Suzette: a Digital Edition

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67. — L'interrogatoire.

Mais l'intrépide parleur de tout à l'heure ne se pressait pas de rouvrir la bouche.

Un regard du camarade Sylvain l'invita à ne pas prolonger leur gêne ; et, sous les autres regards qui le pressaient de tout côté, M. Pascal dit enfin :

— Vous la connaissez donc, cette montre ?

— C'est à moi d'interroger. Où l'avez-vous prise ? Répondez !

Le garçon releva la tête :

— Monsieur, je ne suis pas un voleur !

— Nous verrons bien ; répondez.

— Réponds, ajouta Sylvain, en touchant doucement du coude son camarade.

Des larmes, bien qu'énergiquement retenues, roulaient dans les yeux de M. Pascal.

Eh bien ! dit-il enfin, voilà ! Cette montre est à
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moi. C'est un cadeau que me fit ma mère, à mon dernier anniversaire de naissance, il y a huit jours.

— Il y a huit jours ?... Votre mère ?... Ah ! ah ! elle n'est done pas morte dans la tempête de Zanzibar, votre mère ?... Et cette montre lui appartenait ?

— Comment ! Monsieur ! si elle lui appartenait ! Elle la tenait de sa mère, à elle.

M. Dumay serra fébrilement la montre, et, la voix frémissante, demanda :

— Où est-elle, votre maman ?

Le jeune explorateur baissa le front ; Sylvain intervint de nouveau :

— Allons, dis tout !

Et M. Pascal finit par dire tout :

Sa mère, veuve depuis quatre ans, était couturière à Paris: la meilleure des femmes, mais pas du tout disposée aux projets de voyage de monsieur son fils. Par grand désir de partir, non pas pour l'Amérique, comme il l'avait dit, mais pour l'Afrique, afin de rejoindre l'expédition de Brazza*De Brazza. Officier de la marine française qui a exploré le Gabon., ce fils s'était, voilà quatre jours, muni de sa montre ; il avait en outre emporté les quelques sous de sa tirelire, et, avec cela, pris la clef des champs, sans tambour ni trompette.

— Eh ! dit Jacques, mais Zanzibar ? mais les pauvres esclaves entravés par le cou et à vendre ?... mais les caravanes, et les jungles, et les hippopotames, les crocodiles et le baobab de Mme Livingstone, les Touaregs, les razzias, les oasis, le terrible simoun et toutes vos autres fantaisies ?...

Questionnaire.

  • — Que se passa-t-il d'abord, et comment intervint le jeune Sylvain ?
  • — Qu'est-ce qui fit pleurer Pascal ?
  • — De qui tenait-il sa montre ?
  • — Quelle remarque fit M. Dumay au souvenir du récit du naufrage ?
  • — Reproduisez les aveux de Pascal.
  • — Que dit Jacques par manière de moquerie ?

DÉVELOPPEMENT DES SUJETS PROPOSÉS POUR EXERCICES.

Morale.

  • — En vous inspirant de vos souvenirs des lectures précédentes, dites ce que vous pensez et savez des conséquences du mensonge.

Afin de se faire passer pour des explorateurs, Pascal et Sylvain avaient commis la faute de mentir, et à cela leur vanité trouvait son compte ; mais déjà l'épisode de l'interprète avait soulevé des doutes
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sur leur sincérité ; celui de la montre les expose à passer pour des voleurs. Il leur faut avouer qu'il n'y a jamais eu de naufrage ; peut-être, jamais de voyage ! Quelle honte ! quelle mortification ! Pascal pleure, et ces larmes coûtent à son amour-propre ; il commence à expier sa mauvaise action.

Il en arrive toujours ainsi aux menteurs, et, s'ils ne se corrigent de ce vice détestable, ils prennent l'habitude de la dissimulation et de l'hypocrisie. Sous un extérieur trompeur, ils cachent de détestables actions ; la carrière du mal leur est ouverte ; ils y ont pénétré ; s'arrêteront-ils ? Qui le sait ?

On raconte qu'un condamné à mort, en marchant au supplice, disait à la vue de l'échafaud : « Voilà où m'a conduit le mensonge ! » De telles conséquences sont heureusement rares ; mais il est trop fréquent de rencontrer des hommes, des femmes dont la vie a été empoisonnée et la réputation perdue à la suite des fautes où le mensonge les entraîna.

Instruction civique.

  • — Qu'est-ce qu'une veuve ?
  • — Après la mort du père ou de la mère, quelle réunion de famille est convoquée par le juge de paix ?
  • — Pour quel objet ?
  • — Qu'est-ce que le tuteur ou la tutrice, le subrogé tuteur un enfant mineur ?
  • — Jusqu'à quel âge dure la minorité ?
  • — Qu'entend-on par émancipation d'une mineure ?

Une veuve est une femme qui a perdu son mari et n'est point remariée.

Après la mort du père ou de la mère, un conseil de famille, formé des plus proches parents du côté paternel et du côté maternel, et d'amis à défaut des uns ou des autres, est convoqué par le juge de paix. Ce conseil nomme le subrogé tuteur, c'est-à-dire la personne chargée de veiller si le tuteur ou la tutrice élève convenablement les enfants et gère les biens de ces derniers au mieux de leurs intérêts.

On entend par tuteur ou tutrice le père survivant ou la mère survivante des enfants, et encore, à leur défaut, la personne chargée de remplir à l'égard des orphelins les obligations du parent décédé.

Un mineur, une mineure est celui ou celle qui n'a point atteint l'age prescrit par les lois pour disposer de sa personne et de son bien. Un garçon est mineur jusqu'à 21 ans ; une jeune fille, jusqu'à 18 ans.

On entend par émancipation d'une mineure le fait de mettre, à la suite d'une décision du tribunal, une mineure en état de jouir de ses revenus avant l'époque fixée par la loi. Le mariage émancipe les filles mineures.

Géographie.

  • — Que savez-vous des principaux explorateurs de l'Afrique, d'après vos lectures antérieures ?

L'élève pourra citer :

1° Pour l'Algérie et le Grand Désert : Colomieu, 1869; — Duveyrier, 1859-61, qui a exploré Ouargla et Mourzouk ; — Soleillet, 1873-1874, exploration d'Insalah ; — Largeau et Say, 1875, oasis de Ghadamès; — le colonel Flatters, 1880-81, qui fut massacré par les Touaregs.

2° Pour la Sénégambie et le Niger supérieur : l'Anglais Mungo-Park, 1795-1805, qui périt assassiné sur les rives du Niger ; — Pascal, 1859-60, qui a vu Bakel et Bambouk ; — le lieutenant Mage, 1859, Bakel, Médine, Ségou ; — Zweitfel et Moutier, 1879, sources du Niger ; — Galliéni, 1880-81, Médine, Kita, Bamakou et le Niger.

3° Pour la région centrale située au sud du Sahara : René Caillié, 1828, Tombouctou ; — Barth, Richardson, Overweg, 1850-55, Tripoli, Bornou, lac Tchad, Tombouctou, Bilma ; — Gérard Rohlfs : Ghadamès, Mourzouk, Bornou, Ouadai ; — Nachtigal, 1869-74, Tripoli, lac Tchad,
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retour par l'Égypte ; — Lenz, 1880, Maroc, Tombouctou, Saint-Louis.

4° Région au sud de l'Equateur : Silva-Porto, 1853-54, du Benguéla à Cazembé et à Tété ; — Du Chaillu, 1856, Gabon ; — Livingstone, 1849-1873, lac Ngami, Zambèze, lacs Chiroua et Nyassa, Zanzibar, lac Tanganyika, Oudjiji, lac Mouéro et Bangouéolo ; — Stanley, 1871-1888, Zanzibar, et , exploration du cours du , de sa source à la mer ; région de l'Equateur à l'est des grands lacs ; — Cameron, 1873-75, Bogamoya, Tanganyika ; — Serpa Pinto, 1878-1879, du Benguéla à Durban (colonie de Natal) ; — Savorgnan de Brazza, 1876-78, 1880-82, du Gabon au Congo.

Abyssinie, sources du Nil, Nubie : Bruce, 1769-71, Abyssinie ; — Volney, 1783-85, Égypte ; — Caillaud, 1815-1820, Nubie ; — Trémeaux, 1849-50, Nubie, Sennaar ; — Speke et Burton, 1857-59, Zanzibar, lacs Victoria et Tanganyika ; — Speke et Grant, 1860-1863 ; Zanzibar, lac Victoria, Gondokoro ; — Lejean, 1859-64, Souakim, Khartoum, Kordofan, Abyssinie ; — Baker : Sennaar, Gondokoro, Ounyoro ; — Schweinfurth : Gondokoro, pays des Nyams-Nyams ; — Raffray, 1873, Abyssinie, pays des Gallas.

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