Suzette: a Digital Edition

Page: 195

56. — Qui sont-ils ?

Jacques, qui avait regardé Suzette dont les yeux souriaient finement à ces étranges nouvelles, reprit d'un air légèrement goguenard*Goguenard. Air plaisant et railleur, mais avec mauvais goût. :

— Et c'est par notre pays que vous gagnez l'Amérique du Nord !

— Parfaitement, répondit le garçon avec plus d'assurance encore. Les sources de ne sont-elles pas à deux ou trois quarts d'heure d'ici ? l'Escaut ne mène-t-il pas à Anvers ? et Anvers en Amérique par de nombreux et bons navires ?

C'était là de la géographie et du savoir ; Jacques et Suzette cessèrent de sourire.

Et, reprit le garçon, nous nous proposons, mon ami Les Hurons, qui ont presque totalement disparu aujourd'hui, appartenaient à une nation sauvage du nord des Etats Unis. Les Esquimaux habitent les régions boréales, le Grœnland, les rivages de la et ceux de la baie d'Hudson. et moi, de traverser , de gagner la région des Lacs, de visiter surtout ceux du
Page: 196
et de l'Esclave, sans oublier le Niagara. On aura affaire certainement aux Hurons*, aux Pawnies* et même aux Esquimaux* : il s'agit d'éclairer la topographie*Topographie. Description détaillée d'un lieu, d'un canton particulier., l'anthropologie*Anthropologie. Histoire naturelle de l'homme..

Là, les enfants, confondus par tant de science, se regardèrent.

— En route, nous ferons des échanges avec les trappeurs*Trappeur. Chasseur des régions du N. et des prairies de l'Amérique.; nous enverrons en Europe des fourrures de marte, de petit-gris, de renard bleu.

La chute principale du , rivière de l'Amérique du Nord, atteint à la hauteur de 50 mètres.

Il y eut un moment de silence et de timidité, comme si l'on se fût trouvé devant un indigène d'une autre planète où les garçons, sitôt leurs dents percées, se feraient explorateurs, savants et marchands de pelleteries*Pelleteries. Peaux qu'on emploie comme fourrures. . Cependant l'autre, le camarade, continuait de ne pas bouger. A peine, de temps en temps, faisait-il un petit signe de tête, et qui encore manquait de clarté : disait-il oui ? disait-il non ?

Mais que des étrangers viennent de loin ou de près, aillent ou non en Amérique par les sources de l'Escaut, ils peuvent avoir besoin de se refaire l'estomac..... C'est ce que Suzette dit tout bas à son père, qui répondit par un geste d'acquiescement*Acquiescement. Acte de consentir à une chose. ..

La marte, dont le corps se revêt en hiver d'une laine fine, serrée, très abondante et d'un beau lustré, donne une fourrure des plus recherchées. La marte dévaste les basses-cours et détruit en peu de temps volailles et lapins.

Alors elle mit deux couverts et posa sur la table les restes de la fête.

— Réconfortez-vous là, Messieurs, dit le père.


Page: 197

Cette fois, ce fut le muet qui répondit. Il était un peu pâle de faim, et la vue des plats lui déliait sans doute la langue :

— Monsieur, nous sommes entrés chez vous au bon air hospitalier de votre maison ; nous ne nous étions pas trompés ; merci !

En même temps que lui, l'autre s'assit à table, mais délibérément, de l'air d'un homme très peu embarrassé de rendre un souper qu'on lui offre.

Questionnaire.

  • — Qu'est-ce qui donne à penser que Suzette et Jacques n'ajoutaient pas foi aux paroles des nouveaux venus ?
  • — Que répondit le plus jeune à la question de Jacques relative à l'' ?
  • — Quelle route se proposait-il de suivre ?
  • — Quels pays, quelles régions entendaient-ils traverser et explorer ?
  • — Qu'est-ce que des trappeurs ?
  • — Que pensaient-ils envoyer en Europe ?
  • — Quelle était l'attitude de l'aîné des deux jeunes garçons ?
  • — A quoi songea Suzette et que posa-t-elle sur la table ?
  • — Que dit M. Dumay et que répondit le grand garçon ?
  • — De quel air l'autre prit-il place à table ?

DÉVELOPPEMENT DES SUJETS PROPOSÉS POUR EXERCICES.

Composition.

  • — Décrire la grande cataracte du Niagara d'après l'image et selon les détails de la lecture faite sur cette merveilleuse chute d'eau par madame l'institutrice.

LA CATARACTE DU NIAGARA. — Les deux grands lacs et sont mis en communication par la rivière , qui commence à Buffalo. Le courant indique déjà aux abords de cette ville, par ses allures agitées, la célèbre cataracte qui précipite ses eaux d'une hauteur de cinquante mètres sur une largeur de près de neuf cents. Elle est la plus volumineuse que l'on connaisse, et la force des eaux y est telle qu'elle suffirait à mettre en mouvement toutes les machines hydrauliques qui fonctionnent dans l'univers.

Le spectacle est grandiose ; il fascine, on ne peut plus s'en arracher. Cet écroulement d'un fleuve dans un abîme bordé de roches verticales, le mugissement formidable des ondes, l'écume blanchâtre qui les recouvre et au milieu de laquelle se jouent des arcs-en-ciel; enfin les colonnes énormes d'eau pulvérisée qui montent dans les airs, tout cela forme un tableau auquel rien ne saurait être comparé.

L'hiver, le tableau est encore plus surprenant ; alors ces masses d'eaux roulantes se prennent par l'effet des grands froids ; elles coulent invisibles, mais toujours grondantes, sous une enveloppe de glace qui ne fondra qu'aux premiers souffles du printemps.

Le bruit de la cataracte est si puissant qu'on l'entend, pendant la nuit, à plus de 60 kilomètres de distance ; il ressemble aux roulements du tonnerre, et se prolonge sans fin à travers les plaines et les vallées de cette gracieuse et fertile région de l'Amérique. (D'après SIMONIN.)

Géographie.


Page: 198

L'Escaut est un petit fleuve qui prend sa source en France dans le département de l'Aisne ; il arrose Cambrai, Valenciennes, pénètre en Belgique, y traverse Tournai, Gand, Anvers et se jette dans la après un parcours de 430 kilomètres.

Anvers (130,000 hab.) est la ville la plus commerçante de la Belgique ; l'', qui mesure 600 mètres de largeur, y forme un port magnifique où plus de 10, 000 navires entrent chaque année. C'est aussi une grande place d'armes. Sous la domination de Charles-Quint, elle était la cité la plus riche de l'Europe ; on y remarque une splendide cathédrale ornée de remarquables peintures par Rubens (1577-1640) et Van Dyck (1599-1641).

Sciences naturelles.

  • — Nommez les principaux animaux à fourrure.
  • — Donnez quelques détails sur les martes, les hermines, les renards bleus, les ours blancs.

On entend par fourrure la peau de certains animaux, précieuse par la couleur, la longueur et l'épaisseur du poil, dont on se sert pour doubler, garnir ou orner les robes, les habits, etc.

Les principaux animaux à fourrure sont : les ours, les castors, les loutres, les renards, les hermines, les martes, les visons.

Les martes ou martres sont les plus petits mais les plus féroces des carnassiers, sans en excepter le tigre, le lion, la panthère ; elles ne vivent que de proies vivantes et se plaisent dans le carnage. La marte ordinaire a 0m,50 de longueur ; la marte zibeline, pourvue d'un pelage noir, fin et mœlleux, vit principalement en Sibérie.

L'hermine habite, comme la zibeline, les parties les plus septentrionales du globe : la Suède, la Norvège, la Russie, la Sibérie ; sa peau a une haute valeur. De couleur marron en été, elle devient tout entière d'un blanc éclatant en hiver avec le bout de la queue entièrement noir : c'est l'époque où on lui fait la guerre.

Le renard bleu ou isatis vit dans les mêmes contrées que les martes et les hermines ; son pelage est très long, très abondant, très mœlleux, tantôt blanc, tantôt d'un gris ardoisé tirant sur le bleuâtre ; il fait l'objet d'un commerce considérable.

L'ours blanc est un formidable animal qui vit dans les régions po laires, où il atteint la grosseur d'un bœuf. Il poursuit les phoques, car il nage et plonge avec une adresse extraordinaire ; tous les débris que la mer jette sur ses rivages lui servent de nourriture. Quand il est affamé, malheur aux hommes qu'il rencontre ; il se précipite sur eux avec une rage aveugle et bien des fois il sort vainqueur de la terrible lutte.

Industrie.

  • — Qu'entend-on par fourrure ?
  • — Comment prépare t-on les peaux d'animaux à fourrure ?
  • — Quel est l'usage des fourrures ?
  • — Qu'en confectionne-t-on ?

On entend par fourrure... (Voir l'exercice précédent.)

On prépare de la manière suivante les peaux des animaux à fourrure : l'ouvrier les imbibe d'une eau contenant en dissolution de l'alun et du sel; et elles sont ainsi préservées de la corruption, sans altération de leur souplesse ni de leur solidité.

Les fourrures préservent du froid les habitants des régions où l'hiver sévit avec rigueur ; à la fois chaudes et légères, elles sont indispensables aux habitants des régions polaires dont elles forment exclusive ment les habits et les coiffures. Dans les contrées tempérées, on les emploie pour garnir les robes des magistrats, les manteaux, les coiffures, et l'on en confectionne des cols, des manchettes, des pèlerines, des manchons.

Document
Object Type
XML document
On
HTML output method
TEI