Suzette: a Digital Edition

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93. — Costumes.

Pour la dernière fois, car l'heure du départ approchait, on retourna à l'Exposition. On parcourut à grandes enjambées les cinq parties du monde, où s'étalaient les produits de leur sol et de leur industrie*Industrie. L'art de travailler les matières premières pour en faire des objets utiles.. En une heure, on traversa l'Europe, de la Russie à l'Espagne. Les choses belles ou curieuses se virent au pas de course ; car il fallait réserver un peu de temps à une exposition spéciale à laquelle Mme Richard, en sa qualité de couturière, et Mlles Marthe et Suzette, en leur qualité de demoiselles, s'intéressaient particulièrement : l'exposition des costumes.

Elle formait une longue galerie. La petite troupe s'arrêta surtout devant des vitrines renfermant des monceaux d'étoffes anciennes, de splendides brocarts*Brocart. Etoffe de sole dans le tissu de laquelle il entre des fils d'or ou d'argent. filés d'or et d'argent, d'admirables dentelles.


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Des albums de gravures, des pages enluminées de vieux livres représentaient ce que le temps avait détruit.

On y apprit qu'à l'époque féodale, où les castes*Castes. Classes de personnes qui, dans une nation, vivent séparément les unes des autres et ont chacune des privilèges particuliers. étaient si profondément marquées et séparées que les nobles se regardaient comme d'une autre espèce que le peuple, le costume, l'ajustement désignaient la condition. C'était réglé par des ordonnances royales qui se sont répétées jusqu'à Louis XIV.

Il fallait d'ailleurs calmer la passion de toilette des seigneurs, des nobles dames, et même des bourgeoises qui, en soieries, en draps d'or*Drap d'or. Drap dans le tissu duquel il entre des fils d'or., en pierres précieuses, en bijoux, eussent ruiné, avec leur propre fortune, celle du pays. Car ces luxueux produits ne se fabriquaient alors qu'à l'étranger, en Italie surtout.

Quant au bas peuple, aux manants, les édits somptuaires*Edit somptuaires. Edit qui règle la dépenser de chacune des classes de la nation. les touchaient peu. En effet, toutes les étoffes de bonne qualité leur étaient également inabordables à cause de la rareté et de la cherté où les tenaient les procédés de fabrication, alors très primitifs*Procédé primitif. Qui suppose peu d'habileté.. Au moyen âge, une aune de beau drap pour dames coûtait à peu près cent francs de notre monnaie, et une aune de toile flamande ne s'échangeait pas, dans les provinces du Nord, Artois, Flandre, Picardie, pour moins de quatre-vingt-sept livres de blé.

Dans l'armoire des reines, une chemise était une rareté. Un chroniqueur, Gabriel Naudé, rapporte qu'au temps du roi Charles VIl, la reine sa femme était la seule dame en France qui possédât deux chemises de toile. Combien en avait alors la femme de Jacques Bonhomme*Jacques Bonhomme. Terme injurieux sous lequel les nobles désignaient les paysans.? Ah ! celle-là, elle attendait patiemment que le mécanicien Arkwright inventât la machine à filer le coton, cette machine qui mit le linge à la portée du pauvre
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monde. Et, de mère en fille, elle l'attendit ainsi quelques siècles, jusqu'à la fin du dix-huitième.

Questionnaire.

  • — Que parcourut-on d'abord dans la dernière visite à l'Exposition ?
  • — Quelle exposition spéciale se disposa-t-on à visiter ensuite ?
  • — Que formait cette exposition et que renfermait-elle ?
  • — Qu'apprit-on au sujet de l'habillement au moyen âge ?
  • — Que réglaient certaines ordonnances royales ?
  • — Quel était le motif de ces ordonnances ?
  • — Donnez uné idée du prix élevé des étoffes de luxe au moyen âge.
  • — Parlez de la rareté du linge de toile.
  • — Qu'est-ce qu'Arkwright et quel service rendit-il à l'humanité ?

DÉVELOPPEMENT DES SUJETS PROPOSÉS POUR EXERCICES.

Industrie.

  • — Rappeler avec quelles substances on fabrique les étoffes.
  • — Quelles sont les étoffes à bon compte et les étoffes de prix ?
  • — Qu'est-ce que les dentelles ?
  • — Comment et où les fabrique-t-on ?
  • — Villes célèbres par leurs broderies.

On fabrique les étoffes avec de la laine, du coton, du chanvre, du lin, du jute, de la soie. Celles qui sont à meilleur compte sont : le calicot, les indiennes, la toile de chanvre, la bonneterie, les grossiers tissus de jute, les draps ordinaires et communs. Les étoffes de prix sont les damas, le brocart, la mousseline, les draps fins, le velours de soie, les failles, etc., etc.

On entend par dentelle un tissu à mailles très fines, ainsi nommé parce que les premières qu'on fit étaient dentelées. Les dentelles sont confectionnées à l'aide de métiers particuliers par des femmes des jeunes filles dont le salaire est véritablement dérisoire ; cette industrie a ses principaux centres dans la Lorraine, l'Auvergne, les départements du massif des Cévennes, et les produits d'Alençon, du Puy et de Valenciennes sont renommés. On fait de fort élégantes broderies à Nancy et à Clermont-Ferrand.

Histoire.

  • — Qu'entend-on par l'époque de la féodalite ?
  • — Entre qui était alors divisé le territoire français ?
  • — Que bâtissait chaque seigneur ?
  • — A quoi servaient les châteaux forts ?
  • — Quelle était alors la situation : 1° des habitants des campagnes ; — 2° des ouvriers des villes ?
  • — Que faisaient souvent les nobles pour suffire à leurs dépenses en dehors des impôts qu'ils prélevaient ?

La féodalité est une forme de gouvernement qui a régné en France surtout du dixième au treizième siècle ; confondant la propriété avec la souveraineté, elle donnait aux seigneurs territoriaux les droits de guerre, de justice, d'impôt, de monnaie.

L'époque de la féodalité peut donc se définir comme celle où le territoire était partagé entre une foule de seigneurs qui exerçaient sur leurs domaines les droits de souverains, sans aucun contrôle réel.

La France, conquise au cinquième et au sixième siècle par des barbares venus de la Germanie, fut alors partagée entre le chef de guerre et ses compagnons d'armes ; les anciens propriétaires devinrent leurs fermiers. Les donations de propriétés étaient d'abord viagères, c'està-dire qu'elles retournaient au domaine royal au décès du possesseur, mais peu à peu, et notamment après Charlemagne, ces domaines ou fiefs devinrent héréditaires.

Chaque seigneur bâtit un château fort pour lui servir d'habitation et pour être le refuge de ses vassaux en cas d'invasion ou de guerre. Bientôt ce furent des repaires de brigands qui pillaient les environs et dépouillaient les voyageurs.


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La situation des habitants des campagnes était très malheureuse ; les seigneurs les accablaient d'impôts ; ils ne possédaient rien d'ailleurs en propre et ne pouvaient quitter le domaine où ils étaient nés. Lorsque la guerre éclatait, leur situation empirait encore ; la famine, la peste, la cruauté des soldats, tout se réunissait contre eux et ils mouraient en foule.

Les ouvriers des villes ne souffraient guère moins ; c'était, de la part des seigneurs, la même tyrannie, les mêmes et cruelles exigences ; plus d'une fois, excédés par leurs maux, ils se révoltèrent, mais ils finissaient bientôt par retomber sous le joug. Cette intolérable situation dura jusqu'au grand affranchissement de 1789.

A leurs exactions multipliées, aux dîmes qui se succédaient au point de ne laisser aux laboureurs qu'une part de leur récoite à peine suffisante pour ne pas mourir de faim, se joignaient des corvées, c'est-àdire des travaux gratuits pour l'entretien des routes, pour l'enlèvement des récoltes du seigneur, pour la chasse, etc., etc. Plus d'une fois, elles poussèrent les populations à des violences qui trahissaient l'excès de leurs maux.

Économie domestique.

  • — DU LINGE.
  • — Qu'entend-on par linge ?
  • — Quelles pièces de linge sont le plus en usage dans une maison ?
  • — Qu'est-ce qu'un trousseau ?
  • — De quoi se composerait le trousseau d'une jeune fille de quinze ans dont les parents auraient une position semblable à celle de vos parents ?

On entend par linge la toile mise en œuvre selon les différents usages auxquels on veut l'employer. C'est ainsi qu'on a le linge de corps, le linge de table, le beau linge, le linge commun, etc.

Le linge de corps comprend les chemises, les mouchoirs, les guimpes ; le linge de table, les nappes, les serviettes ; le linge de lit, les draps, les taies d'oreillers ; le linge de cuisine, les essuie-mains, les torchons, etc.

On entend par trousseau les habits, hardes et linge qu'on donne à une jeune fille lorsqu'on la marie. On applique ce même nom, dans les colleges et maisons d'éducation, aux effets que doit apporter un élève interne pour son usage personnel.

(Sur ces données, on établira sans secours étranger la nomenclature du trousseau en question.)

Calcul.

  • — Dans ce trousseau, à combien évaluerez-vous le prix d'une paire de draps, d'une serviette, d'un essuie-main, d'une douzaine de torchons, d'un mouchoir de poche, d'une guimpe, d'un pantalon, d'un jupon blanc, d'une paire de bas de laine, etc. ?


Prix d'une paire de draps de toile de chanvre.......
Prix d'une paire de draps de toile de chanvre.......
Prix d'une serviette de toile de lin.. . ...........
Prix d'une serviette de toile de lin.. . ...........
Prix d'un essuie-main de toile de coton.. ........
Prix d'un essuie-main de toile de coton.. ........

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