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91. — Asperges d'Argenteuil*Argenteuil. Petite ville des environs de Versailles..
Il faisait maintenant grand jour. On sortit des pavillons. Et ce fut comme si, l'on entrait dans un autre immense marché, celui-ci en plein air.
La file des chariots de cresson était partie. Mais il y avait un tohu-bohu*Tohu-bohu. Bruit confus d'une foule. de charrettes, les unes vides, les autres pleines de légumes, produits des maraîchers*Maraîcher. Jardinier qui cultive les terrains à légumes qu'on appelle marais. des environs de Paris, la concurrence aux légumes venus de loin par chemin de fer.
Et les maraîchers criaient gesticulaient, appelaient en hâte l'acheteur.Et les maraîchers criaient, gesticulaient, appelaient en hâte l'acheteur ; car ils
devaient déguerpir au coup
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de huit heures sonnant à l'église Saint-Eustache, pour rendre le pavé à la circulation. L'heure
approchait.
C'est cet instant, qu'avec patience, attend la ménagère soigneuse de ses deniers*Denier. Pièce de monnaie de peu de valeur et qui est hors d'usage.. Car elle sait que l'orgueil du marchand et ses prix baissent au son de cette cloche ; il ne tient pas à remporter sa marchandise invendue.
Tout en mettant Suzette au courant de ce petit tour, Mme Richard guignait de l'œil une superbe botte d'asperges.
— Asperges d'Argenteuil, lui dit-elle à l'oreille ; je veux t'en faire goûter... Fameuses !
Elle acheva l'éloge par un de ces petits claquements de langue qui en disent plus long que des discours.
Huit heures moins cinq !
Suivies de Pascal, aux bras ballants, les trois dames et les trois paniers s'avancèrent en bon ordre. Et la bataille s'engagea avec les asperges d'Argenteuil.
C'étaient, en effet, de bien belles asperges, plus grosses que le pouce, régulières, et d'un lilas rosé si fondu, si délicat !
Mais la marchande ne les valait pas. Elle avait une moustache, des yeux revêches ; les os lui perçaient la peau.
— Combien cette botte ?
— Trois francs soixante-quinze.
Mme Richard leva au ciel ses bras et son panier :
— Trois francs soixante-quinze ! ! !
— Pas un sou de moins.
Après une minute de discussion, elle passa à trois cinquante. Mais à partir de ce moment, ce fut une barre de fer. La tante s'égosilla en vain.
Suzette toucha du coude Pascal et lui dit en riant :
— Tu dois savoir la chanson des asperges ? Chante la-lui.
— Bah ! celle-là n'entend pas la musique, répondit le chanteur.
La bravoure de Mme Richard faiblissait devant l'ennemi. Enfin, comme dernier et décisif argument, elle invoqua le coup de cloche de huit heures, qui sonnèrent juste, amicalement.
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— Le coup de cloche ! s'écria la paysanne, le coup de cloche, je m'en moque comme d'une guigne ! Je suis assez riche pour manger mes asperges, si je ne les vends pas !
Et, tout en montant dans sa charrette avec sa marchandise, elle grommela contre les mauvais clients. Mais on lui avait déjà tourné le dos.
Questionnaire.
- — Où entra-t-on en sortant des pavillons ?
- — Qu'est-ce qui avait remplace les chariots de cresson ?
- — Que faisaient les maraîchers, et pourquoi ?
- — Quel moment attend avec impatience la ménagère pour faire ses achats de légumes ?
- — Que dit Mme Richard à Suzette à propos d'asperges ?
- — Comment était la marchande ?
- — Comment la tante essaya-t-elle d'avoir une belle botte d'asperges ?
- — Que dit la maussade marchande au coup de huit heures ?
DÉVELOPPEMENT DES SUJETS PROPOSÉS POUR EXERCICES.
Civilité.
- — Que pensez-vous de la conduite de la marchande ?
- — Qu'aurait-elle dû faire et dire ?
- — Quand dit-on qu'une personne est polie ?
- — Qu'indiquent des manières polies ?
- — Quelles qualités suppose la politesse ?
La conduite de la marchande est celle d'une personne grossière et insolente. Si elle trouvait insuffisant le prix offert par Mme Richard, elle devait lui dire simplement : « Je ne puis céder la botte au-dessous de 3 fr, 75 ; il est inutile d'insister. »
On dit qu'une personne est polie lorsqu'elle observe toujours, mais sans affectation, les usages généralement adoptés dans la société pour rendre les relations agréables et faciles. Un enfant poli se gardera de la brusquerie, des manières hautaines, impérieuses et dédaigneuses ; il témoignera des égards surtout aux personnes faibles ou âgées ; il sera silencieux à table et attendra sans impatience qu'on ait servi les autres ; il n'interrompra jamais, contredira encore moins et évitera de parler sur un ton élevé.
Les manières polies indiquent que l'on sait concilier avec agrément ce qu'on doit aux autres et ce qu on doit à soi-mème ; elles font par donner bien des défauts et elles donnent plus de relief aux bonnes qualités.
La politesse suppose que l'on a du cœur, de l'esprit et de la délicatesse dans les sentiments ; on prend toujours bonne opinion de ceux chez qui l'on reconnaît des manières soignées et un langage poli ; c'est même ainsi qu'on juge si quelqu'un a reçu une bonne éducation.
Géographie.
- — De quelles localités de votre voisinage proviennent les légumes qu'on achète au marché de votre résidence ?
- — Quelles communes de votre arrondissement sont connues pour fournir tels ou tels légumes ?
(Cette question étant exclusivement locale, l'élève seule sera à même de la développer.)
Horticulture.
- — Dire quelques mots de la culture des asperges, — de l'aspect de la plante aux diverses époques de l'année.
- — Quand coupe-t-on les asperges ?
Les asperges se cultivent dans les champs et les jardins ; mais
les plus belles et les plus productives espèces réclament un terrain léger
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et abondamment pourvu d'engrais. Au printemps, le pied d'asperges, qui se ramifie sous le sol en une multitude de racines, pousse
des rejetons de la grosseur du doigt, tendres et de couleur verte avec des
nuances roses ; c'est la partie de la plante qu'on mange et que l'on coupe
dès qu'elle peut donner une tige de 20 a 25 centimètres. En été, le pied d'asperges présente l'aspect d'un joli arbuste au feuillage délicat, d'un
vert foncé, qui porte, en automne, des baies rouges de forme sphérique et de
l'effet le plus gracieux.
On commence à couper les asperges au mois d'avril ou de mai selon que le printemps est plus ou moins précoce ; dans le Midi, c'est dès le mois de mars que la plante commence à produire.
Économie domestique.
- — Combien un are de terrain peut-il produire de bottes d'asperges par semaine, et pendant combien de temps ?
- — Prix d'une botte ordinaire d'asperges.
- — Revenu d'un are planté en asperges, en supposant qu'il nécessite 20 francs de frais.
- — Comment sert-on les asperges ?
- — Manière de préparer les diverses sauces auxquelles on mange ce légume.
(N. B. — Les trois premières questions sont exclusivement locales, en ce sens que les produits du terrain et les prix de vente varient selon les régions, les départements et même les diverses localités ; les élèves devront prendre des renseignements auprès des personnes aptes à les instruire à cet égard.)
Aussitôt qu'elles ont été cuites à l'eau bouillante, les asperges sont servies dans un plat long après avoir été égouttées, et chaque convive en prend à la main, ou avec un ustensile particulier, la quantité qui lui convient.
Ce qui fait la bonne sauce blanche avec laquelle on mange les asperges, c'est la qualité du beurre et l'emploi du moins possible de farine. Mettez dans une casserole gros comme un œuf de beurre, du sel et du poivre blanc ; quand il est fondu, prenez une cuillerée à bouche de farine ; mêlez et versez petit à petit, en tournant toujours, presque un verre d'eau bouillante. Quand le tout est délayé, retirez du feu, ajoutez un jaune d’œuf un peu battu avec un filet de vinaigre et servez.
On mange encore les asperges avec une sauce à l'huile et au vinaigre exactement composée comme celle de la salade.
