Suzette: a Digital Edition

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43. — Cours, mon aiguille !...

« Cours, mon aiguille, dans la laine », et dans le coton et dans la toile, partout où tu as à faire! Car le rapiécetage* Rapiécetage. Action de mettre des pièces à des vêtements. d'une maisonnée de deux hommes et de deux gamins est une rude besogne.

Le meilleur de la garde-robe*Garde-robe. Les vêtements, les hardes de jour et de nuit. avait brûlé; et ce qu'il en restait devait être soigné comme la prunelle des yeux, afin de pouvoir durer le plus longtemps possible, jusqu'à ce qu'on eût gagné quelque argent.

De bon matin, avant le ménage, et tard, après la journée faite, la main industrieuse*Main industrieuse. Qui sait faire les choses avec soin et économie. de la couturière allait, vive et leste, décousant, rapiéçant, faufilant, cousant, sans débrider.

M. François, à lui seul, l'eût empêchée de chômer. Oublieux de son crime et aussi des constantes recommandations de ménager son pantalon, ses chaussures, sa veste, il reprenait sa bonne vie de coureur des bois.

Suzette avait beau lever les bras au ciel, gémir, se La main industrieuse de |a couturière allait, vive et leste.
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fâcher devant chaque nouvelle déchirure; la déchirure ne guérissait pas sur de simples discours; il y fallait l'aiguille, François avait, d'ailleurs, sa façon de s'excuser:

— Je t'assure, Suzette, qu'en grimpant à l'arbre, j'ai pris mille précautions! C'est le drap qui ne vaut rien.

Cependant, Monsieur ne manquait pas de coquetterie. Un soir que sa sœur appliquait au bon endroit d'un pantalon gris une pièce verte, d'un vert assez passé :

— Qu'est-ce que c'est que ça ? demanda-t-il avec mauvaise humeur.

— Ça, Monsieur ? répondit-elle vivement, un peu piquée, car elle savait bien qu'elle ne faisait pas là un chef-d'œuvre*Chef-d'œuvre. Œuvre supérieure., ça, Monsieur, ce n'est pas de la tôle; et c'est grand dommage, la tôle étant le drap qui conviendrait à un muscadin*Muscadin. Jeune homme prétentieux et élégant. de votre sorte!

— Je ne mettrai pas ce pantalon, je t'en réponds bien!... Je t'en fais cadeau.

— Merci; je vous donnerai un jupon en échange.

Le père, Jacques et Charlot venaient d'entrer pour le souper. M. Dumay regarda de loin le travail de Suzette, et s'approcha pour regarder encore :

— Je ne me trompe pas, non, c'est l'habit vert! Où as-tu trouvé cette pièce-là, Suzette?

— Dans un paquet de vieux chiffons sauvés de l'incendie.

— Eh bien ! ma fille, reprit-il en souriant, voilà le reste d'un vêtement célèbre.

— Célèbre! Racontez-nous ça, père, je vous en prie!

À ce moment parut le vieux Benoit, le père de Ludivine, un vieux, tout ratatiné*Ratatiné, Rapetissé par l'âge, ridé., en bonnet de coton bleu, qui venait de temps en temps fumer sa pipe en compagnie. Dès qu'il fut assis :

— Papa, racontez! répétèrent les enfants.

Questionnaire.

  • — Que disait Suzette pour s'encourager au raccommodage ?
  • — Que savez-vous de la garde-robe de la famille ?
  • — Dites comment Suzette se montrait laborieuse.
  • — Quelle était la façon d'agir de François ?
  • — Que faisait Suzette en constatant le mauvais état des vêtements de son frère ?
  • — Que répondait ce dernier ?
  • — Reproduisez la conversation qu'ils eurent ensemble à propos d'une pièce verte.
  • — Que dit le papa en regardant le travail de la jeune couturière ?
  • — Qui entra sur ces entrefaites ?
  • — Faites le portrait du père Benoît.

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DÉVELOPPEMENT DES SUJETS PROPOSÉS POUR EXERCICES

Morale.

    — DU TRAVAIL.
  • — Quels travaux, quelles occupations sont le lot de la femme dans son ménage, 1° si elle n'a pas de fortune,
  • — 2° si elle est obligée de se faire servir?
  • — Conséquences heureuses du travail de la femme et de la bonne direction qu'elle donne à son intérieur.

Parmi les femmes qui ont à cœur leurs devoirs et qui comprennent leurs responsabilités, il n'en est aucune qui reste oisive dans son ménage.

Si elle ne peut se faire servir, que d'occupations s'imposent à elle! Tenir propres les enfants, le linge, la maison; préparer la cuisine; mettre le couvert, laver la vaisselle; raccommoder les vêtements, faire les achats, enfin partager avec son mari les soins que réclament l'éducation des enfants et leur santé. Souvent, à cette tâche écrasante s'ajoute, à la campagne, la tenue de la basse-cour et du potager ; à la ville; la pratique d'un métier. Dans ces conditions, la vie de la femme est bien méritoire et digne de tous les respects.

La plupart des femmes qui peuvent se faire servir, sont déchargées des travaux les plus fatigants du ménage, mais leur responsabilité augmente par suite des devoirs que leur imposent la direction et la surveillance des domestiques. Cependant elles ne sauraient rester étrangères aux soins que réclament leurs enfants, quelque pénibles qu'ils soient. Elles ont également à s'occuper de la tenue de leur maison, à régler les dépenses de façon à éviter le gaspillage, à recevoir les personnes avec lesquelles elles sont en relation, à participer aux bonnes œuvres qui incombent à tous ceux que la fortune favorisé.

C'est la femme qui fait la maison, c'est-à-dire qui l'enrichit ou la ruine. Le mari apporte le fruit de son travail et la femme administre. C'est à elle, qu'en tout temps, revient d'ailleurs la plus forte part dans l'éducation des enfants et le soin de former ses filles à leur rôle futur.

Les femmes que rien ne saurait fixer dans leur intérieur et qui, pour leur distraction et leur agrément, passent la meilleure partie du jour en promenade et en visites, ne sont dignes ni du titre d'épouses ni du beau nom de mères.

Industrie.

  • — Qu'est-ce qu'une aiguille ?
  • — Comment fabrique-t-on les aiguilles ?
  • — Qualités d'une bonne aiguille à coudre.
  • — Diverses sortes d'aiguilles.
  • — Mêmes questions pour les épingles.
AIGUILLES.

— Une aiguille est une petite tige d'acier ou d'un autre métal pointue par un bout et percée par l'autre; on s'en sert pour coudre, pour broder ou pour fixer les objets de toilette dans une position déterminée.

La fabrication des aiguilles est une opération compliquée qui nécessite le concours de nombreux ouvriers. On prépare des fils d'excellent acier qu'on assemble en bottes, et un ouvrier les coupe eh brins d'une longueur-égale à celle de deux aiguilles (1). Un second ouvrier placé devant une meule qui tourne rapidement, les aiguisé à chaque extrémité, et les passe à un autre qui les coupe par le milieu.

Ensuite on aplatit l'extrémité opposée à la pointe au moyen d'un marteau, et l'on y pratique une rainure qui dirigera le fil et le maintient droit. Des enfants sont chargés de l'opèràtion délicate de percer le trou ou chas par lequel passera le fil ; on polit l'intérieur de cette ouverture et enfin, après avoir fait rougir les aiguilles on les jette
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toutes brillantes dans un bain d'eau glacée, ce qui leur donne une extrême dureté.

Le dégraissage, le polissage et la mise en paquets sont les dernières opérations.

La fabrication des épingles est beaucoup moins compliquée et analogue à celle qu'on a écrite pour les aiguilles.

Un ouvrier coupe les fils de laiton en longueurs égales à celle de trois ou quatre épingles; un autre les divise ; un troisième forme la pointe sur une moulo ; d'autres font la tête, soit en roulant un fil de laiton autour du sommet de la petite tige, soit en aplatissant une extrémité de cette dernière. Il ne reste plus qu'à nettoyer les épingles, à les étamer, à les polir et à les réunir en paquets, à moins qu'on ne les entasse dans des boîtes d'un poids déterminé.

Les épingles d'acier sont d'un usage très restreint.

Économie domestique.

  • — Quels travaux peut-on exécuter avec une aiguille à coudre?
  • — Quels travaux peut-on exécuter avec une aiguille à tricoter?
  • — Combien y a-t-il d'aiguilles dans un paquet?
  • — Quel est le prix d'un paquet d'aiguilles de qualité moyenne?
  • — Quelles sont les qualités des épingles en acier ?
  • — Quelles épingles sont préférables pour les usages ordinaires?

Les travaux que l'on peut exécuter avec une aiguille à coudre sont : les ourlets, les surjets, les reprises, les piqûres, les broderies, les boutonnières, etc.

Avec une aiguille à tricoter, on confectionne des bas, des chaussettes, des mitaines, des poignets, des fichus, des cache-nez, des bretelles, des jupons, etc.

N. B. — On a jugé superflu de donner la matière des réponses qui terminent le paragraphe, mesdames les institutrices étant d'excellents juges en la matière.

Calcul.

  • — Que gagne-t-on à raccommoder, à repriser et à rapiécer?
  • — Prenez pour base de votre calcul un tablier, toi corsage, six paires de bas de coton, une paire de chaussons.

Un tablier non raccommodé, non rapiécé est hors de service après ..... mois d'usage. Si on le raccommode, si l'on y met des pièces, on dépensera en fil ....., en étoffe ....., etc.; total ..... Mais le tablier pourra faire encore un bon usage pendant mois.

L'usage d'un tablier qu'on ne raccommode pas, revient à ..... par mois.

On le fait durer de plus. Bénéfice brut.......

A déduire le prix du fil et des pièces. ..... ....

Bénéfice net. . ....

(Procéder de la même manière pour les autres objets.)

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