Table of Contents
Page: 445
127. Vingt sous !
C'était dimanche. Le mariage de Louis avait eu lieu la veille.
Charlot, pris depuis quelque
temps d'une studieuse passion pour la botanique*Botanique.
Science qui a pour objet l'étude des plantes., bonne passion, aussi
pleine de plaisir que d'enseignement, furetait aux environs. Il recherchait pour
son herbier*Herbier. Sorte de livre dans lequel on
conserve des spécimens de de plantes. la stramoine et la belladone, deux
empoisonneuses, devenues rares heureusement aux abords de Fragicourt et des lieux cultivés. Car la première se plait surtout
dans les décombres
Page: 446
et la belladone se cache au fond des bois humides pour
tendre aux enfants son joli fruit mortel.
Charlot avait prévenu Suzette de sa promenade.
François n'en avait pas fait autant. Et elle s'inquiétait de lui, quand il arriva par le jardin.
Stramoine. Belladone. Ce sont deux poisons très violents : la belladone surtout, dont le fruit, qui ressemble aux cerises, attire les enfants, qu'on ne saurait trop mettre en garde contre ce dangereux poison ; en cas d'ingestion, on doit le combattre par un énergique vomitif et faire venir immédiatement un médecin.—D'où viens-tu ?
—De chez Ludivine.
— Avant de partir, papa t'a invité à n'y pas aller trop souvent ; Vincent ne lui plaît pas, du reste.
— Bon, je n'irai nulle part ; je me ferai ermite, là dans ce coin de la cour, le nez au mur.
— Voyons, ne raille pas.
— Et toi, continue de me traiter en marmot. Ses parents n'en usent pas ainsi avec Vincent.
— En effet, Vincent a une pipe, une blague à tabac ; il porte de côté sur l'oreille une casquette trop petite ; il a une blouse de toile bleue, raide et brillante comme zinc, au col bien ouvert pour laisser voir un gros nœud de cravate groseille ; il marche d'un air bien dégingandé, les pouces dans les entournures ; il imite de loin M. Florentin Lejoly. Et c'est là un fameux garçon à singer, n'est-ce pas, monsieur François ?
Plant de tabac. Les feuilles de cette plante, originaire de l'Amérique, sont séchées, puis roulées ou réduites en poudre.Page: 447
Ce portrait de son ami Vincent était si ressemblant que François ne put s'empécher de sourire ; mais ce ne fut qu'une seconde. Il répondit :
— Tu as oublié de dire que Vincent a toujours au moins vingt sous en poche, chaque dimanche.
—Oui, pour le cabaret.
— C'est aujourd'hui dimanche ; donne-moi vingt sous.
Avec un soupir, Suzette secoua négativement la tête.
— Donne-moi vingt sous ! je travaille et ne suis plus un enfant, que diable !
— Il fallait t'adresser a papa avant son départ.
— Tu refuses ?
— Oui.
François avança sur elle, menaçant :
— Tu sais que je peux prendre ton porte-monnaie tout entier !
Elle répondit :
— Je le sais, tu es plus fort que moi ; mais je sais aussi que tu as du cœur : un lâche seul pourrait profiter de la supériorité de ses bras pour m'enlever cet argent, surtout en l'absence de notre père, à qui seul appartient de te le donner, s'il le juge bon !
Elle parlait avec un tel chagrin qu'il baissa les yeux. Une lueur d'attendrissement venait d'y passer. Puis les relevant :
— C'est bon. Il me serait trop facile de te réduire. Mais sache une chose : tu me rends ridicule et je ne veux pas être ridicule ! Oui, tout le village n'a qu'une voix pour dire que chez nous c'est le monde renversé, que tu nous mènes par le bout du nez ! Le père Benoît ajoute que tu ressembles à notre grand'mère qui empêcha toujours son mari, ses enfants, d'aller à leur fantaisie et de faire comme les autres. Cependant, on le saît bien, « ombre d'homme vaut cent femmes » !
— Ombre d'homme vaut cent femmes ?... C'est aussi du père Benoît que tu tiens cela ? Eh bien ! tâche, pour
valoir encore davantage, d'être, non pas une ombre d'homme comme tu l'es en ce
moment, mais un homme véritable, c'est-à-dire fort contre toi-même, et sachant
Page: 448
te conduire. Avec le plus grand plaisir, sois-en sûr, nous
saurons alors reconnaître ton immense supériorité.
Tu peux plaisanter, dit François, mais tu ne me mèneras pas, je t'en réponds bien ! Bonjour !
Il fila à grandes enjambées vers la porte du jardin, par où il était venu.
Questionnaire.
- — Quand avait eu lieu le mariage de Louis ?
- — Quelle passion s'était emparée de Charlot ?
- — Quelles plantes recherchait-il pour son herbier ?
- — Où se plaisent la stramoine et la belladone ?
- — Où était allé François ?
- — Quelle observation lui fit Suzette ?
- — Continuez le dialogue.
- — A qui donnez-vous raison, et pourquoi ?
- — Dites quelques mots de la tenue de Vincent.
- — Qu'est-ce qui fit sourire François ?
- — Que demanda-t-il à Suzette ?
- — Reproduisez le dialogue.
- — Que répondit la jeune fille à la menace de son frère ?
- — Que dit François à son tour ?
- — Que pensait de Suzette le vieux père Benoît ?
- — Que répondit Suzette à la citation du proverbe ?
- — Que dit François et que fit-il ?
DÉVELOPPEMENT DES SUJETS PROPOSÉS POUR EXERCICES.
Morale.
- — Quand et dans quelle mesure faut-il donner de l'argent aux enfants et aux adolescents ?
- — Inconvénients de prodiguer l'argent à la jeunesse.
On a pris pour habitude de donner de l'argent aux enfants le jour de certaines fêtes ; quelques parents même ont la faiblesse de leur en remettre chaque dimanche. Beaucoup de personnes doutent que la chose soit très utile, et pensent que c'est inviter les jeunes filles à dissiper ce qu'elles possèdent. Les enfants munis d'argent ne devraient le dépenser que sous les yeux de leur père ou de leur mère. Ainsi ils ne contracteraient point la manie des dépenses inutiles, et tiendraient davantage à ne pas gaspiller l'argent de leur bourse.
On a remarqué que les enfants qui ont beaucoup d'argent à leur disposition, non seulement le gaspillent, mais s'en servent pour commettre nombre de fredaines ; ils contractent de mauvaises habitudes et sont disposés à travailler le moins possible. La plupart en achêtent des bonbons et en mangent continuellement, chose fort préjudiciable à leur santé.
Sciences naturelles.
- — Décrire la belladone et ses fruits.
- — Symptômes auxquels on reconnait l'empoisonnement par cette plante.
- — Quel remède à appliquer ?
- — (Mèmes questions pour la stramoine.)
Il y a un certain nombre de plantes, dites vénéneuses, dont le suc ou les fruits sont un poison. Parmi les plus dangereuses, nous citerons la ciguë, qui a une grande ressemblance avec le persil, mais dont on la distingue facilement en raison de son odeur désagréable, — la jusquiame, aux feuilles velues et aux fleurs en clochettes, de couleur jaunâtre, veinées de noir ou de violet, — la belladone, la stramoine ou datura, ou pomme épineuse, et les champignons, la digitale, la colchique des prés aux fleurs violettes.
La belladone ne se trouve généralement que dans les bois élevés
; elle porte de grandes fleurs en cloche, d'un violet sale. A ces fleurs
succèdent des fruits noirs, de la forme et de la grosseur d'une cerise. Ils
ont un goût un peu sucré ; aussi arrive-t-il très souvent que les enfants
les cueillent, les mangent et meurent bientôt dans d'horribles souffrances.
L'agrandissement de l'ouverture de l'œil ou pupille, le
Page: 449
regard fixe et hébété sont les caractères de
l'empoisonnement par la belladone.
Le traitement à appliquer dans le cas d'empoisonnement par les végétaux est le suivant : Faire prendre 10 ou 15 centigrammes d'émétique avec un gramme d'ipécacuana dans un quart de verre d'eau , puis un purgatif composé de 10 centigrammes d'émétique avec 45 grammes de sulfate de magnésie ou même de sel gris. Après les évacuations, donner des ,boissons acides, et entretenir la chaleur du corps du petit malade.
La stramoine est facile à reconnaître à ses hérissés de piquants et du volume d'une petite pomme. Les feuilles sont de teinte sombre et d'odeur repoussante ; quant aux fleurs, elles affectent la forme d'entonnoirs allongés, blancs ou violets, à plis longitudinaux. Cette plante dangereuse atteint jusqu'à un mêtre de hauteur.
Les champignons sont non moins dangereux, et certaines espèces font périr dans des souffrances atroces ceux qui les consomment. L'agaric champêtre ou champignon de couche et les bolets peuvent être mangés sans danger.
Industrie.
- —D'où provient le tabac qu'on fume et qu'on prise ?
- — A quelle époque cette mode a-t-elle pris naissance ?
- — Quel avantage trouve l'Etat à vendre lui-mème le tabac ?
Le tabac n'est autre chose que le résultat de la préparation spéciale des feuilles d'une plante originaire de l'Amérique. Vers 1500, il fut apporté en Europe par les Espagnols, qui s'étaient habitués à le fumer comme les indigènes du nouveau monde, et, en 1560, il faisait son entrée dans notre pays.
L'Etat s'étant réservé depuis 1674 le monopole de la fabrication du tabac, la culture n'en est autorisée que dans les départements d'Ille et-Vilaine, du Nord, du Pas-de-Calais, de la Gironde, du Lot, de Lot-et-Garonne et du Var ; elle occupe plus de 2,000 hectares dont la récolte, d'environ 20 millions de kilogrammes, est livrée en totalité à l'administration de la régie. L'Algérie nous en fournit une quantité supérieure à 2 millions de kilogrammes.
L'Etat trouve dans la vente du tabac un bénéfice net de plus de 150 millions.
Hygiène.
- — Quels sont les nombreux inconvénients qui résultent de l'abus du tabac ?
- — Quelles maladies sont particulières aux fumeurs ?
Le tabac irrite et enflamme les organes du nez et de la bouche ; il agit très violemment aussi sur le système nerveux, dont il suspend les fonctions. L'haleine des fumeurs et des priseurs est infecte ; leurs vêtements sont imprégnés de l'odeur du vieux tabac, et l'habitude dont ils sont les esclaves devient la cause de malpropretés repoussantes.
L'usage continuel du tabac trouble les fonctions de l'estomac ; attaque et noircit les dents, affaiblit la vue, irrite la poitrine ; il développe sur les lèvres et dans le laryux des tumeurs de mauvaise nature qui déterminent souvent des cancers. Si l'on avale du tabac, des vomissements ne tardent pas à se produire ; ils sont suivis de vertiges, de tremblements, de défaillances, de convulsions, de paralysie et même de la mort. (D'après le Dr RIANT. — Alcool et tabac, libr. Hachette.)
