Suzette: a Digital Edition

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133. — Un départ.

Comme on allait se lever de table, quelqu'un frappa à la porte. C'était Sylvain. On présenta ce compagnon d'exploration de M. Pascal aux mariés, qui lui serrèrent la main. Après quoi M. Dumay, l'interpellant :

— Hé ! quel jour est-ce donc au calendrier de votre ferme, Sylvain, que je vous vois endimanché ?

Sylvain tendit un papier au fermier ;

— On a reçu sa feuille de route : on part !

Sa voix trembla un peu sur ce dernier mot. Il baissa les yeux, mais pour les relever aussitôt avec un brave sourire.

— Mon fils Jacques avait tiré le numéro 12 ; notre ami Sylvain l'a dépassé, il a pris le 11, dit M. Dumay.

Et regardant le papier :

— Mais je vois qu'on part pour Cherbourg.

— Oui, Monsieur.

— On va retrouver Jacques, être son frère d'armes *Frère d'armes. Celui qui combat avec nous pour la même cause. ! Il en sera heureux comme nous le sommes. Quand partez-vous ?

— Dans une demi-heure.

Alors, pendant qu'on faisait asseoir Sylvain, Suzette se leva et sortit.

Quand elle rentra, ce fut avec une petite bourriche :

— Monsieur Sylvain, dit-elle, j'ai choisi les plus belles poires, les plus belles pommes du jardin ; vous les partagerez avec mon frère. Il y a là aussi un petit pot de miel ; nos abeilles l'ont fait dans vos ruches. Vous penserez à nous.

Il était tout ému et put à peine répondre.

Peu d'instants après, il dit adieu, et M. Dumay l'embrassa.

Questionnaire.

  • — Pourquoi Sylvain rendait-il une visite à la famille Dumay ?
  • — De quel ton annonça-t-il qu'il avait reçu sa feuille de route ?
  • — Quel numére avait-il tiré ?
  • — Où se rendait-il ?
  • — Comment le dit-il à M. Dumay ?
  • — Que lui prépara Suzette ?

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DÉVELOPPEMENT DES SUJETS PROPOSÉS POUR EXERCICES.

Morale.

  • — DES PRÉSENTS.
  • — Qu'est-ce qu'un présent ?
  • — A qui offre-t-on des présents ?
  • — Pour quels motifs ?
  • — Comment convient-il de les remettre ?
  • — Un présent fait dans un but intéressé doit-il être accepté ?
  • — Pourquoi ?
  • — Pourriez-vous raconter une historiette à l'appui ?

On désigne sous le nom de présent ou de cadeau ce que l'on donne gratuitement.

Les présents ou cadeaux s'offrent aux parents, aux amies en diverses circonstances, telles que fêtes, anniversaires, premier jour de l'année ; on prie encore d'en accepter certaines personnes dont le dévouement et les services nous touchent particulièrement.

Les cadeaux les plus favorablement appréciés sont les produits de notre travail personnel : dessins, ouvrages à l'aiguille, cadres en cheveux. On envoie encore des fruits à l'automne, et du gibier dans la saison de la chasse.

Aux yeux des personnes délicates, les cadeaux n'ont de prix que par la manière dont ils sont offerts ; ils doivent exciter la surprise, le plaisir ; aussi devez-vous en faire un mystère et les présenter avec une joyeuse amabilité. Quand vous aurez fait votre offrande et que les remerciements seront épuisés, ne ramenez jamais la conversation sur cet objet ; gardez-vous bien surtout de le faire valoir. Au contraire, lorsqu’on en relèvera le mérite, dites que la chose tient tout son prix de vos sentiments.

Quelque peu d'agrément que puisse avoir un cadeau, ne pas témoigner beaucoup de plaisir en le recevant serait une grossièreté. Il faut encore, quand une occasion se présente d'en parler, ne pas manquer de dire au donateur combien son attention vous a été agréable. La délicatesse la plus vulgaire exige que l'on ne provoque jamais un cadeau par des éloges ou des allusions indirectes.

Un présent fait dans un but intéressé, comme il arrive parfois entre inférieurs et supérieurs, doit être refusé froidement, mais poliment : se prêter à un tel marché a quelque chose de honteux et de déshonorant.

Civilité.

  • — Que doit faire une jeune fille qui a été reçue dans une maison ou qui va s'éloigner de son pays pour quelque temps ?
  • — Sera-t-elle seule pour faire ses visites ?
  • — Quelles convenances observe-t-on selon les personnes auxquelles on rend visite ?
  • — Qu'entend-on par cartes de visite ?

Une jeune fille qui a été reçue dans une maison ou qui va s'éloigner de son pays pour quelque temps, est tenue de rendre visite à la personne qui l'a reçue et à celles avec qui elle a des relations fréquentes, comme ses parents, son institutrice, ses meilleures amies de classe.

Les convenances lui prescrivent de ne jamais faire seule ses visites ; elle doit accompagner sa mère, à moins qu'elle n'ait été confiée à une amie de la famille ou à une parente. Il n'est pas d'usage qu'une toute jeune fille ait des cartes de visite personnelles ; si sa mère a coutume d'en remettre, elle inscrit au-dessous du sien le nom de celle-ci.

Chacun sait que les cartes de visite sont de petites feuilles d'un carton léger sur lesquelles le nom d'une personne est gravé ou imprimé ; elles sont déposées à la maison où l'on fait une visite, lorsque les maîtres en sont absents. Elles s'envoient également par la poste le premier janvier, aux anniversaires, à l'occasion d'événements heureux ou malheureux, aux personnes avec qui l'on entretient des relations.


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La convenance dans le maintien est indispensable à une jeune fille en visite ; on juge ainsi de son mérite et de sa bonne éducation. Après avoir salué gracieusement, elle acceptera le siège qui lui est offert et s'y tiendra de façon à se présenter un peu de côté à la personne à laquelle elle fait vis-à-vis. Elle ne doit ni croiser les jambes, ni se pencher, encore moins s'appuyer sur le dos de la chaise ou du fauteuil ; elle ne sera ni trop remuante ni trop immobile, et se gardera des airs hardis ou dédaigneux ; sa physionomie doit respirer la franchise, la modestie et la satisfaction.

  • Quelle part une jeune fille doit-elle prendre à la conversation dans les reunions de famille ou autres ? (Tenue, gestes, art d'écouter et de bien répondre.)
  • — Qu'observera-t-elle pour la correction du langage ?

La part que peut prendre une jeune fille à la conversation, au cours d'une visite, se résume souvent dans l'art d'écouter et de répondre à propos ; elle se gardera surtout de parler la première.

Au cours d'un entretien où elle est appelée à participer, elle regardera à demi la personne qui lui parle, l'écoutera avec attention et témoignera par des gestes discrets l'intérêt que lui inspire le sujet. Elle ne se permettra jamais une interruption ; rien ne donne une preuve plus évidente de légèreté ou de mauvaise éducation. Si le narrateur s'égare dans de longs détails, il faut montrer de la patience, et cette condescendance est de rigueur envers un vieillard ou une dame âgée.

Lorsqu’on a besoin de se faire expliquer quelque circonstance ou si l'on ne saisit pas bien l'explication, on ne demandera à la personne de répéter qu'avec des ménagements polis : Je vous demande bien pardon ; — Je craindrais de perdre quelque chose de votre récit ; — Si vous vouliez répéter, etc. Choisissez pour cela un moment opportun, par exemple, lorsque cette personne fait une pause, cherche une expression, prend son mouchoir.

Si l'on vous raconte une imposture évidente, prenez un air froid, de manière à ne passer ni pour une sotte ni pour une malhonnête, car il serait vilain de donner un démenti.

L'interruption n'est pardonnable que s'il s'agit de prouver ou d'éclaircir un fait en faveur d'un absent.

Gardez-vous d'écouter en hochant la tête, en gesticulant, en demeurant les yeux fixes et la bouche béante, d'avoir l'air distrait ou rêveur, de bâiller sans cacher avec la main ou le mouchoir ce témoignage d'ennui et de fatigue, de regarder fréquemment la pendule ; toutes ces manières pèchent contre les convenances.

En parlant à votre tour, évitez les longues phrases, les répétitions, les et puis, les alors qui sont si fatigants, les imparfaits de subjonctif en asse et isse qu'il faut savoir remplacer par d'autres tournures, les liaisons affectées et multipliées. Attachez-vous à avoir un langage clair, correct et préférez les mots et les expressions adoptés par les personnes sérieuses ; enfin, n'ayez jamais l'air de vous apercevoir des fautes de français ou de prononciation des autres, encore moins de vous permettre un sourire ou un regard moqueur.

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