Suzette: a Digital Edition

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57. — La tempête.

Tous deux travaillèrent des dents et des fourchettes avec tant de vivacité que, comme le dit un vieux rimeur :


« Les miettes de chaque morceau
« Les miettes de chaque morceau
« Sautaient par dessus leur chapeau ! »
« Sautaient par dessus leur chapeau ! »

Leur appétit à moitié satisfait, M. Dumay demanda :

— Mais, s'il vous plait, et sans vous déranger, mes amis, quel âge avez-vous donc?

Caquet-Bon-Bec*Caquet-Bon-bec. Nom familier qu'on donne aux bavards. répondit aussitôt :

— Je parie que vous ne me donnez pas plus de quatorze ans !

— Oui, à peu près quatorze.

— Bon, j'en ai dix-huit ; et Sylvain, mon compagnon, va atteindre ses vingt ans.

A ce chiffre, le compagnon resta le nez sur son assiette.

— Et vos parents ?

— Nos parents ? hélas !... morts... dans un naufrage.

— Dans un naufrage !

— Oui, une tempête horrible ! — il soupira. — Vous n'avez jamais vu de tempête ?... non ?... Eh bien ! voilà ! Les passagers ont bien tranquilles dans les cabines*Cabine. Petite chambre pour les passagers à bord des navires. ; ou sur le pont*Pont. Le plancher supérieur et les planchers intérieurs des vaisseaux.; ils causent, ils rient. Tout à coup le vent s'élève, le ciel est noir, des éclairs déchirent les nues ; les vagues, hautes comme des montagnes, hurlent, s'écroulent, balayant les mâts, balayant les cordages, balayant le pont. Le vaisseau désemparé*Désemparé. Privé de ses mâts., ballotté, va, vient, à gauche, à droite, à l'aventure. Soudain un craquement formidable, une clameur désespérée des passagers en détresse !... puis, plus rien ! Le vaisseau a sombré*Sombrer. Disparaitre sous les flots., corps et biens !... Nos parents étaient là !... Comment,le lendemain, au point du jour, nous trouvâmes-nous, mon camarade et moi, flottant à califourchon sur un débris de mât, les deux seuls survivants de l'épouvantable désastre... ! comment, dans notre malheur, ce débris de mât nous porta-t-il sains et saufs sur la côte de Zanzibar, ne me le demandez pas,
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je n'en sais rien ! Mais les journaux en ont parlé.

Il paraissait très ému ; on se regarda. Qu'y avait-il de vrai dans cet étrange discours ? M. Dumay dit tout bas à Jacques : — Pour moi, je n'y crois guère ; mais qu'importe ? écoutons l'histoire, si elle est intéressante.

Et comme les deux voyageurs venaient de se remettre à manger silencieusement, il leur dit :

Le vaisseau désemparé, ballotté, va, vient, à gauche, à droite, à l'aventure.

— Vous nous conterez vos voyages en Afrique ?

Parfaitement, Monsieur ; tout à vos ordres, répondit l'orateur. D'ailleurs, — il leva le nez vers l'horloge — je crois bien qu'il est trop tard pour gagner ce soir la source de l'Escaut. Nous pouvons donc rester avec vous un peu plus longtemps ; après quoi nous vous prierons de nous indiquer une auberge pour y passer la nuit.

Questionnaire.

  • — Donnez une idée de l'appétit des explorateurs.
  • — Que répondirent-ils à M. Dumay relativement à leur âge, — à leurs parents ?
  • — Racontez la tempête jusqu'au moment où le navire fut englouti.
  • — Comment les deux enfants furent-ils sauvés ?
  • — Quelle observation fit le fermier à Jacques ?
  • — Que répondit le plus jeune des explorateurs lorsque M. Dumay demanda qu'il lui contât ses voyages en Afrique ?

DÉVELOPPEMENT DES SUJETS PROPOSÉS POUR EXERCICES.

Morale.

  • — LE MENSONGE.
  • — Qu'est-ce que mentir ?
  • — Pourquoi ment-on ?
  • — Est-il permis de mentir ?
  • — Que faut-il faire lorsqu'on a commis une faute ?
  • — Pourquoi est-il prudent de fuir les menteurs ?
  • — Pourquoi le menteur est-il un lâche ?

Mentir, c'est parler contrairement à la vérité et avec l'intention de tromper ; cet acte est odieux parce qu'il porte préjudice à autrui et qu'il suppose de la bassesse et de la lâcheté dans le cœur.

En général, les enfants mentent soit par crainte du châtiment, soit par amour-propre, rarement avec l'intention de nuire. Ils oublient que tôt ou tard la vérité se découvre, et que le châtiment et la honte qu'ils voulaient éviter retombent sur eux augmentés du mépris que tout menteur inspire.


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Il n'est jamais permis de mentir. Lorsqu'on a commis un acte blâmable, ce qu'il convient de faire, c'est d'avouer sa faute : on sera puni certainement, mais aussi quel fardeau de moins sur la conscience ! D'ailleurs, la personne qui a reçu l'aveu estimera le coupable en raison de sa franchise et peut-être sera-t-elle mieux disposée à l'indulgence.

Le menteur est lâche, avons-nous dit ; il contracte l'habitude de la dissimulation et de l'hypocrisie ; quelle confiance alors pourra-t-il inspirer ? quels exemples donne-t-il ? Aussi doit-on le fuir jusqu'à ce qu'il soit corrigé de son odieux défaut.

Sciences naturelles.

  • — Qu'est-ce que le vent ?
  • — A quoi est-il dû ?
  • — Que produit sur terre un vent violent ?
  • — Que produit sur mer un vent violent ?
  • — Qu'arrive-t-il alors aux pêcheurs de la côte ?
  • — Quel instrument indique l'approche d'une tempéte ?

Le vent n'est pas autre chose que de l'air en mouvement ; il est dû au déplacement des couches d'air inégalement échauffées ; les plus froides tendent à descendre des régions supérieures de l'atmosphère, tandis que les plus chaudes s'élèvent. Il en résulte des courants dont les girouettes indiquent la direction.

La vitesse moyenne du vent, dans nos climats, est de 5 à 6 mètres, par seconde ; à 10 mètres, on dit que le vent est frais ; avec 20 mètres, il est fort ; de 25 à 30 mètres, il y a tempête ; de 30 à 150, c'est un ouragan.

L'ouragan est un phénomène redoutable. Sur terre, les arbres se courbent, craquent et se brisent ; les champs sont dévastés ; les bâtiments s'écroulent, et en quelques instants la ruine succède à la richesse.

En plein océan, la scène est encore plus terrible. Le navire, ébranlé jusque dans ses fondements, devient le jouet des vagues furieuses ; l'eau de la mer, réduite en pluie fine et pressée, aveugle et ensevelit sous ses torrents. On ne voit rien autour de soi ; des bruits formidables assourdissent ; les craquements du vaisseau, le sifflement des rafales dans les cordages, les rugissements de la tempête au large, font qu'on ne sait plus si l'on est sur ou sous les flots. Les pêcheurs de la côte, entraînés en pleine mer, périssent engloutis, et leurs frêles barques viennent s'écraser contre les falaises.

Il existe un instrument qui révèle, vingt-quatre ou trente-six heures à l'avance, ce terrible phénomène : c'est le baromètre ; lorsqu’on le consulte, on reconnaît facilement s'il y a danger à s'aventurer sur la mer ou si l'on doit rentrer au port.

Le simoun est un vent violent et empoisonné qui souffle dans les déserts des tropiques ; il brûle comme l'air d'un four béant qui vomi rait sa chaleur. Alors le chameau met sa tête contre le sol ; les hommes s'affaissent avec désespoir et leurs forces les abandonnent. Quand la tempête dure plus d'un quart d'heure, tout périt.

Géographie.

  • — Tracez le croquis de l'île de Zanzibar et celui de la côte avoisinante.

(Zanzibar est une île, avec une capitale du même nom, située à l'est de l'Afrique, à peu de distance de la côte.)

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