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68. — Toute la vérité.
— Monsieur, répondit alors Sylvain, ce ne sont pas des fantaisies, mais des vérités que mon ami Pascal vous a racontées ; il a pris tout cela dans des livres de voyageurs célèbres. Il a une riche mémoire, et comme il a aussi une imagination *Imagination. Faculté par laquelle on se représente les choses dans son ésprit. plus riche encore, une tête qui se monte facilement, il se figure qu'il est tantôt l'Anglais Livingstone, tantôt l'Américain Stanley, tantôt le Français Brazza, ou tout autre grand explorateur. Et de là à vouloir explorer soi-même et à partir pour l'Afrique, il n'y a pas loin.
— Bon, reprit Jacques, — car maintenant le père se taisait, — nous sommes encore assez heureux d'avoir entendu de l'histoire et de la géographie au lieu de bourdes. Mais vous qui semblez assez raisonnable, comment avez-vous pu tremper dans toutes les explorations de Monsieur ?... et qui êtes-vous ?
Sylvain soupira :
— Il y a quatre jours seulement, dit-il, que je connais Pascal. Comme il quittait Paris pour l'Afrique, il m'a rencontré sur la route de Saint-Denis, où j'errais sans savoir que devenir. Nous avons causé voyages ; je l'ai suivi.
— Vous avez aussi quitté vos parents ? demanda Suzette.
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Sylvain soupira de nouveau ; ses lèvres palpitèrent*Palpiter. Trembler, s'agiter. ; et il continua :
Lui, hélas ! n'avait pas eu de parents à quitter ; depuis l'âge de cinq ans il était orphelin. Son père, un charpentier, était tombé du haut d'un échafaudage ; un soir, on l'avait rapporté mort au logis. La fièvre typhoïde s'était chargée presque aussitôt de la veuve. Recueilli alors par l'Assistance publique*Assistance publique. Ensemble des institutions de bienfaisance : hôpitaux, hospices, dépoôts de mendicité, colonies agricoles, etc. , il avait été élevé à l'asile de Villepreux*Villepreux. Village de Seine-et-Oisé où l'Assistance publique a installé une ferme pour former à l'agriculture les enfants abandonnés.. Là on le mit au travail de la terre, ce qui lui plut ; et ce fut un assez bon temps. Sorti de Villepreux, placé successivement chez deux fermiers, il y avait eu malheureusement affaire à des gens qui croient que le malheur, la solitude sont un abaissement, qu'un garçon sans argent, sans parents, sans amis ne saurait avoir ni cœur, ni fierté. On le maltraita. Alors, triste, perdant courage, il jeta le manche après la cognée*Jeter le manche après la cognée. Désespérer de réussir, de sortir d'embararas., partit au hasard de la route, et rencontra Pascal. Les aventures plaisent à la jeunesse : il le suivit vers l'Escaut, Anvers et l'Afrique, comptant gagner le pain de la route par quelque travail.
La simplicité, l'émotion des paroles de Sylvain, son infortune avaient touché la compagnie, qui le regarda avec plus de sympathie que de reproche.
Puis les Dumay se tournèrent vers leur père.
Il allait, venait à travers la pièce avec agitation.
Questionnaire.
- — Que dit Sylvain sur les récits de Pascal ?
- — Quelle fut la reflexion de Jacques ?
- — Comment Sylvain et Pascal s'étaient-ils rencontrés ?
- — Racontez l'histoire de Sylvain jusqu'à son admission à Villepreux.
- — Que fit-il dans cet établissement ?
- — Où fut-il ensuite placé successivement ?
- — Quelle résolution prit-il dans un accès de découragement ?
- — Quel effet produisit le récit du jeune homme ?
- — Que faisait M. Dumay pendant ce temps ?
DÉVELOPPEMENT DES SUJETS PROPOSÉS POUR EXERCICES.
Morale.
- — LES DOMESTIQUES.
- — Ce qu'ils sont.
- — Donnez une idée des services qu'ils rendent.
- — Montrez ce que leur position a d'avantageux, puis de pénible.
- — Que doivent les domestiques à leurs maîtresses ou à leurs maitres ?
- — Que font les bons maîtres pour leurs serviteurs et spécialement pour les plus jeunes ?
On entend par domestiques des jeunes gens ou des jeunes filles,
des hommes ou des femmes qui aident les maîtres et les maîtresses de maison
dans leurs travaux, moyennant un salaire annuel. Ils demeurent dans le même
local. Ils participent aux travaux de l'atelier ou des champs, à ceux de la
cuisine, du ménage et de la basse-cour ;
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les bonnes veillent sur les jeunes enfants, les
promènent, les amusent tandis que d'autres soins occupent la mère.
S'ils rendent de grands services, leur position a nombre d'avantages ; ils jouissent de gages rémunérateurs ; leur nourriture est abondante et fortifiante ; ils ne manquent ni de feu, ni de lumière ; ils habitent des maisons plus confortables que celles où ils ont été élevés ; enfin, quoi qu'il arrive, leur salaire est le même ; il n'y a jamais pour eux de morte-saison, et ils peuvent faire plus d'économies que les ouvriers et les ouvrières.
Ils doivent à leurs maîtres et maîtresses du respect, de la déférence, une obéissance sincère et loyale ; ils sont tenus de prendre les intérêts de ceux qu'ils servent, de ne jamais leur causer de préjudice et de donner le bon exemple aux enfants qu'on leur confie.
Voici ce que dit Mme de Lambert des devoirs des maîtres envers leurs domestiques :
« Accoutumez-vous à avoir de la bonté et de l'humanité envers vos « Accoutumez-vous à avoir de la bonté et de l'humanité envers vos
« domestiques. Songez que vous ne devez qu'au hasard l'extrème dif-« domestiques. Songez que vous ne devez qu'au hasard l'extrème dif-
«férence qu'il y a de vous à eux ; ne leur faites point sentir leur état
; «férence qu'il y a de vous à eux ; ne leur faites point sentir leur état
;
« n'appesantissez point leur peine ; rien n'est si bas que d'être haut à « n'appesantissez point leur peine ; rien n'est si bas que d'être haut à
« qui vous est soumis. N'usez point de termes durs ; il faut adoucir
le« qui vous est soumis. N'usez point de termes durs ; il faut adoucir
le
« service. Sommes-nous en droit de vouloir nos domestiques sans « service. Sommes-nous en droit de vouloir nos domestiques sans
« défauts, nous qui leur en montrons tous les jours ? »« défauts, nous qui leur en montrons tous les jours ? »
Composition.
- — Que nous permet et que nous facilite la lecture ?
- — Quels sont ses avantages pour l'intelligence, pour le cœur ?
- — Quels inconvénients peut-elle avoir ?
- — Qui consulterez-vous avant de lire un livre ?
Une lettre d'un ancien auteur, Pétrarque, nous montre tous les avantages de la lecture :
« J'ai des amis, dit-il en parlant des livres de sa bibliothèque, j'ai « J'ai des amis, dit-il en parlant des livres de sa bibliothèque, j'ai
« des amis dont la société m'est fort agréable, des amis de tous les
pays« des amis dont la société m'est fort agréable, des amis de tous les
pays
« et de tous les siècles, qui se sont illustrés à la guerre, de « et de tous les siècles, qui se sont illustrés à la guerre, de
« les affaires publiques et dans les sciences. Avec eux, je ne m'impose « les affaires publiques et dans les sciences. Avec eux, je ne m'impose
« aucune contrainte, et ils sont toujours à mon service. Je les fais « aucune contrainte, et ils sont toujours à mon service. Je les fais
« venir et les renvoie quand bon me semble. Ils ne m'importunent
point« venir et les renvoie quand bon me semble. Ils ne m'importunent
point
« et répondent à toutes mes questions. Les uns me racontent les évé- « et répondent à toutes mes questions. Les uns me racontent les évé-
« nements des siècles passés ; d'autres me révèlent les secrets de la « nements des siècles passés ; d'autres me révèlent les secrets de la
« nature. Celui-ci m'enseigne le moyen de bien vivre et de bien mourir ; « nature. Celui-ci m'enseigne le moyen de bien vivre et de bien mourir ;
« celui-là dissipe mes soucis par son enjouement. Il en est qui endur- « celui-là dissipe mes soucis par son enjouement. Il en est qui endur-
« cissent mon âme aux souffrances, qui m'apprennent à maîtriser mes « cissent mon âme aux souffrances, qui m'apprennent à maîtriser mes
« désirs et à me supporter moi-même ; enfin, ils me conduisent sur la « désirs et à me supporter moi-même ; enfin, ils me conduisent sur la
« route de la science, et ils satisfont à tous les besoins de ma pensée.
» « route de la science, et ils satisfont à tous les besoins de ma pensée.
»
De même qu'il y a de bons et de mauvais fruits, il existe de bons et de mauvais livres ; recherchons, lisons les premiers ; éloignons les autres qui ne peuvent que souiller notre cœur d'images honteuses ou de désirs coupables.
Une jeune fille doit garder la plus grande réserve au sujet de ses lectures ; elle n'ouvrira jamais un livre sans avoir consulté une personne capable de la renseigner sur la nature et l'objet de l'ouvrage : ses parents d'abord, son institutrice ensuite.
Instruction civique.
- — Qui recueille les orphelins pauvres et les enfants abandonnés ?
- — Que fait pour eux l'Assistance publique lorsqu'ils sont en bas âge ?
- — Quand ils sont capables de travailler, quelles mesures prend-elle ?
- — Qu'est-ce que l'asile de Villepreux ?
Chacun sait qu'il y a de pauvres petits enfants que la mort de leurs parents
laisse sans ressources, et d'autres que le père et la mère ont
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abandonnés dans la rue, sur les chemins, parce qu'ils
ne pouvaient et, quelquefois, ne voulaient se charger de les élever.
L'Assistance publique les recueille.
On entend par Assistance publique toutes les institutions de charité par lesquelles l'Etat vient en aide à l'indigence : les bureaux de bienfaisance, les hospices, les hôpitaux, les monts-de-piété, etc. (1). Il existe, à côté de ces institutions officielles, des établissements semblables fondés et entretenus par des particuliers, qui se proposent le même objet.
Tant que les enfants sont en bas âge, on les confie à des nourrices qui vivent à la campagne ; plus tard, on les donne à des cultivateurs dans la maison desquels ils se forment aux travaux agricoles, tout en acquérant à l'école primaire les connaissances qui sont indispensables à tous. Lorsqu'ils sont grands, l'Assistance publique les place comme ouvriers ou domestiques, et leur assure ainsi une situation.
L'asile de Villepreux est un établissement d'éducation et d'apprentissage, installé dans un vaste domaine du département de Seine-et-Oise, où de nombreux enfants abandonnés sont élevés de telle sorte qu'à l'âge d'homme, ils peuvent être d'excellents cultivateurs.
