Table of Contents
Page: 456
130. — Terrible scène.
Suzette, qui s'était contenue pendant cette lecture, se leva vivement quand elle fut finie et jetant un petit châle sur ses épaules :
— Viens avec moi, dit-elle à Charlot, qui, comprenant, la suivit en silence.
Ils se mirent à parcourir Fragicourt. Le village comptait près de deux cent cinquante maisons, dont quinze portaient enseigne. Les belles plaines onduleuses qui lui font une riante ceinture, la douceur salutaire*Salutaire. Utile, avantageux pour la conservation de la vie. d'une promenade en famille, les petits jouant, courant, cueillant des fleurettes sous les yeux du père et de la mère, rien ne valait l'attrait de ces quinze cabarets.
Ces hommes de Fragicourt, braves ouvriers
tisseurs, eussent été irréprochables si la semaine avait eu six jours seulement.
Mais il y avait le septième, le dimanche. Ce jour-là, ils s'habillaient de leurs
plus beaux habits, prenaient en poche quelque vingt, trente sous, de ces sous dont
la ménagère, la mère, quand on les lui (1) On emploie un filtre
formé d'un sac conique d'étoffe. On le suspend par plusieurs attaches de ruban
de fil à un cercle de jonc, suspendu lui-mème par un clou à un anneau au moyen
de trois cordes. L'étoffe sera ou de la flanelle, ou du drap, ou du molleton et
même du feutre.
Page: 457
laisse, sait tirer un peu de bien-être, de propreté,
de gâterie même. Et les voilà partis du côté de l'eau-de-vie.
Restées à la maison, les femmes, les mères n'y mènent pas grand bruit. Quelques-unes, le soir venu, à l'heure du souper, se hasardent à aller guetter, à travers un écartement de rideau, où en est le fils, le mari. Des soupirs, des plaintes s'échappent de leur bouche ; parfois les pauvres femmes ont avec elles de petits enfants qui pleurent...
Ce soir-là, tremblante, Fabrication de l'alcool. L'eau-de-vie est une liqueur spiritueuse qu'on obtient par la distillation. L'appareil qui sert à distiller s'appelle un alambic. Ou met dans la marmite, les produits à distiller. On chauffe, et les vapeurs qui s'élèvent de la marmite, traversent le serpentin qui est plongé dans un vase rempli d'eau froide ; elles s'y refroidissent pour passer ensuite à l'état liquide. honteuse, le cœur déchiré, la pauvre Suzette fait comme elles. De fenêtre en fenêtre, elle glisse le long des cabarets ; Charlot, qui l'accompagne, y fait un pas sur le seuil pour tâcher de voir dans la fumée des pipes.
Il a le cœur gros aussi, le brave enfant. Il essaie rassurer sa sœur. Dans leur triste promenade, ils passent devant le cimetière.
Charles, lui dit doucement Suzette dans un sanglot, si la pauvre maman nous voit, nous entend, elle doit bien pleurer !
Ils regagnaient la ferme, quand des cris : Au secours ! se font entendre du côté de la maison de Ludivine.
Ils y courent. Et là, quel spectacle ! La grande pièce. était jonchée de débris de vaisselle. De toute sa force, Vincent, furieux d'ivresse, horrible à voir, jetait les dernières assiettes dont l'une venait de frapper sa mère au front.
Le vieux père Benoît, Lisa s'efforçaient en vain de le contenir. Charlot, d'autres voisins accourus, purent enfin s'en rendre maîtres.
Ludivine repoussa Suzette qui voulait lui bassiner*Bassiner. Laver avec une linge mouillé. le front avec de l'eau et parlait d'arnica.
Page: 458
— Va, j'ai mieux que ça, merci, dit-elle aigrement. Pars avec ton frère qui a emmené mon Vincent aux Trois Agaces !
Les pupilles dilatées, paraissant ne rien voir, François s'accotait au mur. Sans répondre à Ludivine, Suzette le prit par un bras ; Charlot le prit par l'autre et ils sortirent.
A la maison non plus, il n'y eut pas une parole d'échangée. Le visage de François semblait changé en pierre. Sans chapeau, — il l'avait perdu en route — les cheveux collés aux tempes, les vêtements en désordre il donnait un spectacle navrant.
Charlot le mit au lit et, après un quart d'heure, revint dire à Suzette, qui s'apprêtait à veiller :
— Il dort. Tu peux aller te reposer.
Questionnaire.
- — Que fit et dit Suzette, une fois la lecture achevée ?
- — Quel aspect présentait le village ?
- — Comment les tisseurs de Fragicourt employaient-ils la journée du dimanche ?
- — Que faisaient les femmes et les mères pendant ce temps ?
- — Où allait, ce soir-là, Suzette avec Charlot ?
- — Quelle pensée vint à leur cœur en passant près du cimetière ?
- — Que virent-ils en passant devant la maison de Ludivine ?
- — Qui s'efforçait de contenir Vincent ?
- — Que répondit Ludivine à Suzette lui proposant de la panser ?
- — Dans quel état ramena-t-on François à la maison ?
DÉVELOPPEMENT DES SUJETS PROPOSÉS POUR EXERCICES.
Morale.
- — L'IVROGNERIE.
- — Quand dit-on qu'un homme est un ivrogne ?
- — Qu'est-ce qui donne cette funeste passion ?
- — Comment peut-on retenir un homme à la maison le dimanche ?
- — Qu'y a-t-il de plus hideux qu'un homme ivre ?
- — Réflexions et résolutions.
Un ivrogne est un homme qui a contracté l'habitude de boire avec excès ; la même désignation s'applique également aux malheureuses femmes tombées dans ce vice repoussant. Une pareille qualification est une tache honteuse.
On devient ivrogne lorsqu’on ne se plaît pas chez soi et qu'on ne sait comment occuper ses loisirs ; alors le cabaret tente ; on sait y trouver joyeuse compagnie, et l'on s'y rend. D'abord on boit et l'on fume modérément ; mais bientôt le penchant devient plus vif ; on consomme davantage, et plus on absorbe de liqueurs, plus le besoin de la soif augmente. Alors la tête s’alourdit, les jambes vacillent, la raison s'obscurcit et la langue peut à peine formuler les paroles que profère l'ivrogne. Le voici dehors, chancelant, abruti, ne regagnant qu'avec peine sa demeure et au prix de chutes répétées sur le grand chemin. Il entre, et tombe ou plutôt s'affaisse sur un siège ; puis, témoin du dégoût qu'il inspire, la fureur l'anime ; il crie, il profère d'odieuses menaces, frappe lâchement sa femme et ses enfants ; enfin, se jetant sur le lit, il s'endort d'un ignoble sommeil pendant que les siens pleurent.
Souvent une femme peut empécher son mari de s'installer le dimanche au cabaret en lui donnant le spectacle d'un intérieur bien tenu joint au plaisir de prendre part à des repas préparés avec soin.
Elle réussira encore mieux si elle montre de l'ordre, si elle écono-
Page: 459
mise et fait entrevoir pour l'avenir la
possibilité d'assurer leur vieillesse contre les suites de l'affaiblissement
des forces et les conséquences de la maladie ou du chômage. Bien des maris
vont au cabaret parce que leur femme est malpropre, négligente, acariâtre,
brusque avec les enfants, et qu'elle n'a nul souci de se rendre agréable son
intérieur.
Il n'y a rien de plus hideux qu'un homme ivre ; le seul spectacle de cet être abruti et dégoûtant est bien fait pour guérir à jamais la jeunesse d'un vice aussi dégradant.
Industrie.
- — L'ALAMBIC.
- — Qu'est-ce qui peut altérer l'eau ?
- — Comment peut-on obtenir de l'eau très pure avec l'alambie ? (En l'expliquant, nommer les pièces de cet appareil.)
- — Indiquez des liquides et des fruits qu'on soumet à la distillation.
En traversant certaines couches du sol, l'eau y dissout des substances qui l'altèrent et lui communiquent un goût désagréable. Ainsi, en Algérie, on trouve des puits dont l'eau est salée et amère. On obtient dans ce cas de l'eau pure en procédant par la distillation ; à cet effet, on place sur un foyer un cylindre contenant l'eau à distiller ; par l'action du feu, cette eau se change en vapeurs qui se rendent sous un couvercle nommé chapiteau, et de là en un tuyau de cuivre qui serpente dans un tonneau d’eau froide. Les vapeurs s'y condensent et l'eau ainsi obtenue tombe goutte à goutte dans un vase à ce destiné. Il n'y a plus qu'à la laisser refroidir et à l'agiter violemment afin d'y faire pénétrer de l'air ; elle sera alors propre à nous désaltérer et à tous les usages domestiques.
On distille non seulement de l'eau, mais encore, comme nous l'avons déjà fait connaître, du vin, des fruits, du marc de raisin, etc.
Hygiène.
- — Quels soins réclame le malheureux en état d'ivresse ?
- — Quelles sont, pour la santé, les suites des habitudes de boisson ?
Il faut traiter l'ivrogne comme un malade, le placer dans un lieu où l'air soit pur et frais, le débarrasser promptement des vêtements qui exercent sur lui une compression, notamment au cou. On l'abritera soigneusement contre le froid, qui peut amener une congestion.
Le premier degré d'ivresse cède à quelques tasses de café ou de thé léger, à une potion composée d'un demi-verre d’eau et de dix à douze gouttes d'ammoniaque. Dans le deuxième degré, on cherche à débarrasser l'estomac des liquides qui le surchargent, et l'on donne une potion dans laquelle on mêle jusqu'à 40 gouttes d'ammoniaque.
(Voir la leçon précédente pour la seconde question.)
Économie domestique.
- — Supposons qu'un ouvrier dépense par dimanche 1 fr. 50 au cabaret ; combien pourrait-il, avec l'argent dont il dispose ainsi, acheter par an de kilogrammes de pain à 0 fr. 36 ?
Dépense annuelle... = 1 fr. 50 X 52 = 78 fr.Dépense annuelle... = 1 fr. 50 X 52 = 78 fr.
Prix du kilogramme de pain......... = 0 fr. 36.Prix du kilogramme de pain......... = 0 fr. 36.
Quantité de pain qu'on peut acheter avec 78 fr. = 78 = 216 kilogr.Quantité de pain qu'on peut acheter avec 78 fr. = 78 = 216 kilogr.
——
0,360,36
