Suzette: a Digital Edition

Page: 258

75. — Le beau temps.

Un matin de mai, un de ces matins fleuris, bleus, lumineux, chantés du vieux poète :


Le temps a laissé son manteau
Le temps a laissé son manteau
De vent, de froidure et de pluie,
De vent, de froidure et de pluie,
Et s'est vêtu de broderie,
Et s'est vêtu de broderie,
De soleil luisant clair et beau,
De soleil luisant clair et beau,

M.Dumay, dans sa cour, saluait le retour de la première hirondelle. Il suivait des yeux le vol ému de l'oiseau, tournoyant, planant*Planer. Se dit d'un oiseau qui se soutient en l'air, les ailes étendues et immobiles., tournoyant encore en cercles de plus en plus rapprochés, et soudain, avec un petit chant d'allégresse*Allégresse. Joie qui éclate au dehors., courant à tire-d'aile vers son nid de l'an passé, suspendu à la corniche du colombier.

A cet instant, la lourde porte s’ouvrit. C'était le facteur, avec une lettre. M.Dumay la décacheta, ajusta ses lunettes, la parcourat, puis appela :


Page: 259

Suzette !

Suzette parut sur le seuil.

— Te rappelles-tu ce que je répondis à ta tante quand elle parla d'un voyage à Paris ?

Oui, père ; vous lui dites : « Attendons le beau temps. »

—Et quel temps fait-il, aujourd'hui ?

Elle leva vers le ciel et vers le nid de l'hirondelle un regard souriant.

— Eh bien ! ma fille, prépare tes hardes, voilà une lettre de ta tante.

La lettre lue, elle embrassa joyeusement son père.

Une heure après, elle hésitait :

Voyons ! S'en aller pendant une quinzaine, abandonner les rênes*Les rênes de la maison. La direction de la maison. de sa maison, pour une ménagère, ce n'est pas une mince affaire ! Qui va faire le ménage et la soupe ? Qui, le samedi, tirera de l'armoire, sans tout bousculer, les vêtements de rechange, les chemises, les mouchoirs, les chaussettes?

En songeant ainsi, elle regardait ses trois frères dont les deux derniers, elle le voyait bien, eussent, pour aller aussi à Paris, donné leur part de toutes les soupes et de tout le linge blanc du monde. Mais ils n'étaient pas invités, les logements parisiens ne permettant pas une hospitalité aussi large. Eh bien ! comment, restant ici, traiteraient-ils la marmite ? comment mangeraient le père et l'aîné, les deux travailleurs ?

Mme. Valon, qui entrait en ce moment trancha la question.

— Vite, vite à Paris, Mademoiselle Suzette ! Et une fois là, ouvre les yeux ; regarde les gens et les choses; ouvre aussi les oreilles, amasse des observations, et écris-nous. Les deux jeunes frères passeront chez moi tout le temps de ton absence ; ma mère s'occupera de leur pâtée. Et même, si tu le veux, celle de Jacques et de ton père bouillira avec la nôtre. — Elle se mit à rire : — Il faut bien avoir pitié de ces pauvres hommes, tous incapables de se nourrir eux-mêmes ! Quant au menage, bah ! il t'attendra.


Page: 260
260 SUZETTE.

Qu'y avait-il à répondre à tant de bonne grâce ? Embrasser cette excellente amie, et préparer le départ.

C'est ce que fit Suzette.

Questionnaire.

  • — Récitez les vers relatifs à un matin du mois de mai.
  • — Que regardait M.Dumay ?
  • — Qui entra et que recut le fermier ?
  • — Comment annonça-t-il à Suzette qu'elle devait se préparer à aller à Paris ?
  • — Quels motifs faisaient hésiter la jeune fille ?
  • — Qu'auraient fait ses trols frères à sa place ?
  • — Qu'est-ce qui l'inquietait à leur égard ?
  • — En quels termes Mme Valon décida-t-elle Suzette à quitter sa famille pour quelques semaines ?
  • — Comment Suzette lui témoigna-t-elle sa gratitude ?

DÉVELOPPEMENT DES SUJETS PROPOSÉS POUR EXERCICES.

Morale.

  • — LES VOISINS.
  • — Qu'entend-on par voisins ?
  • — Comment doivent-ils vivre entre eux ?
  • — Services qu'ils se rendront ; égards qu'its auront les uns pour les autres.
  • — Discrétion qui doit régner dans leurs rapports.

On entend par voisins les membres des familles dont les habitations sont contiguës ou très rapprochées de la nôtre.

Les voisins doivent vivre entre eux avec cordialité, user de prévenances, échanger de bons offices. Ils ont d'ailleurs de fréquentes occasions de s'obliger mutuellement : l'un sort ; le voisin veillera à la sûreté de sa maison, donnera un coup d'œil à la basse-cour, ira faire un tour à l'écurie. Une voisine se rend au marché ; elle peut s'enquérir de ce que désire la personne qui demeure près d'elle et se faire un plaisir de le lui apporter. On surveillera les enfants sans en avoir l'air ; on donnera un coup de main dans le cas d'un travail pressé ; on passera la nuit auprès d'un malade ; on préparera le repas de famille si la mère est souffrante ou absente, etc., etc.

Ce qui est encore mieux, c'est de ne point parler inconsidérément les uns des autres, de se garder de réflexions blessantes, enfin d'echanger des confidences sur ce qu'on a pu voir ou remarquer. On aura, de plus, des attentions pour les vieillards et pour les enfants.

Une chose rend les rapports de voisinage pénibles et difficiles : c'est lorsqu’on vit auprès de gens curieux, questionneurs, sans cesse aux fenêtres pour observer ce qui se passe ailleurs, toujours aux écoutes afin de saisir quelques mots qui les mettront au courant d'affaires intimes. De telles personnes sont de vrais fléaux et perdent bientôt les sympathies qu'on leur avait d'abord accordées.

Composition.

  • — Lettre de Jacques à l'une de ses tantes.
  • — Il lui parte surtout des ennuis, des inconvénients qui résultent, dans le ménage, du départ de Suzette.
  • — Réflexions sur le rôle important d'une femme dans une maison, dans la famille.

SOMMAIRE. — Quelques mots relatifs au départ de Suzette. — Esquisser ce qu'elle faisait chaque jour pour le ménage et les repas ; parler des petits services qu'elle rendait à chaque instant ; — dire ce qu'il en est maintenant, malgre les bons offices de Mme Valon ; — faire une description quelque peu gaie de l'aspect peu satisfaisant des chambres, des repas. — Faire remarquer que lorsque Suzette était à la maison, on était si bien habitué à voir tout parfaitement tenu et prêt à l'heure, qu'on n'y faisait guère attention, mais qu'aujourd'hui..... — Former le vœu de la voir bientôt de retour. — Ajouter toutefois qu'on est heureux de la savoir contente de visiter Paris ; — donner des nou-
Page: 261
velles de tous ; — présenter des compliments affectueux à l'oncle et des amitiés aux cousins. — Écrire l'adresse à part.

Géographie.

  • — LE VOYAGE DE SUZETTE.
  • — Tracer le croquis du parcours en chemin de fer de Saint-Quentin à Paris ; indiquer les stations principales
  • — (noter à part les cours d'eau suivis et traversés par le chemin de fer).

Les principales stations seront : Saint-Quentin, Tergnier, Chauny, Noyon, Compiègne, Pont-Sainte-Maxence, Creil, Chantilly, Louvres, Saint-Denis, et enfin Paris.

On suit le cours de l' jusqu'à Creil : on traverse l' un peu au nord de Compiègne et la à Chantilly.

Astronomie.

  • — Ce qu'est une saison.
  • — Dates du commencement et de la fin des quatre saisons.
  • — Ce qui caractérise chacune d'elles : température, travaux, produits et plaisirs.
  • — Laquelle préférez-vous, et pourquoi ?

On sait qu'au 21 mars et au 21 septembre la durée des jours et celle des nuits sont égales, d'où le nom d'équinoxes qui est donné à ces époques. Le 21 décembre est le jour le plus court de l'année, et le 21 juin, le plus long. On appelle la première date le solstice d'hiver et la seconde, le solstice d'été.

On nomme saisons chacune des parties de l'année comprises entre les équinoxes et les solstices ; leur durée est de trois mois.

Le printemps commence au 21 mars et finit au 21 juin ; c'est l'époque à laquelle la végétation reprend son cours ; les arbres se couvrent de fleurs, de feuilles, et les champs, des produits les plus variés ; on ensemence les jardins, on greffe les arbres, on sarcle les céréales.

L'été règne du 21 juin au 21 septembre : les fruits précoces mûrissent ; les blés et les autres céréales, de même ; les prairies sont fauchées, les cerisescerises cueillies, les blés, les siegles, les orges, les avoines, moissonnés ; on a abondamment de légumes, et l'on arrache les pommes de terre et les betteraves. Déjà l'on mange les chasselas.

L'automne commence le 21 septembre et se termine le 21 décembre. On achève de cueillir les fruits, on vendange, on débarrasse le soi de toutes ses récoltes ; c'est encore le moment des semailles ; puis viennent les froids, qui donnent le signal des travaux d'intérieur : battage du blé, soins aux vins, fabrication de l'huile, de l'eau-de-vie, etc.

L'hiver termine l'année ; il commence le 21 décembre et finit le 21 mars ; c'est la saison des frimas, de la neige, des bourrasques. On pratique des rigoles dans les champs, on émonde les haies ; on répare les clôtures, et l'on achève les travaux d'intérieur. Lorsque le temps est favorable, on sème les avoines en mars, et l'on commence à préparer les jardins ainsi qu'à tailler la vigne.

Document
Object Type
XML document
On
HTML output method
TEI