Suzette: a Digital Edition

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81. — L'Exposition.

Le tourniquet prit nos gens un à un, les poussa sur le seuil d'un grand vestibule à colonnes.

A l'autre bout du vestibule, la vaste porte s'ouvrait sur le splendide tableau d'un grand coin de Paris inondé de soleil. Là se dressaient le dôme d'or des Invalides. et au fond, à droite, noyées dans une buée bleuâtre, les collines boisées de Meudon et de Saint-Cloud.


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On s'avança ; du haut de l'escalier de granit, qui descend du palais au jardin, on regarda.

Toute l'Exposition se déroulait aux yeux ; la vaste plaine du Champ de Mars était une ville de bâtiments à toitures vitrées. Au-dessus flottaient à la brise, et comme tout joyeux de leur pacifique rendez-vous, les drapeaux de toutes les nations d'Europe, ceux de la grande république américaine et des républiques du Sud, ceux encore de l'extrême Orient, de la Chine et du Japon. A ce spectacle, un grand souffle d'humaine fraternité élargissait le cœur.

Dans les jardins, et sur le pont d'Iéna ralliant les deux parties de l'Exposition, fourmillait une immense foule bigarrée, se mouvant dans les deux sens.

l. Les lnvalides, asile fondé par Louis XIV pour les soldats infirmes ou agés. — 2. Le Trocadèro.

Pascal montra de majestueux Arabes en burnous blanc, des nègres vêtus à l'européenne, des Chinois, des Japonais au teint jaune, en vêtements de soie de coleur admirable, des Turcs coiffés du fez rouge.

Et en les désignant il avait l'air de les reconnaitre, en homme qui les aurait tous rencontrés dans ses longs voyages.

Du haut de l'escalier de granit roulaient constamment des flots de visiteurs. Au passage, s'entendaient toutes les langues du monde.


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Suzette se croyait transportée dans une autre planète. La tante, la jeune cousine Marthe, Pascal et Louis n'étaient pas très loin de ressentir la même impression.

Mais Louis ramena ses gens à la réalité en les conduisant de ce haut d'escalier féerique à la galerie de l'histoire du travail.

Elle s’ouvrait tout à côté, sous le vestibule.

Questionnaire.

  • — Comment entre-on dans les grandes expositions ?
  • — Qu'apercevait-on en avant de la grande porte du vestibule du Trocadèro ?
  • — Quel magnifique tableau se déroulait aux yeux, du haut de l'escalier qui descend au jardin ?
  • — Qu'est-ce qui fourmillait sur le pont d'Iéna et dans l'Exposition ?
  • — Quelles gens montra Pascal ?
  • — Qu'entendait-on au passage ?
  • — Où Suzette se croyait-elle transportée ?
  • — Où Louis conduisit-il toute la famille ?

DÉVELOPPEMENT DES SUJETS PROPOSÉS POUR EXERCICES.

Français.

  • — Définir : tourniquet, vestibule, dôme, granit, une toiture vitrée, un rendez-vous pacifique, fourmiller, planète, ramener à la réalité, valide.

Un tourniquet est un appareil mécanique pour compter les personnes qui entrent dans un lieu public. — Un vestibule est la pièce d'un édifice qui s'offre la première à ceux qui entrent, et qui sert de passage pour aller aux autres pièces. — Un dôme est un ouvrage d'architecture, en bois ou en pierre, qui présente la forme d'une coupe renversée et surmonte un grand édifice. — Le granit est une pierre fort dure, qui est composée naturellement d'un assemblage d'autres, pierres de diverses couleurs fondues par l'action de la chaleur centrale du globe. — Une toiture vitrée est celle qui est formée de pièces de verre soutenues par des baguettes de fer. — Un rendez-vous pacifique est une réunion de plusieurs personnes qui viennent dans un lieu donné pour s'entretenir d'affaires relatives aux œuvres de la paix : industrie, sciences, arts. — Fourmiller se dit du mouvement de va et-vient d'une foule nombreuse dans une place publique, lequel est analogue à celui d'une fourmilière. — Une planète est un astre qui circule autour du soleil et qui n'a pas de lumière par lui-mème. — Ramener à la réalité, c'est rappeler à sa situation, à ses occupations habituelles les pensées de celui qui avait laissé son esprit s'égarer sur des choses étranges ou impossibles. — Valide se dit de celui qui est sain, vigoureux et libre de tous ses membres.

Histoire.

  • — Qu'est-ce que des soldats invalides ?
  • — Pourquoi Louis XIV fonda-t-il un lieu de refuge pour eux ?
  • — Que fait encore aujourd'hui la France en faveur des soldats mutilés ?
  • — Quel événement rappelle le pont d'Iéna ?

Les soldats invalides sont des militaires privés de l'usage d'un ou de piusieurs mombres à la suite de blessures reçues à la guerre.

Avant que Louis XIV eût fondé l'Hôtel des Invalides, diverses mesures avaient été prises pour venir on aide aux soldats estropiés ou mutilés. Henri II avait assigné à quelques-uns des pensions viagères sur les principales abbayes du royaume ; plus tard, il avait ordonné de leur y réserver les places de religieux laîques ; mais pour éviter cette charge, les abbés et les prieurs leur avaient substitué leurs propres
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serviteurs et domestiques. Henri III essaya inutilement de remédier à cet abus. Henri IV, en 1604, affecta l'hôpital de la Charité, à Paris, au logement des pauvres officiers et soldats invalides, et prit des mesures pour étendre ce bienfait à tous ceux à qui il était nécessaire ; mais ses ordres furent peu observés. En 1624, Louis XIII prescrivit à toutes les abbayes du royaume de payer annuellement une somme de cent livres pour la nourriture et l'entretien d'un soldat estropié. Les règlements se succédèrent parce qu'on tenait peu de compte des ordres royaux ; aussi, en 1670, Louis XIV acheta un vaste terrain dans la plaine de Grenelle et, en 1674, l'édifice actuel de l'Hôtel des Invalides fut commencé d'après les dessins de Bruant et de Mansart ; il fut complètement achevé en 1704, En 1813, le nombre des invalides se montait à 26,000.

Aujourd'hui, l'État paye aux soldats blessés et mutilès des pensions suffisantes, ce qui permet de diminuer notablement le nombre de ceux qu'il entretient aux Invalides.

Le pont d'Iéna, l'un des plus beaux de la capitale, rappelle une brillante victoire gagnée, le 14 octobre 1806, par Napoléon Ier sur l'armée prussienne ; après quelques heures d'un combat acharné, pendant lequel les deux tiers à peine de l'armée française avaient donné, les ennemis s'enfuirent en pleine déroute, laissant 12,000 morts ou blessés sur le champ de bataille et, entre nos mains, 15,000 prisonniers avec 200 pièces de canon et une multitude de drapeaux.

Géographie.

Les élèves se serviront, comme modèle, d'un bon atlas, en évitant de calquer la carte qu'ils ont à reproduire.

  • Qu'est-ce que la Chine, le Japon ?
  • — Que savez-vous des peuples de ces riches et populeuses contrées ?
  • — Quelle est la grande république américaine ?

La Chine est une vaste contrée de l'Asie orientale ; elle possède plus de trois cents millions d'habitants laborieux, intelligents, adroits dans tous les arts, économes, sobres et éminemment propres au commerce. Nul pays au monde n'est cultivé avec plus de soin et ne produit davantage ; il compte nombre de villes importantes dont la population dépasse un million d'habitants ; telles sont : Pékin, Sou-tchéou, Nanxing, Shang-haï, Fou-tchéou, Han-Kéou, Canton. La Chine renferme les plus riches mines de houille du globe ; elle exporte de la soie, du thé, des porcelaines pour plus d'un milliard.

Le Japon est un archipel situé à l'est de la Chine qui comprend quarante millions d'habitants encore mieux doués que les Chinois. Ce pays est très civilisé, fertile, admirablement cultivé et très commerçant ; il exporte du thé, de la soie et des produits manufacturés. Les villes principales sont : To-kio ou Yédo, capitale (1,000,000 d'habitants), Yokohama, Kioto ou Miako, Osaka, Satsuma et Nagasaki.

La grande république américaine est celle des Etats-Unis (60 millions d'habitants), qui occupe un territoire aussi grand que l'Europe, sillonné par 130,909 kilomètres de chemins de fer, très fertile et qui produit en quantités prodigieuses le blé, le maïs, le coton, le tabac. Le sol renferme des mines abondantes de houille, de fer, de cuivre, d'argent et de mercure. Après l'Angleterre, c'est le pays dont l'industrie et le commerce ont pris le plus grand développement.


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Les villes principales sont : New-York (1, 200,000 hab.), Philadelphie (900,000), Boston (320,000), Baltimore (300,000), Washington, la capitale (100,000), Chicago (500,000), Saint-Louis (600,000), Pittsburg (230,000), la Nouvelle-Orléans (200,000), San-Francisco (200,000).

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