Suzette: a Digital Edition

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58. — Un marché d'esclaves.

Il prit cependant le temps de donner quelques bons coups de fourchette ; puis, sans plus faire attendre :


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— Nous voilà donc à Zanzibar, à peu près mourants. Mais la douceur du climat, les oranges, les citrons, Orange. Citron. Les orangers et les citronniers sont deux arbres extrêmement précieux dont le bois est employé en tabletterie. Les feuilles d'oranger infusées donnent une boisson calmante, ainsi que l'eau distillée des fleurs. Quant à l'orange, c'est un fruit des plus doux et des plus estimés. — Le citron, fruit du citronnier, est employé dans la préparation de certains mets pour leur donner plus de goût. Etendu d'eau avec un peu de sucre, il constitue une boisson très hygiénique et rafraichissante appelée limonade. — Les orangers et les citronniers sont cultivés dans le midi de la France et dans les pays chauds. les bananes, qu'on cueille là comme les mûres ici, nous eurent bientôt rendu des forces. La ville est assez bien. Dans ses rues, vous vous croisez avec des Arabes en burnous*Burnous. Grande manteau de laine à capuchon. blanc, des nègres tatoués*Tatouer. Voir no 10. de signes bizarres, des Persans au bonnet pointu, des Hindous aux somptueux vêtements, des Européens de toute nation ; vous entendez un charivari de langues à vous croire à la tour de Babel. Sylvain, tu te rappelles ?...

Sylvain inclina la tête.

— Mais sur la grande place de la ville, quel spectacle un matin !... T'en souviens-tu, Sylvain ?

Le bananier croit dans les régions tropicales ; ses fruits, appelés bananes, se mangent cuits et ont un goût excellent. Avec ses tiges on fabrique des étoffes et du papier.

Sylvain, qui regardait son camarade avec admiration, répondit doucement :


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— Oui, Pascal.

Et Pascal reprit :

— Figurez-vous une sombre procession de nègres, hommes, femmes, enfants. Elle s'avance vers nous, les hommes attachés deux à deux par des fourches qui leur enserrent le cou, les femmes et les enfants liés aux hommes par des longes. Tous paraissent hébétés de fatigue et de douleur, et incapables de la moindre résistance. La procession, escortée d'Arabes, s'arrête au milieu de la place. Là, attendent, allant et venant ou assis en rond, d'autres Arabes en burnous, au visage placide*Placide. Qui a beaucoup de calme., indifférent. Quelques-uns se lèvent, vont regarder de près le noir troupeau. Sur un signe, on détache trois hommes et deux jeunes filles ; on leur fait faire des exercices, lever la tête, les bras, puis on jette un bâton assez loin, avec commandement de courir le chercher. Ils courent, ils reviennent : — Monsieur le marchand, combien voulez-vous de ce jeune homme ? — Trois cents francs. Le burnous est un grand manteau de laine à capuchon que portent les Arabes. — Combien de cette jeune fille ? — Deux cents francs. — Êtes-vous fou ? — Le marchand se fâche, crie qu'il vient de faire trois cents lieues à cette chasse aux nègres, de traverser des torrents, des jungles*Jungles. Plaines marécageuses couvertes de roseaux., des forêts vierges*Forêts vierges. Forêts dont on n'a jamais coupé les arbres.; donc il ne rabattra pas un sou ! On discute longtemps ; on finit par s'entendre. Les acheteurs emmènent les trois jeunes gens et les deux jeunes filles. Les mères, encore attachées et à vendre, pleurent et se désolent en vain.

— Mais c'est horrible ! c'est affreux ! s'écria Suzette.

— Vous n'avez pas crié au voleur ? dit François.

— Il fallait au moins prévenir la gendarmerie, ajouta Charlot.

M. Pascal se mit à rire, puis répondit :


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Questionnaire.

  • — Que raconta Pascal : 1° des productions de Zanzibar ; — 2° des habitants et des étrangers qui fréquentent le port ; — 3° des langues qu'on y parle ?
  • — Comment les esclaves sont-ils amenés sur le lieu où ils sont vendus ?
  • — A quelles épreuves les soumet-on ?
  • — Comment se conclut la vente ?
  • — Quelles réflexions naives firent François et Charlot ?

DÉVELOPPEMENT DES SUJETS PROPOSÉS POUR EXERCICES.

Sciences naturelles.

  • — Décrire une orange, un citron, une banane.
  • — Quel est l'usage de chacun de ces fruits ?
  • — D'où les tirons-nous ?

L'orange, comme le citron et la banane, se récolte dans les pays chauds ; on l'obtient aussi, en Europe, sur les côtes de la Provence, et l'Espagne en exporte des quantités considérables. Ce fruit est d'une forme sphérique et de couleur jaune rougeâtre ; une écorce épaisse le recouvre, et, lorsqu’on la presse, elle projette par ses pores un liquide odorant. L'intérieur de l'orange se divise en tranches régulières qu'on sépare facilement avec les doigts ; le suc est doux, sucré, légèrement acide et rafraîchissant. On remarque au milieu de chaque tranche, et dans la partie centrale du fruit, cinq ou six noyaux.

Le citron a une forme ovale et beaucoup d'analogie avec l'orange ; mais le suc en est fortement acide et astringent. On tire ce fruit des mêmes contrées que l'orange.

(Pour l'usage de l'orange et du citron, se reporter à la note explicative des gravures de la leçon.)

Les bananes sont des fruits qui croissent seulement dans la zone torride ; ils ont la forme de petits concombres, une couleur jaunâtre et renferment une chair molle et très sucrée ; elles entrent pour une part considérable dans la nourriture des Hindous et des Africains.

  • LES RACES HUMAINES.
  • — Comment sont les hommes de chacune des quatre grandes races humaines : blanche, jaune, rouge, noire ?
  • — Où habite principalement chaque race ?

Les hommes des différentes régions du globe se distinguent par la teinte de leur peau, et on les répartit en quatre classes ou races principales : blanche, jaune, rouge, noire.

La race blanche, originaire du plateau central de l'Asie, s'est répandue à l'ouest et au centre de cette partie du monde, y compris l'Hindoustan, en Europe, dans le nord de l'Afrique, dans l'Amérique et l'Australie, où elle compte beaucoup plus d'individus que la race indigène.

La race jaune a la tête ronde, les yeux bridés et obliques, les cheveux raides et noirs, la barbe rare. Elle habite la Chine, le Japon, l'Indo-Chine et une partie de la Malaisie ainsi que de la Sibérie.

La race rouge comprend la plupart des populations sauvages de l'Amérique ; les hommes en sont grands, vigoureux ; ils ont les cheveux longs et noirs, mais point de barbe et le teint rouge brun.

Quant à la race noire, elle se distingue par la couleur foncée de sa peau, qui passe du brun foncé aux teintes du bronze et au noir. En général, les nègres ont les cheveux frisés, le nez épaté, la bouche saillante, largement fendue et bordée de lèvres épaisses. On les trouve en Afrique, où ils dominent, dans les îles de l'Océanie, en Australie ; ils se sont multipliés, à l'état d'esclaves, aux États-Unis, aux Antilles et au Brésil.

Instruction civique.

  • — Quel est le bien le plus cher à l'homme ?
  • — En quoi consiste la liberté ?
  • — Qui en sont privés ?
  • — Qu'est-ce qu'un esclave ?
  • — Comment certains peuples se procurent-ils
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    des esclaves ?
  • — Détails sur la traite.
  • — Comment et quand cet odieux trafic fut-il aboli ?

Le bien le plus précieux à l'homme est la liberté, c'est-à-dire la faculté d'agir selon sa volonté pour faire ce qui est utile et agréable, sans causer de préjudice à autrui.

On distingue la liberté de conscience et la liberté individuelle.

La liberté de conscience est le droit de choisir, en religion, les opinions qu'on juge les plus conformes à la vérité, sans pouvoir être inquiété à ce sujet.

La liberté individuelle est le droit reconnu à chaque citoyen de disposer de sa personne et de n'être arrêté ou détenu que dans les circonstances et selon les formes déterminées par la loi. Les esclaves sont privés de la liberté.

Un esclave est un homme acheté ou capturé par un autre homme qui prend le droit de le contraindre au travail et à toutes les exigences auxquelles il lui plaît de le soumettre. Autrefois, l'esclavage était général ; actuellement, il n'existe plus que dans les contrées barbares de l'Afrique et chez la plupart des Etats musulmans.

On se procure des esclaves par des expéditions sur le territoire de tribus où l'on n'a pas à craindre une défense bien organisée ; on pénètre de vive force dans les villages, et l'on capture les hommes, les femmes et les enfants les plus robustes.

Du seizième siècle aux premières années du dix-neuvième, des navires européens transportaient d'Afrique, dans les colonies, des esclaves nègres achetés à prix d'argent aux petits rois de la côte. Cet affreux commerce s'appelait la traite, et il donnait lieu aux crimes les plus odieux : le nègre captif devenait quelque chose comme un animal domestique auquel on ne reconnaissait ni propriété, ni famille. Les nations civilisées de l'Europe ont pris des mesures pour mettre fin à ce trafic abominable, et, à cet effet, des vaisseaux de guerre stationnent le long des côtes de l'Afrique centrale pour saisir au passage les navires chargés d'esclaves.

Géographie.

  • — Où habitent les Arabes, les Persans, les Hindous ?
  • — Indiquer les principales villes de chacune de ces contrées.

Les Arabes habitent une presqu'île aride et sablonneuse, située à l'est de la ; les villes principales de l'Arabie sont : la Mecque, Médine et Moka ; — les Persans forment une nation qui vit entre la , le golfe Persique et le golfe d'Oman : Téhéran et Ispahan sont leurs deux plus grandes villes ; — les Hindous peuplent une grande et fertile contree de l'Asie méridionale. L'Inde se divise en Inde anglaise (villes principales : Bombay, Calcutta, Madras, Hyderabad, Bénarès, Lahore, Surate, etc.) ; en États indépendants (villes principales : Katmandou, Pounaka) ; en possessions portugaises (territoires de Goa, Daman et Diu) ; en possessions françaises (villes principales : Pondichéry, Chandernagor, Yanaon, Karikal, Mahé).

Économie domestique.

  • — Comment s'y prend-on pour préparer et servir une orange ?
  • — Usages du citron et de son jus.

Pour préparer une orange, on la débarrasse de son enveloppe jaune en pratiquant une entaille circulaire dans le sens du plus grand diamètre du fruit, on soulève l'écorce avec le doigt, et l'on obtient ainsi deux calottes demi-sphériques. Rien de plus facile que de séparer les tranches du fruit ; on les range ensuite sur le pourtour d'une assiette au centre de laquelle on a mis du sucre en poudre. On fait alors circuler, et les personnes qui prennent successivement l'assiette saisissent une tranche, la roulent dans le sucre et la mangent.
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(Pour les usages du citron, voir la notice qui accompagne la gravure représentant ce fruit.)

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