Suzette: a Digital Edition

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117. — La conscription.

Jacques est assis sur un banc dans la cour ; ses yeux rèveurs*Yeux rêveurs. Qui regardent sans attention, parce qu'on est absorbé par une idée. errent sur la grange, sur les étables, le rucher, le jardin, sur la chère maison.

Elle est silencieuse. La voix de pinson de Suzette, si gaie au matin, ne s'entend pas. Sans quelques rares bruits d'ustensiles remués, sans la colonne de fumée qui, de la cheminée, monte vers les nuages, on croirait que Suzette dort encore.

Au lieu de cette voix, il s'en entend de lointaines. Elles chantent en choeur :


« Nous allons tirer au sort,
« Nous allons tirer au sort,
Tirer au sort,
Tirer au sort,
Tirer au sort !... »
Tirer au sort !... »


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M. Dumay parait sur le seuil de la porte. Jacques se lève :

— Nous sommes prêts, père ?

M. Dumay tousse d'abord pour s'éclaircir le gosier ; mais la toux n'y fait rien ; la voix sort difficilement :

— Oui, mon fieux, mon Jacques, nous sommes prêts. Partons.

Le chant lointain reprend :


« Nous allons tirer au sort,
« Nous allons tirer au sort,
Tirer au sort,
Tirer au sort,
Tirer au sort !... »
Tirer au sort !... »

— Moi aussi, dit le jeune homme avec un sourire.

Voilà Suzette. Elle s'avance lentement. Elle prend la main de Jacques, la presse, et en la regardant :

— Chère main de mon frère, main pacifique de laboureur, bonne à la terre et aux tiens, va, et en plongeant dans l'urne*Urne. Vase où l'on met les billets pour le tirage au sort ou pour les votes des élections., ne te trompe pas !

— Vous voilà prévenue, ma main ! dit Jacques, en affectant la gaieté.

Il embrasse Suzette et s'éloigne avec son père.

MM. François et Charlot n'avaient pas paru à cette scène. Pris, ce matin-là, d'un zèle rare et beau, ils étaient déjà partis du côté de l'école pour une pressante préparation de leçon de géographie, dirent-ils.

Mais on sait l'histoire de l'Anglais John : très pressé de rentrer chez lui, il choisit et enfourche un cheval au galop si impétueux que, quatre fois, John, impuissant à le retenir, passe et repasse, comme un vent d'orage, devant sa demeure, sous les yeux et aux cris de Mme John, qui ne sait que penser de cette course effrénée.

Le coursier de François et de Charlot, c'était leur passion de voir tirer au sort, passer les jeunes conscrits avec leurs chansons et leurs chapeaux ornés du numéro. C'est pourquoi, partis, les jambes à leur cou, ils ne parvinrent pas à s'arrêter devant l'école et filèrent comme flèches sur le Catelet.

Leurs frimousses émoustillées de plaisir furent les premières qu'aperçurent M. Dumay et Jacques en y
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arrivant. Sans le frère aîné qui intercéda en leur faveur. elles eussent fortement changé d'expression.

Et ce furent eux qui, avec la rapidité dont ils étaient partis, vinrent en estafette annoncer à Suzette la nouvelle qu'elle attendait fiévreusement.

Questionnaire.

  • — Où est Jacques et que regarde-t-il ?
  • — Qu'est-ce qu'on n'entend pas ?
  • — Pourquoi croirait-on que Suzette dort ?
  • — Que chantent des voix lointaines ?
  • — Que dit Jacques et que répond Jacques ?
  • — Où allaient-ils ensemble ?
  • — Quel souhait fit Suzette en serrant la main de son
  • — Qu'était-il advenu de François et de Charlot ?
  • — Que racente-t-on, à ce sujet, d'un Anglais ?
  • — Pourquoi les deux enfants n'étaient-ils point allés à l'école ?
  • — Qu'aperçurent Jacques et M. Dumay en entrant au Catelet ?
  • — Quelle commission firent-ils ?

DÉVELOPPEMENT DES SUJETS PROPOSÉS POUR EXERCICES.

Instruction civique.

  • — Que doivent, au service de la patrie, tous les jeunes gens valides ?
  • — Qu'est-ce qu'un conscrit ?
  • — En quoi consiste le tirage au sort ?
  • — Pourquoi le fait-on ?

Tous les jeunes gens valides doivent à la patrie le service militaire ; pendant trois ans, ils restent à l'armée ; on les y forme à la pratique des armes et aux manœouvres de la guerre ; et, le cas écheant, ils partent à la frontière pour repousser ou attaquer l'ennemi.

Être soldat ! ce n'est pas seulement un devoir, c'est un honneur ; l'uniforme est interdit aux Français que les tribunaux ont condamnés pour des actes coupables.

Un conscrit est un jeune homme agé de vingt ans qui est appelé au service militaire. Il se rend alors au chef-lieu de son canton ou lui et ses camarades nés la même année doivent tirer au sort.

Quoique tout le monde doive être soldat, chacun vient tirer un numéro dans une urne, en présence du préfet ou de son représentant et des maires du canton ; cette opération est nécessaire afin que la non-désignation pour certains services dangereux ou l'inscription sur la liste de ceux qui ne servent qu'un an, ne soient point accordées à la faveur, mais relèvent uniquement du hasard.

  • L'ARMEE.
  • — Qu'est-ce qu'une armée ?
  • — Qu'entend-on par infanterie, infanterie de marine, cavalerie, artillerie, train des équipages, flotte de guerre, escadre ;
  • — par un régiment, un bataillon, une batterie ?
  • — Que commandent : 1° un commandant, 2° un colonel, 3° un général.

Une armée est un nombre plus ou moins considérable de troupes assemblées sous la conduite d'un général. Elle comprend ordinairement un ou plusieurs corps comprenant les uns et les autres un certain nombre de divisions dont chacune compte au moins quatre régiments, non compris l'artillerie.

On entend par :

Infanterie, les gens de guerre qui combattent à pied ; ils sont armés de fusils ;

Infanterie de marine, un corps de soldats d'infanterie préposés à la garde des colonies, sauf l'Algérie ;

Cavalerie, toutes les troupes qui combattent à cheval ;

Artillerie, le matériel de guerre qui comprend les canons, les mortiers, les boulets, les bombes. On désigne également sous ce nom les troupes affectées à cette arme ;

Train des équipages, tout l'attirail des voitures nécessaires au ser-
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vice de l'artillerie et au transport des vivres, et aussi les troupes spécialement chargées de ce service ;

Flotte de guerre, un certain nombre de navires de guerre qui vont ensemble sous le commandement d'un chef unique ;

Escadre, un nombre de vaisseaux de guerre moins considérable qu'une flotte ;

Régiment, un corps de gens de guerre (3,000 à 3,600 hommes) composé de plusieurs bataillons, et dont le chef s'appelle colonel ;

Bataillon, un corps de troupes faisant partie d'un régiment, formé de huit compagnies ordinairement, et comptant de 800 à 1, 200 hommes ; une compagnie est forte de 100 à 150 hommes ; un capitaine la commande ;

Batterie, un ensemble de six pièces de canon, y compris les hommes qui les manoeuvrent et les voitures portant les munitions et les pièces de rechange.

Le commandant est à la tête d'un bataillon ; un colonel, à la tête d'un régiment ; un général, à la tête d'une brigade (2 régiments) ou d'une division.

Composition.

  • — Votre frère va tirer à la conscription ; qu'est-ce qui vous rend à la fois triste et joyeuse ?
  • — L'exposer dans une lettre à votre grand'mère.

(Voir COURS DE COMPOSITION FRANÇAISE (Degré élémentaire et moyen), par E. LAPORTE, Partie du maître, page 317.)

Géographie.

  • — Qu'est-ce qu'une ville forte ?
  • — Donnez une idée de ce que sont des fortifications si vous avez eu occasion d'en voir.
  • — Quelles sont les principales villes fortes des frontières du Nord, de l'Est ?
  • — Qu'est-ce qu'une garnison ?

Une ville forte est une ville entourée d'ouvrages de terre et de maconnerie pour empêcher l'ennemi de s'en emparer.

Les fortifications consistent en un fossé profond de 8 ou 10 mêtres dont un des côtés, formé de terres en pente, est opposé à une muraille à pic surmontée de terrassements destinés à abriter les pièces d'artillerie. Cette muraille n'a pas une direction rectiligne ni circulaire, mais elle comporte des angles rentrants et saillants en vue de mieux accabler de feux l'ennemi qui donnerait l'assaut.

Les principales villes fortes des frontières du Nord sont : Lille, Douai, Valenciennes, Avesnes, Rocroi, Mézières, Sedan.

Celles de l'Est sont : Montmédy, Verdun, Toul, Nancy, Epinal et Belfort.

On entend par garnison les troupes qu'on met dans une place de guerre ou une forteresse pour la défendre contre l'ennemi, tenir le pays en respect ou simplement pour y faire un séjour de quelque durée.

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