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100. — Explications.
— Tu ne m'avais pas conté cette histoire, mon fils ? dit Mme Richard, après un petit silence.
— Je ne la sais que depuis ce matin ; je l'ai apprise par hasard en compulsant pour mon patron quelques livres dans la bibliothèque du Conservatoire* Conservatoire. Grand édifice, situé à Paris, où l'on conserve les modèles de toutes les machines. des arts et métiers. Et devinez ce que j'ai vu dans le musée du Conservatoire !
J'ai vu la machine même de Thimonier, celle qu'il a vainement promenée sur son dos à travers le monde, oui, la première des machines à coudre ! Elle est là maintenant, elle y demeure en témoignage.
Elle est en bois, propre, brillante, comme si elle venait de recevoir le coup de
pouce*Coup de pouce. La dernière appropriation faite à
un objet travaillé avant de le livrer de ouvrier plein de
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tendresse et de foi à son idée. J'étais bien ému en la
regardant !
Les deux femmes, qui l'écoutaient, l'étaient aussi.
Après un instant, Louis se tourna vers la machine à coudre de sa mère :
— Celle-là, dit-il, n'a pas passé par tant de mauvais chemins. L'Américain Howe en prit le brevet*Brevet. Pièce écrite que le gouvernement délivre à un inventeur pour lui assurer la propriété de sa découverte. en 1846 : il on a tiré force argent et gloire. Elle est d'ailleurs un perfectionnement sérieux. Tu as compris, cousine, le mécanisme de celle de Thimonier ?
— Oui.
— Regarde celui-ci.
Il montra l'aiguille américaine qui a un œil près de la pointe et pas de crochet ; un fil est passé dans cet œil. Et ôtant la plaque à aiguille de manière à laisser voir la partie inférieure du système, il agita de la main, lentement, le volant.
Navette et aiguille de la machine à coudre.Que vois-tu ?
— Je vois, répondit Suzette, s'avancer une petite navette en acier qui porte un autre fil. Celle-ci coud à deux fils.
— Voilà le perfectionnement.
— Oui, dit Suzette en se rasseyant ; mais je veux aller, avant mon départ, saluer la couseuse du malheureux ouvrier d'Amplepuis !
Le soir, avant de se coucher, elle écrivit chaleureusement à Mme Valon. Tantôt à cette amie, tantôt à son père, elle adressait ainsi ses impressions*Impressions. Ce que le spectacle des choses laisse de souvenirs dans le cœur et dans l'esprit. de la journée.
- — Où Louis avait-il appris l'histoire de Thimonier ?
- — Quelle machine avait-il vue au Conservatoire ?
- — Faites-en la description.
- — Quel parti l'Américain Howe tira-t-il de cette machine dédaignée ?
- — Dites quelques mots du mécanisme de la machine Howe.
- — Que vit Suzette ?
- — Quelle résolution prit-elle ?
- — A qui adressa-t-elle une lettre, le soir même ?
Questionnaire.
DÉVELOPPEMENT DES SUJETS PROPOSÉS POUR EXERCICES.
Morale.
- — Que pensez-vous de l'habitude de noter chaque soir ce que l'on a fait, ou, remarqué, appris dans la journée ?
- — Indiquez-en les avantages.
- — Comment s'appelle le cahier où l'on prend ces
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notes ? — Que nous rappelle à cet égard le nom de Franklin ?
Écrire, jeter sur le papier ses impressions sur ce qu'on a vu de bon, d'utile, de beau ; se rendre compte à soi-même de ce qu'on a senti, pensé au cours de la journée ; résumer ce qu'on a appris, c'est une jouissance aussi douce que de confier à son amie un bonheur qu'elle partagera. Alors nos impressions se fixent, les idées se développent, les pensées s'élèvent, les sentiments s'épurent, l'esprit se pénètre des connaissances dont il s'est enrichi.
Le cahier où l'on prend ces notes s'appelle notre journal.
Franklin, dans sa jeunesse, s'en servit pour acquérir l'habitude des vertus qu'il regardait comme les plus désirables. Chaque soir, il notait les fautes qu'il avait commises, et au début, effrayé de leur multiplicité, il en vint à s'observer si bien qu'il eut la satisfaction de constater quelques mois après une amélioration notable.
Mme de Lamartine, mère de notre grand poète, conseillait à son fils, et en ces termes, de tenir le journal quotidien de sa vie :
« Fais comme moi ; donne un miroir à ta vie. Donne une heure à «
l'enseignement de tes impressions et à l'examen silencieux de ta
«
conscience. Il est bon de penser le jour, avant de faire tel ou tel «
conscience. Il est bon de penser le jour, avant de faire tel ou tel
« acte : J'aurai à en rougir le soir en l'écrivant. Il est doux de fixer « acte : J'aurai à en rougir le soir en l'écrivant. Il est doux de fixer
« aussi les joies qui nous échappent ou les larmes qui tombent de nos « aussi les joies qui nous échappent ou les larmes qui tombent de nos
« yeux, pour les retrouver quelques années après sur ces pages, et « yeux, pour les retrouver quelques années après sur ces pages, et
« pour se dire : Voilà donc de quoi j'ai été heureux ; voilà donc de« pour se dire : Voilà donc de quoi j'ai été heureux ; voilà donc de
« quoi j'ai pleuré. Cela apprend l'instabilité des sentiments et des « quoi j'ai pleuré. Cela apprend l'instabilité des sentiments et des
« choses ; cela fait apprécier la jouissance et les peines, non pas à
leur « choses ; cela fait apprécier la jouissance et les peines, non pas à
leur
« prix du moment qui nous trompe, mais au prix de l'éternité, qui « prix du moment qui nous trompe, mais au prix de l'éternité, qui
« seule ne nous trompe pas. »« seule ne nous trompe pas. »
Composition.
- — Rédigez le journal d'une journée de classe et celui d'une journée passée hors de l'école ; que tout y soit rigoureusement vrai.
(Voir, pour modèles, le COURS DE COMPOSITION FRANÇAISE (Degré supérieur), Partie du maître, par E. LAPORTE, page 32 et suivantes.)
Prévenir les élèves, pour qu'elles rédigent leur journal en toute sécurité d'esprit, que vous seule lirez leur travail.
Civilité.
- — LES LETTRES.
- — Quand et à qui peut écrire une jeune fille ?
- — Comment doit-on s'exprimer dans une lettre ?
- — Que prescrit la civilité pour le choix du papier et la manière de commencer et de finir les lettres ?
- — Donnez le modèle de trois adresses.
Dès qu'elle sait écrire et quelque peu orthographier, une jeune fille peut composer de petits billets et de courtes lettres, destinés soit à ses parents, soit à quelques compagnes avec qui elle est en rapports intimes. Cet exercice est excellent pour habituer l'enfant à exprimer ses pensées avec ordre et clarté. Quand elle sera plus âgée, le cercle de sa correspondance restera dans les mêmes limites ; d'ailleurs, à cet égard, elle doit consulter son père et sa mère, et leur lire presque toujours les lettres qu'elle prépare, afin de recevoir leurs conseils. « Les paroles volent et les écrits restent, » dit le proverbe ; d'où il résulte qu'on doit apporter un soin tout particulier à sa correspondance.
(CVoir, pour les autres points, le COURS DE COMPOSITION FRANÇAISE (Degré élémentaire et moyen), par E. LAPORTE, Partie de l'élève, pp. 64, 70 et 145. )
