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17. — Tout laine.
Tout à coup elle se sentit attrapée par la manche, en même temps qu'une voix très caressante lui disait :
— Ah ! la jolie robe que j'ai pour vous, ma petite dame !
À quatorze ans, s'entendre traiter de dame, c'est toujours flatteur.
— Du sergé, Madame : en avez-vous ?
— Du sergé ? Madame... mais le sergé ne se porte pas du tout cette année ; l'ignorez-vous ? Voici ce qui se porte.
Solennellement elle déplia, étala une pièce de cachemire vertbouteille, tapa dessus :
— Voilà la nouveauté de la saison !
— Oui, dit doucement Suzette, mais le cachemire prend du luisant*Luisant. Éclat que donne aux étoiles un certain degré d'usure.
— Du luisant ! Vous prendriez plutôt la lune que ce cachemire du luisant ! Madame, vous porterez cela dix saisons, aussi frais que le voilà.
— Je le voudrais au moins bleu marine.
— Bleu marine, Madame ? mais c'est une couleur du temps de ma tante Aurore*Tante Aurore. Bonne vieille dont il est question dans certains contes enfantins. ! Bleu marine ? dites cela tout bas, vous feriez rire, Vert, Madame, vert ! cette année, tous les gens comme il faut portent du vert : chapeau, vert, manteau vert, robe verte, bas verts, voilà la toilette d'une Parisienne !
Voilà la nouveauté de la saison.Page: 62
Assez embarrassée, Suzette regarda autour d'elle. Ses trois frères étaient en ce moment à quatre pas occupés par les lazzi*Lazzi. Gestes et propos plaisants. d'un paillasse faisant la parade*Parade. Scène burlesque qu'on donne à la porte des théâtres forains. ; et d'ailleurs, qu'entendraient-ils au vert et au bleu ?
La marchande continuait de chanter les mérites de sa marchandise, et la portait aux nues*Porter aux nues. Attribuer de grands mérites..
— Est-elle tout laine ? demanda Suzette.
Vivement on la lui tendit.
— Pure laine ! Touchez-moi ça. Et quatre francs le mètre ! c'est donné !
De l'air le plus délibéré*Air délibéré. Qui a de l'aplomb., elle prit ses ciseaux.
Eh bien ! voyons, quand on a marchandé depuis dix minutes, sans être faite à cet exercice, est-il possible de laisser là la marchandise, même celle qui ne vous plaît qu'à moitié ?
Suzette cependant essaya de se tirer de cette glu-là :
— Madame, dit-elle, je n'ai que trente francs à mettre à l'étoffe ; il m'en faut dix mètres.
Comme à une terrible nouvelle, la marchande leva les bras au ciel, avec des exclamations, puis, les laissant retomber, coupa dans la pièce, empaqueta :
— Voilà, ma petite dame! mais si ce n'avait pas été pour vous !...
Suzette rejoignit les siens avec son paquet au bras et quelque inquiétude en tête.
Charlot, qu'elle prit par la main, l'entendit murmurer :
— Au moins est-ce bon teint*Bon teint. Dans ce sens ; bien teinte.? Est-ce tout laine ?
Questionnaire.
- — Que sentit et qu'entendit tout à coup Suzette ?
- — Quel mot la flatta ?
- — Que demanda-t-elle ?
- — Que fit la marchande ?
- — Reproduisez les observations de la jeune fille sur le cachemire et les répliques de la marchande.
- — Quelle couleur désigna Suzette ?
- — Quelle couleur la femme lui vanta-t-elle ?
- — Comment se faisait-il que personne ne se trouvait là pour la conseiller ?
- — Quelles questions Suzette adressa-t-elle concernant la nature de l'étoffe proposée ?
- — Comment la femme parvint-elle à lui faire prendre un coupon d'étoffe verte ?
- — Qu'aurait dû faire la jeune fille ?
- — Montra-t-elle seulement de la timidité ?
DÉVELOPPEMENT DES SUJETS PROPOSÉS POUR EXERCICES.
Morale.
- — Quels motifs portent certaines gens à flatter les autres ?
- — Qu'est-ce que les flatteurs ?
- — Devons-nous accueillir les flatteries avec plaisir, et pour quelle raison ?
- — Pourquoi est-il bon de ne pas prodiguer les compliments aux enfants ?
- — Citez une fable où il est question d'un flatteur.
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Flatter, c'est donner à quelqu'un des louanges excessives dans le but de lui plaire et d'en obtenir quelque avantage. Le flatteur est celui qui se fait une habitude de dire aux autres des choses agréables, vraies ou non ; il nous trompe et nous corrompt pour avoir ce qu'il souhaite tirer de nous. Défions-nous des gens qui complimentent, qui exagèrent nos faibles mérites et qui font, en notre présence, ressortir nos belles actions. Répondons froidement à leurs avances, et ne craignons pas de laisser voir que nous regardons leurs louanges comme une marchandise. Le flatteur est généralement doublé d'un menteur, et celui qui l'écoute montre peu de jugement : souvenons-nous du corbeau de la fable.
Prodiguer des compliments aux enfants, comme le font tant de parents, leur rondle pire des services ; que de jeunes filles accoutumées à entendre des éloges flatteurs sont devenues orgueilleuses et égoïstes !
Sciences naturelles et Industrie.
- — LA LAINE.
- — D'où provient la laine ?
- — A quelle époque se pratique la tonte des moutons ?
- — Comment a lieu cette opération ?
- — Comment arrive-t-on à obtenir des fils de laine ?
- —Quelle est la meilleure laine, et pourquoi ?
- — D’où viennent les mérinos ?
- — Comment élève-t-on, nourrit-on et soigne-t-on les moutons ?
- — Quelles étoffes fabrique-t-on avec la laine ?
- — Prix du mètre de chacune.
La laine provient de l'épaisse toison des moutons, qui est composée d'une multitude de fils frisés et très lins, de couleur blanche ou brune.
On tond les moutons une fois l'année, lors des premières chaleurs de l'été. Le troupeau est alors amené sur les rives d'un cours d'eau ou d'un étang ; on fait entrer dans l'eau les animaux par petites bandes ; puis chaque bête est lavée et frottée, pour débarrasser sa toison des souillures et d'une matière grasse, appelée suint, sécrétée par la peau. Lorsque la toison est sèche, les bergers étendent l'animal sur une table et le tondent avec de grands ciseaux.
La laine ainsi recueillie se lave une première fois à l'eau chaude et une seconde dans de l'eau acidulée presque bouillante, enfin dans une dissolution de savon. Elle devient alors blanche et soyeuse.
Pour obtenir des fils, on la carde en la faisant passer entre de gros tambours armés de pointes d'acier très fines, d'où elle arrive par des bobines ou des entonnoirs de fer-blanc sur un autre machine appelée la peigneuse.
Au sortir de la peigneuse, la laine apparaît sous la forme de longues mèches qui se rendent sur un cylindre recouvert d'une étoffe épaisse, et elles s'y joignent bout à bout. A la filature, ces mèches, amincies, étirées lentement, se transforment en fils blancs qui s'enroulent autour de bobines et sont propres alors à être tricotés ou tissés.
La meilleure laine provient des moutons mérinos. Cette race, originaire d'Espagne, est perfectionnée et améliorée dans la magnifique bergerie de Rambouillet. On estime à 6 ou 700,000 le nombre des mérinos de race pure en France.
Les moutons sont des animaux domestiques qu'on élève pour leur chair et leur laine ; durant le jour on les conduit au pâturage et, pendant la nuit, on les abrite dans de grands bâtiments connus sous le nom de bergeries. Ils y séjournent également lorsque le temps est pluvieux.
La nourriture des moutons se compose de l'herbe des champs et de celle qui croit spontanément sur les friches et sur les bords des chemins. En toute saison, on y ajoute de la paille, du foin et, parfois, des feuilles d'arbres.
(Pour les étoffes tissées de laine, voir le lexique de la 16e leçon.)
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- LE COTON.
- — Qu'est-ce que le coton ?
- — De quelles contrées le tirons-nous ?
- — Que savez-vous de la culture et de la récolte du coton ?
- — Comment est-il expédié en Europe ?
- — Quelles étoffes fabrique-t-on avec le coton ?
- — Prix du mètre de chacune.
- — Quelles sont les qualités et les inconvénients des étoffes de coton ?
Le coton est la bourre qui enveloppe les graines d'un arbre appelé cotonnier ; elle s'échappe des gousses sous forme de flocons blancs, dont la ouate nous donne l'idée. Nous tirons cette matière textile des États-Unis, de l'Égypte, de l'Hindoustan, de l'Algérie, où on la cultive dans de vastes plantations. Lorsque le coton est recueilli, on l'amasse en balles qui, fortement pressées et cousues, sont expédiées en Europe, où ce produit est employé à la confection de nombre d'étoffes : calicot, mousseline, indienne, jaconas, velours, dentelle, bonneterie, etc.
L'industrie du coton occupe en Europe plus de cinq millions d'hommes. Les étoffes qu'on en tire sont légères, chaudes, mais d'une résistance inférieure à celle du chanvre ou du lin ; leur extrême bon marché en rend l'usage général.
Géographie.
- — Dans quelles villes de France fabrique-t-on des étoffes de laine ; — des étoffes de coton?
Les villes de France où l'on fabriques des draps et d'autres étoffes de laine sont : Elbeuf, Louviers, Sedan, Mazamet, Castres, Roubaix, Tourcoing, Amiens, Troyes, Lodève, Rethel, Privas, Carcassonne, Orléans, Tours, Beauvais, Aubusson, Puteaux.
Les villes où se développe l'industrie du coton sont : Rouen et les localités environnantes, Reims, Chantilly, Saint-Omer, Arras, Armentières, Épinal et toute la vallée de la Moselle, Lavaur, Valence, Grenoble, Le Puy, Roanne, Laval, Cholet, Le Mans, Angers, Condé-sur- Noireau, Flers, Lisieux, Bernay, Cambrai.
