était Sylvain ?
- — Que dit-il à M. Dumay, puis à Suzette ?
- — Que vit-on dans la cour ? Comment fut-il remercié ?
- — Que lui offrit-on ?
- — Quel changement s'était fait en Sylvain ?
- — Quelle réflexion fit M. Dumay au sujet de Syivain quand ce dernier fut parti ?
DÉVELOPPEMENT DES SUJETS PROPOSÉS POUR EXERCICES.
Morale.
- — Quand peut-on dire qu'une jeune fille est bonne ?
- — Exemples.
- — La bonté empêche-t-elle qu'on blâme ce qui est mal ?
- — Pourquoi celle qui ne s'élève pas contre le mal n'est-elle pas vraiment bonne ?
- — Pourquoi la mère qui ne reprend pas les défauts de ses enfants n'est-elle pas une bonne mère ?
- — Comment peut-on être bonne et, en même temps, sévère à l'égard de ce qui est contraire au devoir ?
- — Exemples.
La bonté, qui est la plus grande vertu de la femme, consiste à satisfaire et à soulager les besoins des autres avant même qu'ils aient été exprimés ; elle va au secours de la pensée qui n'ose se produire, lit dans les regards baissés, entend le soupir qu'on étouffe, comprend et saisit le désir à peine formé. Elle n'oublie personne, ne manque à rien. Le mot qui va blesser, s'arrête sur les lèvres de la jeune fille vraiment bonne ; elle réprime dans son cœur tout sentiment capable d'affliger autrui. (Sur ces données, les élèves trouveront elles-mêmes des exemples qu'elles emprunteront à la vie de l'école et de la famille.)
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La bonté n'est pas faiblesse ; la bonté n'est ni tendresse ni obligeance banales, ni parti pris de trouver tout bien et d'être indifférent à tout ; la bonté n'est pas non plus indulgence aveugle et sensibilité au service du premier venu. Céder à tous, c'est ne rendre justice à la raison de personne ; aimer et obliger tout le monde, c'est n’aimer, c'est n'obliger personne. Trouver tout bien, c'est couvrir toutes les fautes de la même indulgence ; c'est traiter le mal à l'égal du bien ; c'est n'avoir la notion juste ni de l'un ni de l'autre.
Une mère qui ne reprend pas les défauts de ses enfants, les encourage à mal faire et les expose à contracter des habitudes qui, plus tard, seront des vices. Quand la plante est jeune, c'est là, dit-on, qu'il la faut redresser. Une mère peut reprendre ses enfants sans cesser d'être bonne, si elle le fait avec modération et réflexion, avec justice et indulgence, si elle est prompte à saisir l'éclair du repentir et à se servir de cette disposition pour que le châtiment soit accepté et subi avec résignation, comme une réparation nécessaire. Qu'elle ne sourie jamais à une action maligne, à un sentiment égoïste, à un mensonge ingénieux de l'enfant, mais qu'elle témoigne froidement et sur-le-champ le mécontentement qu'elle éprouve : l'enfant, qui la regarde comme sa conscience visible, retombera bien plus rarement dans pareilles fautes.
Histoire naturelle.
- — Quelles plantes sont employées pour préparer les salades ?
- — Décrivez les laitues diverses, la chicorée, le cresson, le pissenlit.
- — Ajoutez quelques détails sur la culture des laitues et de la chicorée.
Les plantes employées pour les salades sont : la laitue, dont il y a plusieurs variétés telles que la laitue frisée et la romaine ; la chicorée, le cresson, le pissenlit, le céleri.
La laitue ordinaire porte des feuilles larges, vertes ou brunes, qui se réunissent en une sorte de boule lorsque la plante acquiert son complet développement ; la laitue romaine a des feuilles allongées, raides, et forme des touffes d'où l'on tire souvent la matière de plusieurs salades. La chicorée est remarquable par ses feuilles extrêmement découpées que l'on réunit en faisceau, comme celles de la laitue, pour les faire blanchir et les rendre ainsi plus tendres à manger.
Le cresson présente des tiges herbacées de faible consistance qui portent des feuilles vert foncé, de forme arrondie et de saveur forte. On mange les unes et les autres.
Le pissenlit ordinaire croit naturellement dans les prairies ; c'est une plante de petite dimension du pied de laquelle sortent des feuilles très allongées, de saveur amère ; on arrache les pieds au printemps, dans la première période de leur croissance, et on les mange ainsi en salade.
les froids les plus rigoureux ont pris fin ; on les repique dans des plates-bandes bien fumées et on peut les récolter dès la fin de mai, ou de juin, s'il s'agit de la chicorée. Si l'on veut obtenir des laitues au mois d'avril, on repique des pieds pris également sur couche au mois d'octobre. On a soin de les planter à l'exposition du midi, le long d'un mur, par exemple.
Économie domestique.
- — Qu'est-ce qu'une salade ?
- — Comment prépareriez-vous une salade à la laitue, à la chicorée, au cresson, aux pissenlits ?
- — Prix du pied de chacune de ces salades au dernier marché. (Il n'est pas question du cresson ni des pissenlits
Une salade est un mets composé de certaines herbes ou de certains légumes assaisonnés avec du sel, du vinaigre et de l'huile, quelquefois avec du poivre et de la moutarde.
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LAITUE. — Enlevez les feuilles vertes extérieures et les plus grosses côtes ; fendez les plus grandes feuilles dans le sens de la longueur et coupez-les en deux ou trois morceaux ; lavez à plusieurs eaux et égouttez en vous servant d'un panier à claire-voie, dit vulgairement panier à salade. Assaisonnez ensuite de sel, de poivre, d'huile et de vinaigre (ce dernier condiment, dans la proportion du tiers de l'huile) ; retournez jusqu'à ce que toutes les feuilles soient imbibées, enfin présentez aux convives le saladier.
CHICORÉE. — La salade de chicorée, celles de cresson et de pissenlits se préparent de la même manière, sauf en ce qui concerne les feuilles. On ajoute à celle de chicorée des croûtes de pain frottées d'ail qui en relèvent le goût.
