Suzette: a Digital Edition

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136. — Extraits des Lettres de Jacques.

« Fort-de-France, Martinique.

« Cher père,

« Ma première lettre d'arrivée ne contenait que quelques mots ; le courrier pour la France allait partir. Voici la seconde que je vous promettais.

« C'est par le chemin des écoliers que nous sommes venus ; on a voulu nous aguerrir à la mer, nous dit le commandant. De Cherbourg à Brest, à Saint-Nazaire, à Bordeaux, puis aux côtes de l'Espagne, du Portugal et de l'Afrique jusqu'au Sénégal, et même à la Guinée, nous avons touché un peu partout, mais sans le loisir de regarder beaucoup autour de nous.

« Pendant ce temps, notre Suzette, comme elle me l'avait annoncé par sa dernière lettre, suivait attentivement des yeux, sur la carte, notre vaisseau de parallèle* Parallèle. Cercle parallèle à l'équateur figuré sur la sphère ou les cartes. en parallèle, de méridien* Méridien. Cercle qui fait le tour de la terre en passant par les pôles. en méridien, par la ligne directe de Cherbourg à la Martinique.

« Enfin nous touchons l'île que Christophe Colomb découvrit le 12 octobre 1492.

« Ah ! c'est une douce émotion de retrouver la patrie à quinze cents lieues d'elle, de pouvoir presser des mains
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de tout côté tendues ! Toute la ville a joyeusement fêté les nouveaux venus de la grande France.

« Mais c'est le soir de l'arrivée que j'ai vu la marque la plus touchante de sympathie. Je prenais l'air aux abords de la citadelle pour reconnaître un peu les environs. Un nègre passait, en train de manger un morceau de canne à sucre. Il s'arrêtà, nous liâmes conversation :

« — Hé ! dit-il de son accent créole, vous arrivez de Vaisseau de guerre cuirassé, Certains vaisseaux de guerre sont revêtus de plaques d'acier qui les protègent contre les boulets et les obus. Les vaisseaux de guerre sont attachés aux ports militaires de Cherbourg, Brest, Lorient, Rochefort et Toulon ; ils sont destinés à défendre les côtes de la France, les colonies et à lutter, en cas de guerre, contre les navires des autres puissances. France ? — Et chaleureusement il me parla de son désir de voir, avant de fermer les yeux, la terre libératrice ; puis il ajouta :

« —Les pauvres pères noirs ! ils vécurent et moururent méprisés, fouaillés comme des chiens. Mais la loi française a aboli l'esclavage ; leurs fils sont Français ! citoyens d'une grande République !

« — Oui, lui dis-je, nous sommes frères !

« A ce mot, il se mit à pleurer en me pressant la main.

« II s'appelle Philémon. Il est menuisier. Sur sa demande, je suis allé le voir. Il m'a présenté sa femme, ses deux enfants, bonnes gens très doux. Voilà des amis.

« Le soldat porte ici, comme un bourgeois, un vaste
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chapeau de paille contre les insolations* Insolation. Grave maladie causée par une trop longue station au soleil. . Car ce soleil du tropique* Tropiques. Cercles figurés au N. et au S. de l'équateur à 13°27' de distance. ne flâne jamais comme chez nous. Toujours en train de chauffer, de brûler. Et malgré la soif, ordre de ne pas boire, surtout de liqueurs fortes. Les intempérants sont enlevés en peu de jours.

« Dans les premiers moments, Sylvain et moi, nous avons beaucoup plus souffert ici de la soif que le cousin Pascal dans le désert du , quand il n'y trouvait pas l'oasis — vous vous rappelez ? — Mais la raison et la volonté nous ont acheminés assez vite à l'habitude qui fait tout endurer.

« Contre le soleil aussi, il faut une nourriture légère. A la Martinique, bien des gens se contentent pour leur repas d'un morceau de canne à sucre, lait de coco, ou de quelque igname, patate, banane, mangue, Tige de manioc. orange ; tous ces fruits sont délicieux, avec des saveurs intenses que leur donne le soleil.

« Le pain est assez étrange et mauvais, fait de râpures de manioc ; ce manioc, vous le connaissez au moins par sa fécule que nous appelons, en Europe, tapioca. On n'a pas pu décider le froment à s'acclimater ici.

« Figurez-vous qu'hier, en promenade, nous avons traversé un bois d'orangers. Quelle merveille pour les yeux et l'odorat que tout cet or et ce parfum ! Chacun, après s'être désaltéré et rassasié d'oranges, en a rempli ses poches.

« Mais quelque chose de plus singulier encore, c'est, au retour, le spectacle d'un légume trônant, sur la place, au milieu d'un étal de fruitière.

« Celle-ci, une mulâtresse, coiffée d'un madras jaune,
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se tenait derrière, avec un sourire de triomphe. Autour d'elle, un cercle de curieux en arrêt. Et quel était ce prodige, s'il vous plait ?

« Eh bien ! c'était un chou cabus, et pas trop frais, ni trop beau. Nous regardions ce pauvre compatriote avec attendrissement. Il avait été cédé à la fruitière par le cuisinier d'un navire venu de France ; elle nous le dit.

« Puis des amateurs sont arrivés. Et comme il fallait contenter tout le monde, le cabus s'en est allé, feuille par feuille, à quatre, six, huit et même dix sous la feuille, selon la qualité. Elle en a retiré six francs. La rareté, c'est la cherté.

« Suzette, ma mignonne, si vous ne trouvez pas à placer vos choux au marché de Saint-Quentin, vous avez ici un superbe débouché. Il n'est qu'à quinze cents lieues ; mais nous avons bien fait ce bout de chemin !

Questionnaire.

  • — Quelle route suivirent Jacques et Sylvain pour se rendre de Cherbourg à la Martinique ?
  • — Où Suzette trouva-t-elle le tracé de cette route ?
  • — Que rappelle la date du 12 octobre 1492 ?
  • — Que retrouvèrent-ils en débarquant ?
  • — Racontez la rencontre que Jacques fit d'un nègre affranchi.
  • — Quel est le costume du soldat aux colonies ?
  • — Quelle règle d'hygiène lui est imposée en ce qui concerne les boissons ?
  • — Quelle fut, au début, la plus grande souffrance des doux jeunes militaires ?
  • — Quel régime de nourriture suit-on dans les climats tropicaux ?
  • — De quelle matière est fait le pain ?
  • — Racontez l'épisode du bois d'orangers.
  • — Racontez encore comment un chou fut reçu, dépecé et acheté par les Européens sur le marché de Fort-de-France.

DÉVELOPPEMENT DES SUJETS PROPOSÉS POUR EXERCICES.

Géographie.

  • — Croquis de l' ; y figurer par une ligne pointée le voyage de Jacques.
  • — Indiquer l'équateur, les tropiques, par de grosses lignes, — le 40° méridien à l'ouest de Paris et le 20° paralièle nord.
  • — Dessiner le groupe des Antilles.

(L'Atlantique est compris entre le littoral de l'Europe et de l'Afrique occidentales et celui de l'Amérique orientale ; on tracera ces limites. Le groupe des Antilles fera l'objet d'une seconde carte ; il comprendra les grandes et les petites Antilles, et l'on indiquera le littoral, dans tout le pourtour du grand golfe où émergent ces îles.)

Composition.

  • — Récit de la découverte de l'Amérique.
(Voir page 294 de ce livre.)

Industrie.

  • — Dire ce qu'est un bateau, une chaloupe, un vaisseau.

On appelle bateau une construction de bois creusée à l'intérieur, et à laquelle on donne une forme allongée en pointe à l'avant pour l'aider à mieux fendre l'eau. On fait avancer un bateau avec une perche là où le lit de la rivière a peu de profondeur, à la rame ou à la voile dans les autres cas.

Une chaloupe est un fort bateau non ponté dont on se sert principa
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lement dans les vorts et les rades ; on l'embarque aussi sur les navires pour le service des marins.

Un vaisseau est un grand bateau ponté, c'est-à-dire recouvert d'une sorte de plancher sa partie supérieure ; il est construit de manière à pouvoir transporter des hommes et des marchandises sur mer et sur les grands fleuves. On donne le nom de vaisseau aux navires de guerre.

  • DESCRIPTION D'UN VAISSEAU.
  • — Parler de la coque, de la quille, de la cale, des ponts, des sabords, de la proue, de la poupe, du gouvernail, de l'ancre, des mâts, des vergues, des voiles.
  • — Quels services rendent les navires de guerre (1) ?

La première chose que l'on remarque dans un vaisseau, est l'enveloppe extérieure, ou coque, faite de fortes planches de chne clouées sur des madriers fixés à la partie inférieure d'une longue pièce de bois connue sous le nom de quille. Il existe des vaisseaux dont la coque est en fer. On appelle cale l'espace réservé aux marchandises dans la partie intérieure du navire. Afin d'empêcher l'accès des vagues dans l'intérieur du bâtiment, on recouvre la coque d'un solide plancher, ou pont, au-dessous duquel d'autres ponts divisent le vaisseau en plusieurs étages. Pour la ventilation et pour donner accès à la lumière, on pratique sur le pourtour de petites ouvertures, les sabords, dont un certain nombre donnent passage à la gueule des canons. L'avant du navire, autrement dit, la proue, est tranchant ; l'arrière est arrondi : c'est la poupe, à laquelle le gouvernail est fixé ; le gouvernail est une pièce mobile de bois qui, selon la position qu'on lui donne, imprime au bâtiment telle ou telle direction. A la proue sont suspendues les ancres, énormes pièces de fer dont les branches recourbées et aigus se fixent au fond de la mer pour arrêter le vaisseau et le maintenir on un endroit donné. La balustrade qui entoure le pont est connue sous le nom de bastingages.

Sur le pont, on remarque les mâts, longues pièces de bois ou de fer maintenues par de solides cordages et croisées par les vergues, barres transversales qui portent les voiles. Le mât du milieu est le grand mat ; celui qui est à l'avant est le mât de beaupré ; l'autre, le mât d'artimon.

Actuellement, la plupart des vaisseaux de guerre sont pourvus d'une machine à vapeur faisant tourner une hélice, pièce de cuivre formée de quatre branches inclinées qui impriment au bâtiment une vitesse considérable, quelque chose comme 20 à 30 kilomètres à l'heure.

Les vaisseaux de guerre défendent les côtes et les ports contre l'attaque des ennemis ; ils protègent sur mer les vaisseaux marchands et poursuivent les pirates.

  • LA BOUSSOLE.
  • — Qu'est-ce que l'aimant ; — du fer aimante ?
  • — Propriétés d'une aiguille aimantée librement suspendue.
  • — Qu'est-ce qu'une boussole ?
  • — Services qu'elle rend.

L'aimant est un oxyde de fer qui jouit de la propriété d'attirer le fer et quelques autres métaux tels que le nickel, le cobalt et le chrome.

Le fer aimanté ou plutôt l'acier aimanté est une barre ou une aiguille d'acier qui, par des frictions avec un aimant, en a acquis les propriêtés. Le fer aimanté de cette manière ne garde pas cette propriété.

Une aiguille aimantée librement suspendue, à un fil, par exemple, ou posée sur un pivot autour duquel elle peut facilement tourner, se fixe, après une suite d'oscillations et de mouvements, dans la direction de la ligne du nord au sud.

(1) On donne le nom de navires aux vaisseaux affectés au transport des marchandises ; les paquebots sont ceux à qui l'on confie le service de la poste.
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L'action directrice de la terre sur l'aiguille aimantée (dont la pointe se tourne vers le nord) a reçu une importante application dans la boussole marine. C'est une sorte de boite circulaire qui renferme une aiguille aimantée, posée sur un pivot. En la consultant, les marins reconnaissent immédiatement la direction du nord à toutes les heures et par tous les temps, ce qui leur permet de suivre sans erreur la route qui les doit mener à destination.

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