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54. — Petits cochons de lait.
Un jour, dans les vieux temps, le porcher Ho-ti, étant allé au bois ramasser la glandée*Glandée>. Les glands tombés sur le sol., laissa la garde de la maison à
son fils Bo-ba, un grand dadais, dont le pre-
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mier soin fut de mettre le feu à une botte de paille, grâce
à laquelle l'habitation flamba en un clin d'œil. — Ici, M. François baissa la tête. — L'étable à côté flamba
aussi. Il s'y trouvait juste en ce moment toute une portée*Portée. L'ensemble des petits d'une truie. de petits cochons de lait*Cochon de lait. Cochon qui tette encore sa
mère. nouveau-nés. Leur maman, heureusement pour elle, faisait en ce
moment une promenade matinale aux environs.
Bo-ba se désola, non pour la maison qui ne se composait que de quelques branches de bois mort, mais pour les pauvres petits cochons qui gémissaient en grillant. Quand ces innocents eurent cessé de se plaindre, il s'approcha, attiré d'ailleurs vers eux par une odeur délicieuse, toute nouvelle à ses narines.
Il se pencha pour voir s'ils étaient aussi morts qu'ils en avaient l'air, et du doigt en tâta un : Aïe ! cela brûlait !... Vivement, selon l'instinct*Instinct. Disposition naturelle qui fait agir sans qu'il y ait reflexion. de nature, il fourra son doigt dans sa bouche.
Quelques bribes de peau étaient restées au bout de ce doigt, et pour la première fois de sa vie et de la vie de toute la Chine — car Bo-ba était Chinois et le fait se passait en Chine, où, de temps immémorial, on ne mangeait le cochon que bouilli, — la bonté, la bonne odeur du rôti lui furent révélées.
Bo-ba reporta bientôt son doigt à l'endroit d'où il venait, regoûta, et dès que la température des petits martyrs le permit, il y mit toute la main, puis les deux. — Ah ! quelle bombance !
Elle fut troublée par une grêle de coups de bâton.
C'était le père qui arrivait :
— Ah ! coquin ! tiens ! tiens ! voilà encore pour toi !
Mais un bon régal fait supporter bien des choses. Bo-ba laissa passer la grêle sans autre protestation que celle-ci :
Oh ! père, le cochon de lait rôti, que c'est bon ! que c'est bon !
Enfin le père entendit. Cessant de bâtonner, il tâta le morceau, lécha et mangea à son tour tout son content, après avoir gracieusement invité monsieur son fils à se remettre au festin un moment interrompu.
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Le soir même, ils avaient, du bois de quelques fagots, reconstruit leur hutte, l'étable aussi, où rentra la mère des pauvres victimes.
Et après chaque portée de petits cochons de lait, la hutte, l'étable flambaient à plaisir ; on incendiait et on se régalait entre père et fils.
À la fin, ces incendies réitérés*Réitéré. Qui se reproduit de nouveau., dont ils n'avaient garde de dire le mot, les rendirent suspects ; on les accusa de sorcellerie*Sorcellerie. Art prétendu de jeter ou d'enlever des sorts (Voir no 52).. Ils comparurent devant le tribunal de Pékin, et peu s'en fallut qu'ils ne fussent rôtis aussi comme les petits cochons.
Mais Ho-ti demanda à parler en particulier à chacun des juges, et il n'eut pas de peine à les adoucir en leur faisant goûter de la merveilleuse nouveauté. Tous s'en régalèrent, et Ho-ti et Bo-ba furent acquittés.
Dès lors les incendies d'étables à porcs se multiplièrent en Chine à l'infini ; les cochons jeunes et vieux montèrent à des prix fous*Prix fous. Prix très élevés au-dessus de la valeur réelle.. Enfin un sage découvrit que l'incendie d'une maison et même d'une étable n'était pas précisément nécessaire pour rôtir uncochon, et que quelques brandons y suffisaient.
Beaucoup plus tard, car, en ce monde, le progrès marche à pas de tortue, un autre savant inventa la broche ; et peu à peu vinrent la rôtissoire, le tournebroche, le four, toutes les méthodes de rôtisserie.
On applaudit à ce bon conte, et même le vieux père Benoît sourit.
Questionnaire.
- — Quels sont les personnages de l'historiette contée par M. Valon ?
- — Qu'était Bo-ba et quelle sottise fit-il ?
- — Quelles en furent les conséquences ?
- — Pourquoi Bo-ba était-il aussi désolé ?
- — Comment arriva-t-il à goûter de la chair des cochons rôtis ?
- — Quelle opinion en eut-il ?
- — Qu'est-ce qu'il fit alors ?
- — Comment son bonheur fut-il troublé ?
- — Qu'est-ce qui calma le courroux du père ?
- — Comment la maison fut-elle reconstruite ?
- — Qu'arrivait-il après chaque portée de cochons ?
- — Pourquoi Ho-ti et Bo-ba furent-ils amenés devant les juges ?
- — Comment le père se fit-il acquitter ?
- — Qu'est-ce qui se multiplia alors en Chine ?
- — Quelle découverte fit longtemps après un sage ?
- — Quelles autres découvertes suivirent ?
DÉVELOPPEMENT DES SUJETS PROPOSÉS POUR EXERCICES.
Morale.
- — LA GOURMANDISE.
- — Quelle différence y a-t-il entre manger de bon appétit et se montrer gourmand ?
- — Comment se trahissent à table les enfants gourmands ?
- — A quelles tentations
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expose la gourmandise ? - — Inconvénients de ce vice pour la santé.
- Exemples.
Un enfant raisonnable mange aux heures des repas pour satisfaire le besoin qu'il éprouve de réparer ses forces ; lorsque l'appétit ne se fait plus sentir, il termine son repas, tandis que le gourmand mange encore, mange longtemps afin de prolonger le plaisir d'absorber des aliments.
Les enfants gourmands se trahissent par des regards avides dirigés sur les mets ; leur figure tressaille de plaisir ; ils paraissent insensibles à toute autre chose, et on les voit porter à la bouche avec avidité ce qui est servi sur leur assiette. Ont-ils achevé ? ils réclament aussitôt de nouveaux aliments et s'arrêtent seulement lorsqu'ils sentent qu'ils vont étouffer. Alors ils se renversent sur leur siège, poussent des soupirs de satisfaction et rêvent au moment où il leur sera permis de recommencer.
La gourmandise est une passion honteuse ; elle rabaisse l'homme au-dessous de l'animal, qui, au moins, cesse de manger lorsque la faim ne le sollicite plus ; parfois, elle entraîne les enfants à soustraire ce qui excite leur convoitise. Combien succombent à la tentation de dérober des friandises, de pénétrer dans les jardins fruitiers et de visiter les paniers de leurs condisciples pour satisfaire leur penchant !
Les gourmands acquièrent, jeunes encore, un embonpoint disproportionné, ce qui ne veut pas dire néanmoins que toutes les personnes corpulentes soient sujettes à ce vice ; ils souffrent de l'estomac et sont exposés à une mort subite et prématurée. Leur intelligence s'affaiblit et leurs organes engourdis ne leur prêtent plus le concours qu'ils étaient habitués à rencontrer. Nous ne parlons pas des malpropres indigestions auxquelles ils sont sujets.
Économie domestique.
- — Ce qu'on entend par de la charcuterie.
- — Quels aliments, quels mets confectionne le charcutier ?
- — Indiquez la manière de préparer du boudin, une saucisse.
- — Comment sale-t-on la viande de porc ?
- — Comment prépare-t-on les jambons ?
- — Prix d'un demi-kilogramme de jambon, de porc salé, de lard, de saindoux, de boudin, de saucisson.
On entend par charcuterie les aliments préparés avec de la viande cuite de porc et destinés à être, le plus souvent, mangés froids.
Le charcutier confectionne des cervelas, des saucissons, des saucisses, du boudin, du fromage à la tête de cochon, des andouilles, des galantines, des pieds de cochon, des jambonneaux, des rillons, etc. Il prépare encore du porc salé et des jambons.
BOUDIN. — On lave à l'eau tiède des boyaux de porc, et on les frotte avec une brosse douce de chiendent jusqu'à ce que la dernière eau soit pure. Aussitôt alors qu'on a recueilli le sang de l'animal, il faut y verser deux ou trois cuillerées de vinaigre ; on remue le mélange et on se garde de le laisser refroidir.
En même temps, faites blanchir deux litres d'oignons, hachez-les ; mettez-les cuire dans une casserole avec 250 grammes de saindoux ; ajoutez 1 kilogr. 1/2 de panne dont vous aurez enlevé les fibres et que vous coupez en dés, puis prenez 3 litres de sang, 1/2 litre de crème, du persil haché fin, du poivre, du sel, des épices, et le tout bien mêlé, entonnez-le dans les boyaux que l'on a préalablement soufflés. Ficelez vos bouts de boudin, de la longueur que vous voudrez ; piquez-les avec une épingle, ce qui les empèche de crever en cuisant ; puis coulez ces boudins dans de l'eau bouillante et laissez-y-les jusqu'à ce qu'en les piquant, il ne sorte plus de sang.
SAUCISSES. — Hachez le plus fin possible des quantités égales de
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viande de porc et de lard ; assaisonnez de
sel, de poivre et d'épices ; ployez de petits tas de cette chair dans de la
toilette de porc frais en leur donnant une forme plate ou oblongue, et
faites-les cuire sur le gril à un feu modéré.
MANIÈRE DE SALER LA VIANDE DE PORC. — Coupez la viande du porc par morceaux carrés que l'on met dans de la saumure (1) où ils doivent baigner entièrement ; on fait enfoncer le lard et on le retient au fond de l'eau au moyen de gros cailloux bien propres. On couvre le saloir de manière que l'air ne puisse y pénétrer, et au bout de 15 jours on peut commencer à se servir de la viande.
On conserve encore la viande de porc en la disposant couche par couche dans un vase de bois, et en répandant du sel sur chacune.
PRÉPARATION DU JAMBON. — Mettez dans une terrine du thym, du laurier, de la sauge, des grains de genièvre et ce qui est indiqué pour faire de la saumure. Frottez le jambon de salpêtre en poudre si vous voulez faire rougir sa chair ; arrangez-le dans la terrine (ou le saloir, si l'on a plus d'un jambon) ; versez dessus de la saumure jusqu'à ce que le jambon y baigne, et chargez d'un poids lourd ; laissez-le un mois dans cet état. Retirez-le, égouttez, pendez-le dans la cheminée pour le sécher et le fumer, et ensuite accrochez-le dans un lieu sec jusqu'à ce que vous en fassiez usage.
Hygiène.
- — Pourquoi ne faut-il pas abuser de la viande de porc ?
- — Convient-elle aux jeunes enfants, et pourquoi ?
La viande de porc est d'une digestion lente et difficile ; les estomacs délicats s'en accommodent mal ; c'est pourquoi il faut en donner fort peu aux jeunes enfants et s'assurer, avant de la servir, qu'elle est bien cuite.
