Suzette: a Digital Edition

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28. — Sous les arbres.

A la brune, le nez en trompette était déjà réduit de moitié, et M. François chantait à tue-tête, quoique la chouette planât comme la veille au-dessus de la maison.

Suzette, en allant au rendez-vous, la vit, mais, cette fois, d'un œil tranquille, sachant ce qu'elle faisait là. Et, du même œil, elle aperçut sur la margelle du vieux puits la terrible femme, arrivée la première, avec son regard hardi et son nez crochu :

— Bonsoir, petite !

Elle ricanait encore joyeusement ; sa bouche édentée*Édenté. Privé de ses dents. exhalait des vapeurs d'eau-de-vie :

—Que m'apportes-tu, ma fille ? J'ai rudement travaillé pour toi ! J'ai passé toute la nuit et une bonne partie du jour en conjurations ; et cinq francs n'y font pas long feu *Faire long feu. Ne pas durer longtemps, ne pas produire d'effet. ! L'enfant est de plus en plus menacé ; j'ai vu cela dans un foie *Foie. Organ où se forme la bile. de crapaud. Et le chat-huant, tu l'as entendu ce soir encore ? Ah ! il y aura beaucoup à faire ! Tu apportes de l'argent ?... Combien ? voyons...

Elle s'était levée et, comme pour fouiller Suzette, avançait vers elle ses longs bras, lorsque brusquement une main s'abattit sur son épaule. C'était une forte
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main qui la tint en place, quoique la bohémienne essayât de fuir.

— Monsieur… que voulez-vous ?

Le monsieur, qui n'était autre que M. Valon, la secoua :

— Je veux d'abord que vous me disiez ce que vous avez fait des cinq francs volés à cette jeune fille.

C'était une forte main qui la tint en place.

— Monsieur..... mon bon monsieur ! laissez-moi aller, je vous prie !

Elle tremblait comme la feuille.

— Vous en aller ! Oui ! à la gendarmerie, où je vais vous conduire, comme une voleuse que vous êtes !

La bohémienne essaya de lui baiser les mains :

— Oh ! oh ! non, ne faites pas cela… je n'ai pas volé ; je ne vole pas ; les niais me donnent leur argent, et je le prends ; voilà tout.

Suzette intervint :

— Elle dit bien à peu près la vérité, sauf pour le foulard qu'elle m'a arraché du cou. Mais je lui en fais cadeau avec les cinq francs, que d'ailleurs elle a déjà dépensés au cabaret. Il faut payer nos sottises.

— Eh bien ! dit M. Valon en lâchant la bohémienne, allez vous faire pendre ailleurs, mais qu'on ne vous reprenne plus ici !

Sans demander son reste, elle détala*Détaler. Se sauver..


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Questionnaire.

  • — Que savez-vous de François et de son nez ?
  • — Dans quelle disposition d'esprit Suzette alla-t-elle au rendez-vous de la bohémienne ?
  • — Qu'aperçut-elle sur la margelle du vieux puits ?
  • — Quels mensonges ridicules conta-t-elle à Suzette ?
  • — Où avait-elle vu des présages de malheur ?,
  • — Qui survint au moment où elle allait fouiller Suzette ?
  • — Reproduisez le dialogue qui eut lieu entre elle et monsieur l’instituteur.

DÉVELOPPEMENT DES SUJETS PROPOSÉS POUR EXERCICES

Morale.

  • — Pourquoi est-il mal de prendre le bien d'autrui ?
  • — Comment peut-on s'approprier injustement le bien d'autrui ?
  • — Définir le vol, la maraude, l'escroquerie, la tromperie sur la nature ou la qualité de la matière vendue.
  • — Qu'arrive-t-il aux voleurs?
  • — Une domestique fait payer à sa maîtresse plus cher qu'elle ne les a achetées les choses qu'elle rapporte de chez les marchands ; jugez cette action.

Tout ce que nous possédons est le fruit de notre travail personnel ou de celui de nos ancêtres ; nous avons donc sur cette propriété des droits indiscutables, et la loi nous en garantit la jouissance. Le malfaiteur qui nous l'enlève, commet un acte aussi injuste que s'il refusait de payer, à l'ouvrier qu'il a occupé, le salaire de sa journée.

Dérober ce qui est aux autres, c'est leur enlever les moyens de subvenir à leur existence et à l'entretien de leur famille ; c'est les empêcher de prendre dans leur vieillesse le repos nécessaire ; c'est leur interdire de soutenir ceux auxquels ils doivent l'existence ; c'est les mettre dans l'impossibilité d'exercer la bienfaisance envers les pauvres et les abandonnés.

On s'approprie injustement le bien d'autrui de plusieurs manières : en le volant, en vendant avec tromperie sur la quantité ou la qualité de la marchandise, en négligeant de payer ses dettes, en prélevant des remises secrètes sur des achats, en esquivant le paiement d'un droit d'octroi, d'un impôt, des frais de voyage en chemin de fer, etc.

Le vol est un acte qui a pour objet de s'approprier le bien d'autrui.

Il prend le nom de maraude s'il s'applique aux fruits des champs.

Une escroquerie, consiste à tirer de l'argent de quelqu'un au moyen d'une tromperie, d'un mensonge.

Tromper, sur la qualité de la matière vendue, c'est donner, par exemple, de la marchandise de seconde qualité comme si elle était de première ; c'est remettre des produits avariés à celui qui entend acheter quelque chose d'excellent.

La loi punit sévèrement les voleurs. Selon la gravité de l'action, elle inflige au coupable une amende, la prison ou les travaux forcés.

Une domestique que sa maîtresse charge des acquisitions du marché, est une voleuse si elle fait, au retour, payer les denrées plus cher qu'elle ne les a achetées. Elle est, en conscience, tenue à restitution ; de plus, elle s'expose à être déférée aux tribunaux.

Instruction civique

  • Quels sont les gens qui menacent les biens ou la vie des autres ?
  • — Qui les surveille, les arrête ?
  • — Y a-t-il du mérite et du danger à se charger de cette tâche ?
  • — Citez des exemples.
  • — Que pensez-vous des gendarmes, des sergents de ville ?
  • — Qui sont ceux qui les haïssent ?
  • — Devez-vous les redouter ?

Les gens qui menacent les biens ou la vie de leurs concitoyens sont des assassins et des voleurs ; ils se recrutent parmi les paresseux et les mauvais sujets, toujours ennemis du travail et envieux des plaisirs et de l'abondance dont jouissent les hommes laborieux, économes, sobres et intelligents.


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Ils forment comme l'armée du mal. La société leur oppose une autre armée choisie dans l'élite des défenseurs de la patrie. Les gendarmes, les sergents de ville ou gardiens de la paix, tous anciens soldats, munis d'excellents états de service, ayant la plupart versé leur sang sur le champ de bataille, sont placés sous les ordres du ministre de la guerre ou de l'intérieur pour prêter main-forte à la justice et prévenir les attaques des malfaiteurs. Au risque de leur vie, ils poursuivent les voleurs et les assassins, les arrêtent, les conduisent dans les prisons d'où ils les amènent devant les juges.

C'est une tâche pénible et méritoire que celle remplie par le corps honorable de la gendarmerie et par les agents de police. Jour et nuit,  ils veillent à la sûreté publique au prix de dangers de toutes sortes ; à tout instant, ils exposent leur vie pour remplir leur ministère.

Ceux qui les haïssent, les insultent ou les raillent ne sont pas dans la catégorie des honnêtes gens : un coquin, un mauvais sujet, un criminel se trahissent par la haine qu'ils portent à ces hommes dévoués et désintéressés.

On a tort de faire des gendarmes des épouvantails pour les enfants. On apprend ainsi à ces derniers à craindre sans raison, à s'effrayer sans motif et à rougir quand la conscience ne reproche rien.

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