Suzette: a Digital Edition

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126. — Un mariage.

« Paris, 1er septembre.

« Mon cher frère,

« Préparez votre habit de noce : votre neveu Louis se marie. Il s'est choisi, avec mon agrément, sa compagne d'existence.

« Vous rappelez-vous, mon frère, nos lectures de Télémaque*Télémaque. Livre de Fénelon qui traite des aventures de Télémaque. autrefois, et mon admiration de jeune fille pour sa fiancée, dont le portrait commence par ces mots : « Antiope est douce, simple et sage » ?

« La fiancée de Louis ne s'appelle pas Antiope ; elle se nomme Madeleine ; mais à part cela, c'est Antiope, douce, simple et sage.

« Elle n'apporte pas de dot*Dot. Le bien qu'une fille apporte en mariage. à un bon travailleur qui peut s'en passer ; elle a mieux que quelques écus : une profession. Elle est institutrice adjointe dans une école maternelle de Paris.

« Louis a voulu que je la visse au milieu de sa classe de cinquante bébés de trois à cinq ans.

« Rien ne pouvait me la rendre plus chère. Ah ! comme elle sait faire manœuvrer, chanter, travailler ce
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petit peuple, l'instruisant, l'amusant d'une façon si attentive, si sérieuse et si gaie à la fois ! Je me disais. Quelle excellente, intelligente et dévouée maman elle fait déjà ! Elle est fille de veuve et soutient sa mère, de faible santé.

« Louis et moi, nous vous demandons, mon frère, d'être témoin au mariage. Dans ma vie, je n'ai pas trop souvent regretté de n'être pas millionnaire ; mais voilà pourtant une belle occasion de regret ! J'aurais tant voulu vous avoir tous, mon cher Denis, réunir nos deux familles ! la petitesse de notre bourse nous retient des deux côtés.

« Voici toutefois comment, s'il vous plait, les choses pourraient s'arranger :

« Vous viendriez seul au mariage, — il se fera le 23 septembre ; — nous réserverions aux cousins et à la cousine, qui ont du temps devant eux, les noces d'argent*Noces d'argent, d'or, de diamant. Le 25e, le 50e, le 60e anniversaire d'un mariage., d'or, de diamant qui suivront en leur temps, je l'espère. Mais il est bon que Suzette et notre mariée n'attendent ni soixante ans, ni cinquante, ni même vingt-cinq pour se connaître, s'aimer comme deux bonnes cousines qu'elles vont être. Donc Louis et Madeleine iraient en voyage de noce à Fragicourt vous voir tous, et voir aussi le cher village, la terre paternelle. Qu'en dites-vous ?

« Pascal, qui n'est pas encore reparti pour l'exploration de l'Afrique, me charge de vous dire qu'il n'y manquera pas, dès que je le lui permettrai.

« En tout cas il n’entend pas se marier avant d'avoir fait une visite à Zanzibar, au Sahara et au Congo. Il travaille bien ; surtout il lit.

« Nous vous envoyons à tous nos tendresses ; nous embrassons de cœur chacun de vous.

« Veuve RICHARD. »

Suzette était ravie :

— Oh ! c'est là un bon mariage ! Et vous verrez Paris, papa !

M. Dumay se grattait l'oreille. Il souriait, après la
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lecture, comme avant. L'idée d'un voyage à Paris ne lui déplaisait pas du tout.

Mais peu à peu son visage devint sérieux :

— Non, non, vraiment, je ne puis partir, abandonner la ferme à François.

— Je suis là, papa ; François m'écoutera un peu ; puis Charlot sera alors en vacances ; et il a déjà la main solide et de la bonne volonté.

Elle lui représenta que le 23 septembre tombait juste entre la moisson finie et l'arrachage des betteraves non commencé, et que, si le fermier pouvait jamais prendre des vacances, c'en était bien l'heure.

Elle le poussa si bien que le voyage fut décidé.

Questionnaire.

  • — Qu'écrivait Mme Richard à son frère ?
  • — A qui comparait-elle la fiancée de son fils ?
  • — Qu'est-ce que la jeune fille lui apportait en dot ?
  • — Quels étaient sa fonction, son nom ?
  • — Où Mme Richard était-elle allée la voir ?
  • — Que pensait Mme Richard en quittant l'école maternelle ?
  • — Que demandait-elle à son frère ?
  • — Comment proposa-t-elle d'arranger les choses ?
  • — Qu'annonça-t-elle à propos de Suzette ?
  • — Quelle commission lui avait donnée Pascal ?
  • — Que pensait M. Dumay d'un voyage à Paris ?
  • — Qu'est-ce qui le faisait hésiter à quitter la ferme ?
  • — Que lui dit Suzette pour le décider à assister au mariage de Louis ?

DÉVELOPPEMENT DES SUJETS PROPOSÉS POUR EXERCICES.

Morale.

  • — Quand peut-on dire qu'une jeune fille est douce ? Donner des exemples.
  • — En quoi consiste la simplicité dans les paroles, dans les manières, dans les vêtements, dans les goûts ?
  • — A quoi reconnait-on qu'une jeune fille est sage ?

Une jeune fille est douce lorsqu'elle traite avec bonté ses compagnes, surtout les plus petites et les plus faibles ; elle ne méprise pas les personnes qui sont au service de ses parents ; elle répond avec soumission à sa mère et d'un ton gracieux ; elle ne parle ni d'une façon brusque ni avec la nonchalance des gens indifférents ; elle reprend avec mesure, conteste sans opiniâtreté, refuse sans sécheresse, reçoit avec empressement les excuses et ne garde de ressentiment contre qui que ce soit.

La douceur n'exclut pas la fermeté ; c'est pour cette raison que la plupart des personnes molles, craintives, indiffèrentes, ne sauraient être taxées de douceur. On peut être douce et vive à la fois.

La simplicité n'est point un mérite vulgaire ; il faut avoir beaucoup de mérite pour être simple ; on dit avec raison que, dans le caractère. dans les manières, la suprême excellence est la simplicité. Une jeune fille simple ne se préoccupe pas d'attirer les regards, car, pour se montrer avec tous ses avantages, il n'y faut point penser ; elle ne cherche pas les petits succès et elle s'impose une sévère attention sur les motifs qui la font parler et agir. Elle est éloignée de toute recherche dans sa parole et dans ses vêtements ; elle se garde de copier la toilette des personnes qui lui sont supérieures en fortune, et encore moins de celles qui affectent une mise extraordinaire ; elle devine ce qui est de bon goût ; elle comprend où se trouve le ridicule. Son langage est correct, clair, naturel ; elle évite les tournures prétentieuses, les mots qu'une
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mode bizarre met en circulation, les liaisons multipliées et l'emploi de formes de conjugaison que l'usage n'admet plus.

On reconnaît qu'une jeune fille est sage lorsque sa conduite est conforme à la morale et aux conseils de ceux qui ont autorité sur elle ; elle fait le bien au lien de le prêcher.

Elle obéit aux lois et coutumes de son pays ; elle pratique les habitudes admises dans la bonne société ; ferme et résolue dans ses actions, elle ne se laisse entraîner au mal ni par l'appât des louanges, de l'argent, ou des honneurs, mettant une bonne réputation au-dessus de tout. Prudente dans ses discours, retenue dans ses pensées, elle montre une juste défiance d'elle-même en s'éloignant des occasions de commettre des fautes ; elle a peu d'amies, et seule sa mère possède toute sa confiance ; elle ne recherche pas le plaisir, et ne trouve rien de plus doux que les occupations de l'école ou du ménage. Elle se détermine pour une action, pour une opinion, sans consulter autre chose que sa conscience et sans s'inquiéter du choix des autres ; elle cultive sa raison et cherche la vérité en toute chose.

Instruction civique.

  • — Qu'est-ce qu'une dot ; — un trousseau de mariage ?
  • — Quelle est ta plus précieuse richesse qu'une jeune fille puisse apporter dans son futur ménage ?
  • — Prouvez-le par des exemples.
  • — Qu'est-ce qu'un contrat de mariage ; — les témoins du mariage ?

Une dot est le bien qu'une jeune fille apporte en mariage ; elle reste la propriété de la femme, quoique le mari en partage la jouissance et en ait le plus souvent l'administration.

Un trousseau est l'ensemble des habits et du linge qu'on donne à une jeune fille lorsqu’on la marie ; si elle est laborieuse, c'est elle-même qui doit le préparer en grande partie.

La plus précieuse richesse qu'une jeune fille puisse apporter dans son futur ménage, c'est non l'argent, les terres et un trousseau considérable, mais, avec une conduite irréprochable, de l'instruction, des habitudes de simplicité, d'ordre et de travail. Ainsi l'aisance régnera dans son intérieur à côté du bonheur domestique. Autrement, la discorde y entrera ; le gaspillage des ressources du ménage, la prodigalité, l'habitude de dépenser sans compter, les goûts de toilette, amèneront une prompte ruine. Des exemples trop nombreux le démontrent chaque jour, et devraient inspirer des idées sérieuses aux jeunes personnes pour qui les choses de toilette et les satisfactions de la vanité paraissent être le principal objet de la vie.

Le contrat de mariage sert à déterminer les conditions pécuniaires du futur mariage, suivant que les époux vivront sous le régime de la communauté, sous le régime dotal ou sous le régime de la séparation de biens. Le contrat de mariage doit être rédigé, avant le mariage, pardevant un notaire.

Les témoins sont les personnes qui assistent le père et la mère de chacun des futurs époux dans la célébration de l'acte du mariage. Ils signent sur les registres où les actes auxquels donne lieu cette cérémonie sont inscrits tant à la mairie qu'à l'église.

Industrie.

  • — Qu'est-ce que le sucre ?
  • — Quelles plantes en contiennent ?
  • — Indiquez les principales opérations de la fabrication du sucre de betteraves.

Le sucre est le produit de la cristallisation de la partie solide d'un suc très doux qu'on extrait de certaines plantes, telles que la canne à sucre, la betterave, les melons, les figues, les raisins, les poires, les fraises. Le miel on est presque entièrement formé.

La canne à sucre, grand roseau qui croît dans les régions tropicales,
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est remplie à l'intérieur d'une mœlle juteuse et sucrée. On on exprime le suc en écrasant les roseaux entre deux cylindres ; après qu'on l'a chauffé et qu'il a subi diverses opérations, on en obtient le sucre sous la forme de cassonade ; puis on le raffine et on le vend en pains coniques très blancs.

La betterave donne la plus forte partie du sucre consommé en France, et l'on préfère pour cet objet l'espèce à chair blanche. Après le lavage des racines, on les réduit en pulpe. Cette pulpe, introduite dans des sacs de laine, est soumise à une forte pression, et le jus qui s'en écoule est recueilli dans des auges ou cuves. On le chauffe jusqu'à consistance de sirop, et au cours de cette opération, on y jette un peu de chaux pour le clarifier. On l'amène ensuite dans des vases appelés turbines qui tournent avec une rapidité extrême et dans lesquels la cassonade se sépare de la partie visqueuse et non cristallisable appelée mélasse.

Il ne reste plus qu'à épurer la cassonade et à mettre en moules le produit obtenu.

Économie domestique.

  • — Prix du demi-kilogramme de sucre.
  • — Usages du sucre à la maison.
  • — Qu'entend-on par plats sucrés ? Citez-en.
  • — Comment prépare-t-on une crème au café ?
  • — Faut-il donner à manger du sucre aux enfants, et pourquoi ?

Le demi-kilogramme de sucre coûte...

Dans le ménage, le sucre sert à préparer plusieurs boissons et tisanes, à faire des sirops, des confitures, à assaisonner le café, le thé, le chocolat, diverses pâtisseries, des fruits cuits, et à confectionner nombre de plats.

On entend par plats sucrés certains mets où le sucre forme le principal et parfois l'unique assaisonnement ; tels sont : les beignets, les charlottes de pommes, les croquettes de riz, les crèmes renversées, les pommes au beurre, les pots de crème, les soufflés de fécule, etc.

CRÉME AU CAFÉ. — Pour préparer une crème au café, faites bouillir un litre de bon lait auquel vous ajouterez environ une demi-tasse de café noir très fort et 200 grammes de sucre cassé ; retirez du feu après cinq minutes d'ébullition. Cassez à part six jaunes d'œufs dont un ou deux entiers, battez-les ; mêlez-les avec le lait, passez au tamis, versez dans le plat ou dans de petits pots, et faites prendre au bain-marie avec couvercle de feu dessus.

Il faut donner le moins possible de sucre à manger aux enfants, car il attaque la matière des dents et les fait noircir ou tomber.

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