Table of Contents
Page: 215
62. — Le pays de la peur.
— Grande, magnifique, pleine de monuments, de poudre d'or... j'aurais voulu la voir ainsi ! Mais la vérité m'oblige à dire qu'elle répond à la description faite par le fameux René Caillié, que l'amour des voyages emporta loin de la France à l'âge de seize ans.
— Comme vous, interrompit M. Dumay avec une pointe de malice.
— Comme moi. René Caillié ne vit à Tombouctou que de misérables Les oasis sont des endroits cultivés et arrosés, au milieu du désert, où peuvent se reposer les caravanes. masures habitées par dix ou douze mille nègres et marchands qui échangent l'or, l'ivoire, les esclaves contre les cotonnades, les laines, les épices et surtout le sel, bien autrement rare dans ce pays que l'or dans le nôtre.
Il y avait six semaines que nous étions privés de ce condiment*Condiment. Substance qui sert à assaisonner les mets. quand nous arrivâmes à Tombouctou. Oh ! le premier morceau de viande de chevreau salé à point que nous goûtâmes là, quel régal ! hein ? Sylvain !
Les Touaregs forment des tribus nomades qui errent dans le et sont très redoutées des caravanes.—Il y manquait du poivre et une pointe d'ail, répondit Sylvain, doucement.
— Nous ne demeurâmes guère dans ce rendez-vous des caravanes qui traversent le
Soudan ; je voulais voir
Page: 216
le et les oasis, malgré les dangers de la soif,
des Touaregs et du simoun.
Et la soif commença dès le sixième jour de marche à travers les immenses plaines de sable brûlant et aveuglant. L'air embrasé s'enveloppait d'un brouillard rouge ; on eût cru à un incendie ; nous allions lentement, douloureusement accroupis sur nos montures somnolentes*Somnolent. Qui est à demi endormi tout en agissant ou marchant. ; un cri retentit :
— Les Touaregs ! les Touaregs !
Alors, courez, volez, nos chameaux ! De la force qui nous reste nous les excitons ! Mais les méharis, les chameaux de guerre des terribles pillards, sont plus rapides que les nôtres ; ils nous atteignent. Leurs cavaliers, au visage couvert d'un voile noir, font peur ; ils fondent sur nous avec leurs longues lances, leurs épées à double tranchant, brillantes au soleil comme des éclairs. Quelques-uns nous couchent en joue avec des fusils volés à d'autres caravanes. Nous tentons de résister ; mais quatre des nôtres sont déjà tombés ; il faut traiter !
Autruche. Dans l'Inde, on élève des troupeaux d'autruches en vue de recueillir leurs plumes, qui servent à orner les coiffures des femmes, à confectionner des panaches, etc.Celui qui nous commande abandonne six noirs sur douze qu'il menait comme esclaves, huit chameaux, un sac d'or, une balle de plumes d'autruches.
A ce prix, notre caravane mutilée*Mutilée. Privée d'une partie de son personnel., ruinée, peut déguerpir.
Du haut de leurs fiers méharis, les voiles noirs, effrayants comme des spectres, attendent immobiles que nous ayons disparu dans le brouillard incandescent*Incandescent. Porté à une haute chaleur..
Et de l'eau ? Où y a-t-il de l'eau ? Où est l'oasis, l'unique espérance du
voyageur ? Nos yeux brûlés sondent l'horizon. Peu à peu, le brouillard s'est
dissipé, l'air est devenu limpide, et tout à coup un cri de soulagement sort de
nos poitrines. A quelque distance apparaissent
Page: 217
un îlot de verdure admirable, des miroitements
cristallins*Cristallin. Qui a l'éclat, la limpidité du
cristal. d'abondantes sources ; voilà, voilà l'oasis !
Questionnaire.
- — Que raconta Pascal sur Tombouctou ?
- — Qu'en a dit le Français René Caillié ?
- — Quel régal firent, dans cette ville, nos jeunes explorateurs ?
- — Quel mot malicieux ajouta Sylvain au récit de Pascal ?
- — Où se dirigèrent-ils ensuite ?
- — Que souffrirent-ils dans le désert ?
- — Racontez l'attaque des Touaregs.
- — A quelles conditions la caravane put-elle continuer sa route ?
- — Quel phénomene trompeur apparait souvent dans le désert aux voyageurs alteres ?
DÉVELOPPEMENT DES SUJETS PROPOSÉS POUR EXERCICES.
Géographie.
- — Quelle idée vous faites-vous du ?
- — Quels dangers en présente la traversée ?
- — Indiquez les régions et la mer qui le limitent.
- — Qu'est-ce qu'une oasis ?
- — Quel aspect présente-t-elle ?
- — A quoi en est due la fertilité ?
Le grand désert du est une contrée sablonneuse recouverte, en grande partie, par une épaisse couche de sable que le vent amoncelle en dunes mouvantes. La chaleur y est affreuse pendant le jour (+ 67°) et parfois néanmoins la température de la nuit descend à celle de la glace. Les régions dépourvues d'oasis offrent un aspect formidable et sont effrayantes à traverser ; quand la végétation ne manque pas complètement, elle n'est représentée que par des buissons épineux ou des chardons ; la lumière aveuglante éblouit les yeux, et les objets semblent revêtus d'une teinte sombre et infernale. Des mares infectes ou bien des puits creuses à grand'peine dans les bas-fonds donnent une eau rare et saumâtre aux malheureuses caravanes.
Outre les souffrances de la soif, le désert présente de grands dangers. Les dunes soulevées par les vents d'orage engloutissent les voyageurs ou, recouvrant les traces auxquelles on reconnaît la route à suivre, les laissent égarés parmi les rochers et les sables dans lesquels ils périssent de folie après avoir subi toutes les tortures de la chaleur.
Le est limité au nord par le Maroc, l'Algerie et la régence de Tripoli ; à l'est par les déserts d'Égypte et de Nubie, au sud par la région fertile connue sous le nom de Nigritie, et à l'ouest par l'.
Dans toutes les parties du où l'eau jaillit en source, il se forme une oasis, île de verdure dont le riant aspect contraste d'une manière frappante avec l'aridité des sables environnants. On compte les oasis par centaines dans le et elles comprennent une surface égale au tiers de cette immense contrée. C'est, par excellence, le pays des dattiers. Au-dessous de leur large éventail de feuilles se pressent les abricotiers, les pêchers, les grenadiers, les orangers ; les vignes s'enlacent autour des troncs ; le maïs, le froment, l'orge mûrissent sous l'ombrage de cette forêt splendide.
L'eau est l'élément de la fertilité des oasis, et on augmente l'étendue de ces terrains privilégiés par le forage de puits artésiens qui amènent de véritables rivières à la surface du sol.
Sciences naturelles.
- — A quel produit animal donne-t-on le nom d'ivoire ?
- — Quels objets fabrique-t-on avec l'ivoire ?
- — Qu'est-ce que le sel ?
- — Où trouve-t-on naturellement ce minéral ?
- — Citez les mines les plus fameuses avce quelques détails.
- — D'où extrait-on le sel ?
- — Qu'entendez-vous par marais salants ?
- — Citez des villes de France célèbres par leurs sources salées.
Page: 218
On donne le nom d'ivoire à la matière des dents d'éléphant et de quelques autres grands mammifères, tels que les hippopotames et les morses des mers glaciales. C'est une substance blanche, qui se travaille assez facilement et prend un beau poli ; elle a une valeur considérable. On en fabrique des statuettes, des ornements, des manches d'outils, des jouets, des dents artificielles, des couteaux à papier.
LE SEL. — Le sel est une substance solide, analogue à la pierre, qui possède une saveur particulière et agréable ; il a été formé dans la nature par le mélange du chlore et de la soude.
« Il n'existe point de produit minéral plus universellement répandu et plus utile aux animaux ; il leur est presque aussi indispensable que l'air qu'ils respirent. » (BOUCHARDAT.) C'est une substance nécessaire à la digestion pour dissoudre les aliments solides dans l'estomac.
Le sel se montre sous deux états ; ou en dissolution dans les eaux, et particulièrement dans celles de la mer, ou en couches plus ou moins épaisses au sein de la terre. Il y a des mines de sel gemme (sous forme de pierre) dans presque tous les pays : en Pologne, en Espagne, en \Algérie, au Pérou, au Etats-Unis notamment. Les mines les plus célèbres de l'Europe sont celles de Wieliczka et de Bochnia, près de Cracovie (Pologne) ; elles ont une longueur de plus de 1,000 kilomètres sur 400 de largeur. Découvertes vers le milieu du treizième siècle, elles sont depuis une source inépuisable de richesses. La quantité de sel qu'on en a tirée jusqu'à ce jour atteint près de 700 millions de quintaux.
On extrait le sel des eaux de la mer et de celles des sources salées qu'on yoit jaillir en un grand nombre de lieux.
Dans le midi de la France, on fait arriver l'eau de la mer dans des espaces particuliers, soigneusement nivelés et divisés en compartiments où l'eau s'évapore par suite de la chaleur du climat, en laissant une couche de sel. Ce sont les marais salants. Dans le Nord, on vaporise l'eau des fontaines salées au moyen du fou ; mais auparavant on l'obtient à un certain état de concentration en l'élevant dans des bâtiments où on la fait descendre à l'état de grande division au travers de fagots. Le sel est produit à si bon marché dans les marais salants que 100 kilogrammes s'y vendent 40 à 50 centimes au plus.
Les localités les plus connues par leurs sources salées sont : Château-Salins, Dieuze et Vic, en Lorraine ; Lons-le-Saunier et Salins, en Franche-Comté ; Salies, en Béarn.
Hygiène.
- — Quel besoin est la soif ?
- — A quoi est-elle due ?
- — Comment faut-il boire en été ?
- — Quelles boissons conviennent le mieux aux travailleurs pendant les grandes chaleurs ?
- — Quelles sont celles qui sont nuisibles ou dangereuses ?
- — Danger de boire de l'eau très froide quand on a chaud.
La soif est le besoin de boire ; elle se manifeste par une sensation de sécheresse dans la bouche et la gorge, ce qui arrive lorsque le corps a perdu, par l'évaporation à la surface de la peau, une partie de l'eau nécessaire à nos organes.
Il faut satisfaire la soif quand on l'éprouve, mais avec modération. En été, il est malsain de boire dès qu'on en sent le besoin, car on absorberait trop de liquide, et l'on serait affaibli par l'excès de transpiration qui en résulterait. Les boissons qui conviennent le mieux en cette saison, sont : le vin et le café noir étendus d'eau, l'eau acidulée de vinaigre, les infusions de réglisse et de gentiane additionnées d'un peu d'eau-de-vie. Les liqueurs fortes et le vin pur sont nuisibles et même d'un fâcheux effet pour la santé lorsque les chaleurs sont très fortes.
Page: 219
Si l'on boit de l'eau glacée quand le corps est échauffé, il y a suspension des fonctions de l'estomac ou congestion puimonaire, c'est-à-dire une atteinte grave à la santé ; il faut donc s'en garder, et, si l'on n'a pas d'autre liquide, boire par petites gorgées ou attendre que la température de notre corps soit abaissée.
