Suzette: a Digital Edition

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132. — Une arrivée.

Sur la cheminée s'épanouissait un large bouquet de fleurs des champs et, sur la table, un autre de fleurs de jardin. Une rose blanche parait le corsage de Suzette. Sur les appuis des deux fenêtres, une rangée de géraniums en pots montaient la garde ; tout cela attendant la jeune mariée.

— Papa, est-elle jolie ?

Revenu depuis deux jours, M. Dumay avait précédé de trois les mariés. Et le troisième jour en était à ses onze heures du matin.

—Papa, est-elle jolie ?

— Jolie ?... jolie ? Je n'en sais trop rien, ma fille. Elle a un visage plaisant avec des yeux... tiens ! de la couleur de ces petites fleurs-là.

Juste comme Château d'Amboise (Indre-et-Loire) ; ancien château royal où les protestants essayèrent de surprendre la cour de François II en 1560. il montrait des myosotis sur la table, le marié et la mariée arrivèrent, conduits par François.

— Eh bien ! non ! elle n'était pas jolie, Mme Louis Richard.
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Figure trop longue, traits un peu gros. Mais dans les joues, deux aimables fossettes ; aux coins de la bouche, un sourire très bon, et les yeux, ces fieurs bleues dont on avait parlé, compensaient au moins la beauté.

Les deux cousines se plurent au premier regard. Et Château de Plessis-lès-Tours, où résida et mourut Louis XI (1483). les deux institutrices aussi. Car si l'on conduisit vite Mme Louis chez Mme Valon, vous n'en doutez guère.

Celle-ci avait déjà invité la famille à déjeuner pour le lendemain et accepté elle-même de dîner à la ferme.

A ce dîner, on parla de Paris, et aussi de Blois et de Tours. Car Mme Valon et Mme Richard, par une heureuse rencontre, étaient nées toutes deux non loin de ces bords charmants de la Loire, assez riches en monuments, en souvenirs historiques pour défrayer*Défrayer. Fournir à l'entretien d'une chose. la conversation de plus d'un dîner de Fragicourt.


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Et à travers les souvenirs échangés des deux dames, les convives virent passer devant leurs yeux les admirables châteaux de Chenonceaux, de Blois, d'Amboise, de Chambord et les ruines du vieux Plessis de Louis XI.

Tout le temps de ce repas, M. François se tint très coi, mais pourtant sans confusion.

Spontanément, le jour du retour de son père, il lui avait tout dit, sa faute et son serment, et cela avec un si vigoureux accent de volonté que M. Dumay, comme Suzette, sentit François guéri par le coup de folie même qui eût dû le perdre.

Depuis, il le traitait avec une gravité plus douce.

Questionnaire.

  • — Comment Suzette avait-elle tiré parti des fleurs de son jardin ?
  • — Qui était de retour à la ferme ?
  • — Que répondit-il à une question de Suzette ?
  • — Que dit-il des yeux de Mme Louis Richard ?
  • — Faites son portrait.
  • — A votre avis, pourquoi Mme Louis Richard, Mme Valon et Suzette se plurent-elles au premier regard ?
  • — De quoi parla-t-on au dîner de la ferme ?
  • — Quels châteaux citèrent les deux dames originaires de la Touraine ?
  • — Décrivez, d'après les images, les châteaux de Blois, d'Amboise et de Plessis-les-Tours.
  • — Comment se tint François pendant le diner ?
  • — Qu'avait-il spontanément avoué à son père ?

DÉVELOPPEMENT DES SUJETS PROPOSÉS POUR EXERCICES.

Morale.

  • — Que préféreriez-vous, ou d'être belle, ou seulement d'avoir une figure passable avec des qualités solides et une instruction suffisante ?
  • — Donnez vos raisons.

La beauté plait aux regards, mais elle n'a que ce privilège ; elle attire des hommages, mais combien aussi elle excite l'envie ! elle rend heureuse celle qui en est douée, mais comme elle l'expose à la vanité, au goût de la parure et des frivolités ; que de folles espérances elle suscite, que de pièges elle recouvre ! Rien d'ailleurs de plus fragile que cet avantage ; une maladie la détruit sans retour, et bientôt l'âge la fait disparaître. On s'y habitue vite, et si la personne qui la possède n'y joint pas des qualités solides, on n'en tient nul compte.

Au contraire, les qualités du cœur et de l'esprit sont durables ; elles contribuent chaque jour au bonheur et à l'aisance de la famille ; elles charment l'intérieur le plus pauvre ; elles consolent, elles soutiennent. Rien ne peut nous les ravir ; les années, loin d'y porter atteinte, en augmentent le mérite.

Une jeune fille raisonnable a donc les meilleurs motifs pour préférer à la beauté des qualités solides rehaussées par l'instruction.

Civilité.

  • — Comment reçoit-on des parents, des amis ?
  • — Comment dispose-t-on les maisons dans une telle circonstance ?

Nous dirons d'abord d'une manière générale qu'il faut recevoir avec bienséance et s'occuper de rendre la visite agréable ; faites tous vos efforts pour que les gens vous quittent satisfaits et pleins du désir de revenir.

Si l'on a un salon, on ne saurait recevoir ailleurs sans manquer aux bienséances ; sinon, on fait entrer les personnes dans la pièce dont on peut disposer, laquelle sera très propre et d'un ordre parfait.

Dès qu'on voit entrer quelqu'un, on se lève vivement ; on va vers
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lui, on l'engage à s'asseoir en évitant la vieille formule : Donnez-vous la peine de vous asseoir. Si c'est un vieillard ou une dame, on insiste pour qu'ils acceptent le siège le plus confortable.

En hiver, les places les plus honorables sont celles du coin de la cheminée. Aussi, lorsqu'il survient une dame respectable, une personne à qui l'on désire faire honneur, on la conduit à l'une de ces places.

A mesure qu'il entre un nouveau venu, le maître ou la maîtresse du logis se lève, et les personnes présentes sont obligées de l'imiter. Quelques-unes s'éloignent alors, en faisant un salut discret ; en ce cas, le maître ou la maîtresse de la maison les reconduisent jusqu'à la porte de la salle, et prient un membre de la famille de les remplacer jusqu'à ce que les visiteurs soient hors de la maison.

La façon dont on reconduit ordinairement les visiteurs est réglée d'une manière invariable. S'il doit accompagner une dame, le maître de la maison lui présente le bras ; lorsque deux dames sortent ensemble, c'est à la plus jeune à s'effacer pour laisser le maître du logis guider l'autre dame.

Lorsqu’on attend des visites, il convient de donner à la pièce où l'on recevra l'aspect le plus agréable ; on l'orne de fleurs ; on y allume un bon feu en hiver ; on la tient fraîche et dans une demi-obscurité pendant l'eté ; enfin, on y dispose les sièges de façon à former facilement un cercle intime.

Géographie et Histoire.

  • — Tracer le cours de la Loire avec ses affluents et indiquer les villes importantes qu'ils arrosent tous, puis la situation des châteaux nommés dans la lecture.
  • — Quels souvenirs historiques vous rappellent : le château de Plessis-les-Tours et ceux d'Amboise, de Blois, de Chambord ?

(Accoutumer les élèves à marquer quatre ou cinq points indiquant les principaux changements de direction du fleuve, avant d'en tracer le cours : Chenonceaux est situé sur le , dans l'arrondissement de Tours, et Chambord à 16 kilomètres de Blois, au sud de la Loire.)

Le château de Plessis-les-Tours fut bâti par Louis XI, qui y séjourna longtemps et y mourut en 1463 ; le 30 avril 1589, Henri IlI et son beau-frère Henri de Navarre y conclurent une alliance contre la Ligue.

Le château d'Amboise, bâti sur les ruines d'un château romain, fut reconstruit au huitieme siècle, puis, une seconde fois, sous les règnes de Charles VIII, Louis XII et François Ier. Les rois y résidèrent souvent. Louis XI y institua l'ordre de Saint-Michel (1469) ; Charles VIII y naquit (1470) et y mourut (1498). François II s'y réfugia lors de la première prise d'armes des calvinistes (1560), connue sous le nom de conjuration d'Amboise. Abd-el-kader y fut interné de 1848 à 1852.

Le château actuel de Blois fut commencé par Louis XII, continué sous François Ier et achevé par Gaston d'Orléans, frère de Louis XIII. Louis XII aimait à y séjourner : c'était d'ailleurs le lieu de sa naissance ; il y signa divers traités. Il s'y tint des Etats généraux en 1577 et 1588 ; c'est pendant la réunion de ceux de 1588 que Henri III y fit assassiner le duc et le cardinal de Guise qui voulaient le détrôner. Marie de Médicis y fut reléguée après l'assassinat de Concini (1679). C'est à Blois que Marie-Louise se retira, le 2 avril 1814, pour en repartir avec son fils le 9 mai suivant.

Le château de Chambord, le plus beau de France, fut construit sous le règne de François Ier par Pierre Nepveu, sur l'emplacement d'une maison de plaisance des comtes de Blois. Il fut donné par Louis XV à son beau-père Stanislas, puis au maréchal de Saxe. Louis XVI en accorda la jouissance aux Polignac. Napoléon en fit don à Berthier,
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prince de Wagram, et, en 1821, il fut acquis au moyen d'une souscription et offert au petit-neveu du roi Louis XVIII, futur héritier du trône, connu plus tard sous le nom de comte de Chambord.

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