Suzette: a Digital Edition

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77. — La salle d'attente.

Dans cette salle se trouvaient déjà nombre de voyageurs, des messieurs, des dames, debout ou assis à côté de valises, de sacs de nuit, de cartons à chapeaux, de paniers, de paquets entourés de ficelles ou de courroies.

Suzette fit asseoir sur un bout de banquette Ludivine, de plus en plus ahurie* Ahuri. Troublé. , et qui poussait de profonds soupirs :

— Ah ! j'avais bien juré que jamais, au grand jamais, je ne mettrais les pieds ici ! mais le malheur veut que je doive aller moi-même chercher de l'argent à Tergnier ! Suzette, qui avait déjà vainement essayé de la rassurer, ne l'écoutait pas.


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Cependant, après quelques minutes, le visage de Ludivine commença à se dérider. Puis, après avoir regardé autour d'elle et sur la banquette où elle était assise :

— Ah çà ! mais, on ne le sent point marcher ! Il n'est peut-être pas si dur que je le croyais.

Suzette la regarda.

—Est-ce que tu le sens, toi, petite ?

Quoi ?

— Hé ! le chemin de fer, donc ! Ne sommes-nous point en chemin de fer ?

La porte de la salle s'ouvrant en ce moment dispensa Suzette de répondre.

La grosse voix de tout à l'heure cria :

— Voyageurs pour Tergnier, Chauny, Noyon, Compiègne, Creil, Chantilly, Paris, en voiture !

A ces cris, au mouvement qui s'ensuivit, Ludivine Évitez la rencontire des affolés. s'était accrochée au bras de Suzette et, de nouveau ahurie :

—Ma fille ! mais je nous croyais en route !... Ah ! que va-t-il arriver ?

Du quai* Quai. Trottoir le long d'une vole de chemin du fer. , au tournant d'une courbe, on vit accourir la locomotive comme un monstrueux animal se ruant à l'ennemi ; on entendit son énorme halètement* Halètement. On compare ici la locomotive à un animal haletant, hors d'haleine. . En soufflant, sifflant, fumant, elle s'arrêta.
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Puis les wagons ayant reçu leurs voyageurs, elle souffla, siffla encore et se lança.

— Cette fois, Ludivine, nous sommes en route.

— Aïe ! aïe ! je le sens bien, ma fille ;... le ciel ait pitié de moi ! Ah ! quel malheur ! Et ce tapage du diable ! C'est terrible ! Bien sûr j'en resterai au moins sourde !

Enfin, voici Tergnier !

Ludivine sauta de wagon, fila comme un lièvre ; et, en agitant son parapluie pour saluer une dernière fois Suzette, décoiffa un monsieur, manqua d'éborgner une dame, qui se fâchèrent.

Évitez la rencontre des affolés*Affolé. Qui perd la raison..

Questionnaire.

  • — Que se trouvait-il dans la salle d'attente ?
  • — Que faisait et disait Ludivine ?
  • — Quelle idée survint à l'esprit de Ludivine ?
  • — Qu'entendit-on tout à coup ?
  • — A quel point Ludivine était-elle affolée ?
  • — Qu'aperçut-on du quai ?
  • — Reproduisez les absurdes exclamations de Ludivine en wagon.
  • — De quelle manière sortit-elle du wagon et de la gare de Tergnier ?

Morale.

  • — Fraudes en chemin de fer (voyage dans un wagon d'une classe supérieure, billets insuffisants, déclaration inexacte dans l'âge des enfants).
  • — Qu'en pensez-vous ; peut-on justifier ou excuser ces fraudes ?
  • — Leurs conséquences.

Parce qu'ils ne traitent pas directement avec les propriétaires du chemin de fer pour se munir de billets de circulation, il est des gens peu délicats qui n'éprouvent aucun scrupule à frauder.

Ainsi, ils voyageront en seconde classe avec un billet de troisième ; ils prendront, par exemple, un billet pour Blaye et descendront à la deuxième station au delà ; ou bien encore ils donneront comme étant âgé de moins de sept ans un enfant ayant dépassé cet âge, afin de n'avoir à payer qu'une demi-place ; on voit même parfois des individus assez indélicats pour s'introduire dans un compartiment sans être munis d'un billet.

On ne peut excuser ni justifler ces fraudes ; le chemin de fer a coûté et coûte des sommes considérables ; il doit donc produire un revenu ; celui qui agit comme nous venons de le dire peut être assimilé à un voleur, et la justice le traite comme tel.

Lorsque les agents du chemin de fer ont constaté l'une de ces fraudes, l'auteur est cité devant le tribunal, qui le condamne soit à l'amende, soit à la prison, soit encore à tous deux à la fois.

Composition.

  • — Décrire les salles d'attente de la gare voisine (mobilier, affiches, voyageurs, employés).

(Voir COURS DE COMPOSITION FRANÇAISE (Degré supérieur), par E. LAPORTE, page 203, Partie du maître.)

On pourra commencer de la manière suivante :

La salle d'attente de la gare de... est une vaste pièce de... mètres de longueur sur... mètres de largeur. On y accède par une porte vitrée à double battant, et elle est éclairée par... fenêtres de grande dimen-
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sion. Dans le mur opposé est une seconde porte qui aboutit sur le quai de la voie...

Industrie.

  • — Donner une idée sommaire de la locomotive.
  • — Qu'est-ce qui la met en mouvement ?
  • — Qui la dirige, qui alimente le foyer ?
  • — Décrire le tender les divers wagons de voyageurs, un wagon à marchandises ; parler des freins, des bouilloites.
  • — De quoi se compose un train ?
  • — Les diverses sortes de trains. — Rapidité du parcours dans chacun d'eux.
  • — Comment feriez-vous enregistrer vos bagages ou expélier un paquet à une localité voisine ?

On appelle locomotives des machines à vapeur montées sur un train de voiture, et qui se déplacent elles-mêmes en transmettant le mouvement à des roues.

Les parties principales de la locomotive sont : le châssis, la boite à feu, le corps cylindrique de la chaudière, la boite à fumée, les cylindres à vapeur et les roues motrices.

Le châssis est un cadre en solides pièces de chêne, qui supporte toute la machine.

La boite à feu renferme le foyer dont la flamme chauffe l'eau de la chaudière pour la production de la vapeur.

La chaudière est un énorme cylindre en cuivre rouge d'un mètre environ de diamètre ; elle est entourée de douves d'acajou, et contient un grand nombre de tuyaux horizontaux pleins d’eau autour desquels circule la flamme du foyer.

La fumée sort par la boite à fumée et un tuyau extérieur.

La vapeur se rend dans deux cylindres, où elle agit sur deux pistons auxquels elle imprime un mouvement de va-et-vient qui produit le mouvement circulaire des roues motrices.

Un mécanicien dirige la machine ; le chauffeur alimente le foyer avec du charbon de terre.

Le tender est une solide voiture non couverte, à parois formées de plaques de fer, dans laquelle se trouvent l'eau et le combustible destinés à la machine.

Il y a trois catégories de wagons à voyageurs :

1° Les wagons de 1re classe à compartiments capitonnés en drap de couleur claire et pourvus de tout le confort désirable : tapis, portières, stores, filets.

2° Les wagons de 2e classe capitonnés en drap de couleur foncée ; ils ont également des banquettes rembourrées, des filets et des stores, mais moins riches que dans coux de la classe supérieure.

3° Les vagons de 3° classe, à parois de bois, dont le siège est rembourré parfois, mais non sur la ligne du Nord et celle de l'Ouest ; exceptionnellement, ils sont pourvus de stores et de filets.

Les wagons à marchandises peuvent être assimilés à de grosses caisses munies d'une porte et qui ne présentent aucun compartiment ; il en est qui ne sont pas recouverts.

Les freins sont des appareils à air comprimé qui permettent de suspendre presque instantanément la marche d'un train ; ils préviennent ainsi le désastre qui résulte de la rencontre de deux trains.

Les bouillottes sont des cylindres aplatis de cuivre rouge dans lesquels on introduit de l'eau chaude ; les voyageurs y appuient leurs pieds pendant les froids de l'hiver.

Un train se compose de la locomotive, du tender, des wagons de toutes classes et du fourgon de bagages.

Il y a plusieurs sortes de trains !

Les trains rapides, qui effectuent sans arrêt des parcours de 100 à
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150 kilomètres ; — les trains directs, qui s'arrêtent aux stations principales ; — les trains omnibus, qui desservent toutes les stations. Les premiers parcourent de 60 à 75 kilomètres par heure ; les seconds, 50 ; les derniers, 30 à 35.

Pour faire enregistrer ses bagages, on les fait conduire par les facteurs à la salle des marchandises si l'on ne peut les garder à la main ; on prend un billet de parcours et l'on revient à ses bagages. Alors les employés les pèsent, les enregistrent et vous remettent, moyennant 0 fr. 10, un certificat qui constate le depôt.

On suit les mêmes formalités pour envoyer un paquet ; s'il doit arriver franco à destination, il faut acquitter à l'avance le montant du transport.

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