Table of Contents
Page: 245
71. — Il y a de bonnes gens.
Jacques lui toucha l'épaule :
— Le déshérité*Déshérité. Celui qui n'a rien recueilli de sa famille, — qui est abandonné de tous. qui a bon bras et bonne volonté peut venir aux champs ; il y trouvera du travail, des amis, une famille aussi.
— Oui, ajouta M. Dumay. Et tenez ! il nous arriva autrefois, sur ce terroir, un garçon à peu près dans votre situation ; c'était un énergique travailleur. Aujourd'hui, il est maître d'un bon bien, marié, père de trois enfants.
M. Dumay montra un bouquet d'arbres au loin dans la plaine.
— Voilà sa ferme du Bois-Maillard. Vous plait-il que j'aille lui parler de vous ? Il se souviendra, n'étant pas de ceux qui, dans la prospérité, lèvent le nez très haut pour s'empécher de voir la terre d'où ils sont sortis. En vous il se reconnaîtra tel qu'il était lui-même voilà vingt-cinq ans, et, s'il n'y a pas de place chez lui, il vous en fera une, ou je me trompe fort. Vous convient-il, mon ami, que je voie M. Cartier ? Il n'est qu'à neuf kilomètres, de chez nous ; c'est deux pas pour la Grise.
Page: 246
Il souriait. Sylvain lui prit la main :
— Savez-vous, Monsieur, ce qui surtout me touche dans vos paroles ? Ce n'est pas l'offre que vous me faites d'une position, et que j'accepte avec reconnaissance ; c'est le sentiment amical, paternel avec lequel vous me parlez. Depuis si longtemps je n'avais entendu un accent de sympathie !
— Vous êtes un brave enfant que nous serons tous heureux d'obliger, répondit M. Dumay.
— Oui, ajoutèrent Jacques et Suzette.
Pendant ce temps, monsieur le neveu, qui allait toujours devant, entre François et Charlot, leur contait les chasses au lion de Jules Gérard, qu'il savait par cœur, comme ses autres histoires d'Afrique. Et, s'échauffant. tout à coup il prenait le fusil des mains de Jules Gérard, s'embusquait*S'embusquer. Se cacher dans un bois, un ravin, pour surprendre le gibier, l'ennemi., attendait le fauve*Un fauve. Les bêtes à poil fauve ; ici, les grands carnassiers du désert., l'entendait approcher :
— Ah ! quel rugissement ! le grondement même du tonnerre !... Le voilà ! il a vu l'ennemi ; ses yeux flamboient, il bondit !... Pan ! pan ! deux balles dans le front ; il roule, il est mort !.. Une autre fois le Seigneur à la grosse tête, comme l'appellent les Arabes, n'a été que blessé. Il s'élance sur le tireur, le renverse, va le déchirer... Je suis perdu ! Mais je trouve encore la force de lui plonger mon couteau dans le cœur !
Comme il exterminait ce second lion, on arriva au Catelet.
Questionnaire.
- — Quelles paroles encourageantes adressa Jacques à Sylvain ?
- — Quel exemple cita le fermier à l'appui des paroles de son fils ?
- — Que proposa-t-il à Sylvain en lui montrant la ferme du Bois-Maillard ?
- — Que répondit Sylvain en lui prenant la main ?
- — Pendant ce temps, que faisaient Pascal, François et Charlot ?
- — Racontez la chasse au lion dans les mêmes termes que Pascal.
- — A quel moment arriva-t-on au Catelet ?
DÉVELOPPEMENT DES SUJETS PROPOSÉS POUR EXERCICES.
Morale.
- — LA RECONNAISSANCE.
- — En quoi consiste la reconnaissance ?
- — Comment témoigne-t-on sa reconnaissance ?
- — Envers qui les enfants doivent-ils être reconnaissants, et pourquoi ?
- — Qu'entend-on par ingratitude ?
- — Que prouve ce vice odieux ?
La reconnaissance est le souvenir du bienfait reçu joint au désir de payer de rêtour le bienfaiteur. C'est la vertu des bons cœurs.
Il y a entre le bienfaiteur et l'obligé une convention, sous-entendue
Page: 247
en quelque sorte ; c'est que l'un doit,
sur-le-champ, oublier le service qu'il a rendu, et l'autre s'en souvenir
toujours.
On témoigne sa reconnaissance par de l'affection, des égards, des attentions, qu'on montre sous une forme respectueuse et discrète si l'on est redevable du bienfait à une personne avec laquelle on n'a pas de rapports familiers. Avec ses parents, ses amies, on sera plus expansive, caressante même, et l'on saisira avec bonheur toutes les occasions de leur rendre ces petits services qui attestent qu'on n'a point oublié.
Les enfants doivent toute leur reconnaissance à leurs parents et aux personnes qui remplacent ces derniers auprès d'eux : telles sont les institutrices. Ils tiennent des uns et des autres la vie de l'âme et celle du corps ; ils reçoivent quotidiennement des marques de leur sollicitude ; comment resteraient-ils indifférents ?
Il en est pourtant, des enfants, des hommes, qui perdent le souvenir des bienfaits ; rien n'est plus odieux. On conçoit d'autant moins cette défaillance morale que les animaux mêmes sont reconnaissants. Un tel vice décèle une âme vile et égoïste.
Composition.
- — LA RECONNAISSANCE DU LION.
- — Faire remarquer d'abord que les animaux sont sensibles aux bienfaits et en gardent le souvenir.
- — Citer les animaux les plus reconnaissants.
- — Raconter l'histoire du lion d'Androclès.
Androclès était esclave au temps où la domination des Romains s'étendait sur le nord de l'Afrique. Ne pouvant supporter davantage les mauvais traitements dont un maître cruel l'accablait, il s'enfuit au désert.
Un jour, il pénétra dans une caverne pour s'abriter contre les rayons brûlants du soleil ; ô terreur ! qu'aperçoit-il ? Un lion monstrueux couché sur le sable. L'animal gémissait douloureusement et regardait l'esclave comme s'il le suppliait de venir à son secours. Quelque peu rassuré, Androclès s'avance ; il voit que l'une des pattes du lion est enflée ; enhardi, il la saisit, l'examine et distingue une épine enfoncée dans les chairs. Il l'arrache et le lion témoigne le soulagement qu'il éprouve, par son attitude et ses regards.
Il fut bientôt rétabli, et il montra sa reconnaissance à son bienfaiteur en le pourvoyant de gibier. Mais cette vie commune, qui était douce à tous deux, ne dura guère ; l'esclave fut arrêté un soir qu'il s'était aventuré à travers la campagne. Les tribunaux le condamnèrent à périr dans le cirque sous la dent des bêtes féroces.
Un mois se passe ; le jour du supplice est arrivé, Androclès, étendu dans l'arène, sous les yeux de milliers de spectateurs, attend la mort ; une grille s’ouvre ; un lion monstrueux se précipite sur la victime. O surprise ! l'animal se couche aux pieds de l'esclave, lui lèche les mains et témoigne son affection de la manière la plus touchante.
Vous l'avez deviné : c'était le lion qu'Androclès avait guéri. Capturé depuis peu, amené à l'amphithéâtre, lancé sur l'esclave, il avait reconnu son bienfaiteur et lui exprimait sa réconnaissance.
Le peuple, touché, sollicita la grâce du fugitif ; elle lui fut accordée, et Androclès reprit avec son ami le chemin du désert.
Français.
- — De quels mots dérivent : déshérité, volonté, souviendra, reconnaîtra, position, sentiment, amical, paternel, échauffer, rugissement, renverser, élancer, exterminer, arriver ?
Ces mots dérivent de :
Hériter, vouloir, venir, connaître, poser, sens, ami, père, chaud, rugir, verser, élan, terme, rive.
