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143. — Salut à la fermière !
Il avait fait une de ces chaudes journées de juillet, belles doreuses d'épis. La nuit tombait. M. Dumay et Charlot, après le grand labeur d'un premier jour de moisson, somnolaient, accoudés sur la table du souper.
Assise dans la cour, à la délicieuse fraicheur du soir, Suzette révait, les yeux sur la profondeur du firmament.
La lune, montant de l'horizon, éclairait de sa blancheur la cour et la campagne endormies.
Tout à coup, sur la route une voix s'éleva, une voix claire qui chantait :
« Salut à la fermière ! elle est« Salut à la fermière ! elle est
Si gentille et si douce ! Si gentille et si douce !
C'est l'oiseau des bois qui se plait C'est l'oiseau des bois qui se plait
Loin du bruit, dans la mousse.Loin du bruit, dans la mousse.
Vieux vagabond qui tends la main, Vieux vagabond qui tends la main,
Enfant pauvre et sans mère,Enfant pauvre et sans mère,
Puissiez-vous trouver en cheminPuissiez-vous trouver en chemin
La ferme et la fermière ! » La ferme et la fermière ! »
Suzette s'était dressée, l'oreille tendue :
La voix de Jacques ? Ce serait la voix de Jacques ? Mais non ! Il n'arrivait que dans huit jours ; sa dernière lettre le disait.
Et aussitôt une autre voix, celle-là un peu tremblante, reprit :
« De l'escabeau vide au foyer,« De l'escabeau vide au foyer,
Là, le pauvre s'empare,Là, le pauvre s'empare,
Et le grand bahut de noyer,Et le grand bahut de noyer,
Pour lui, n'est pas avare.Pour lui, n'est pas avare.
C'est là qu'un jour je vins m'asseoir,C'est là qu'un jour je vins m'asseoir,
Les pieds blancs de poussière ; Les pieds blancs de poussière ;
Un jour.., puis en marche, et bonsoirUn jour.., puis en marche, et bonsoir
La ferme et la fermière ! » La ferme et la fermière ! »
(HÉGÉSIPPE
MOREAU.)(HÉGÉSIPPE
MOREAU.)
Un bruit de pas suivit la chanson. Suzette, tout émue, courut à la porte.
Sur la route, sous les arbres, s'apercevaient deux ombres. Elles arrivèrent en pleine clarté de la lune : et c'étaient deux soldats de l'infanterie de marine.
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Suzette poussa un grand cri :
— Père ! les voilà ! les voilà !
Et elle courut se jeter au cou de son frère ; puis elle tendit la main à Sylvain.
Sur la route, sous les arbres, s'apercevaient deux ombres.Le père était déjà là avec Charlot :
— Mon fils ! mon Jacques ! Ah ! que je te presse sur mon cœur... Et vous aussi, Sylvain ! mon brave Sylvain !
On entra dans la maison ; on haussa la flamme de la lampe. Ah ! qu'ils étaient beaux dans leur vareuse bleue, à boutons d'or ! à galons d'or ! Grandis, barbus, de vrais hommes ; et leur honnête cœur brillait sur leur visage épanoui.
Ils avaient mis trois semaines seulement en mer au lieu de quatre ; et voilà la raison de la surprise ! Ils arrivaient de la ville à pied; n'ayant pas voulu attendre le courrier, qui n'en partait qu'à minuit.
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Suzette avait déjà placé sur la table tout ce qui restait de vivres. Et tandis que les voyageurs causaient et mangeaient en gens qui viennent de faire quinze cents lieues, on admirait de nouveau leur belle mine et leurs galons, les galons de sergent-major de Sylvain, dont on rappela la cause, et les galons de sergent de Jacques.
A la fin du repas, Suzette se plaignit de n'avoir pas de dessert à donner. Alors Sylvain alla prendre un paquet qu'il avait, en entrant, posé sur une chaise. Il l'ouvrit :
Mademoiselle Suzette, dit-il, je vous rapporte la petite bourriche que vous me confiâtes au départ. Mais les pommes, les poires, le petit pot de miel n'y sont Gingembre . Cette plante est cultivée dans les contrées tropicales de l'Amérique ; on l'utilise en médecine et en cuisine. En Angleterre et en Allemagne, on fait une grande consommation de racines fraiches de gingembre confites au sucre ; on en prépare aussi une sorte de confitures. Avec la poudre de gingembre plus. Pourtant, il y a du desserts , si vous me permettez de vous l'offrir.
Elle prit la bourriche, l'ouvrit. Et là se trouvaient un beau régime*Régime. Rameau de bananier avec ses fruits . de bananes, encore suspendu à sa branche, plusieurs bouts de canne à sucre, une noix de coco, d'odorantes gousses de vanille enveloppées de papier d'étain, et deux pots de confitures de cédrat*Cédrat. Citron d'une odeur fort agréable..
Jacques, lui aussi, avait un paquet, dont il tira un sac de café vert, un autre de manioc en poudre et de la confiture de gingembre .
Les deux Martinicains voulaient qu'on goûtât tout de suite aux confitures ; mais le père et la fille remirent la fête au surlendemain, où l'on inviterait les Valon et les Cartier.
Car depuis la première visite de M. Cartier on s'était lié avec lui. Il ne lui restait qu'une fille, Cécile, après la perte de sa femme et de deux garçons. Suzette et Mlle Cécile, une bonne personne, avec du naturel, qui est la plus aimable des grâces, s'étaient plu à première vue.
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Comme on parlait d'elle, une voiture s'arrête à la porte ; et voilà que M. Cartier et sa fille en descendent ; la seconde d'après, M. et Mme Valon arrivent de leur côté.
Ce furent de nouvelles embrassades, de nouvelles poignées de main.
Hé ! s'écria M. Cartier avec bonne humeur, ai-je eu bon nez de passer par ici en revenant du Catelet !
On causa quelques instants et après avoir accepté pour le surlendemain l'invitation à dîner de M. Dumay, M. Cartier emmena Sylvain.
En s'en retournant, Mme Valon dit à son mari :
— Je crois bien que nous irons cette année à la noce.
— Et même à une double noce, répondit M. Valon.
Elle ajouta :
Sylvain est un cœur honnête et généreux ; le choix de ma Suzette ne me fâchera pas.
Questionnaire.
- — Comment avait été la journée ?
- — Que faisaient M. Dumay et Charlot, accoudés sur la table du souper ?
- — Où était Suzette ?
- — Récitez le couplet qu'elle entendit chanter.
- — Quelle voix reconnut Suzette dans celle du chanteur ?
- — Que chanta ensuite une autre voix ?
- — Qu'apereut la jeune fille sur la route ?
- — Racontez la scène touchante du retour.
- — Où entra-t-on ?
- — Comment étaient les jeunes soldats ?
- — Quelle était la raison de leur retour imprèvu ?
- — Comment se passa le souper des nouveaux arrivants ?
- — A quelle occasion et en quels termes Sylvain offrit-il une bourriche à Suzette ?
- — Qu'est-ce qui s'y trouvait ?
- — Qu'avait apporté Jacques ?
- — Que voulaient les deux Martinicains ?
- — Quelle décision prit-on ?
- — Quelles relations s'étaient établies avec la famille Cartier ?
- — Quelles personnes survinrent ?
- — Racontez les incidents de cette dernière partie de la soirée.
DÉVELOPPEMENT DES SUJETS PROPOSÉS POUR EXERCICES.
Géographie et Cosmographie.
- — Quel nom donne-t-on à une bande blanchâtre, semée d'étoiles, qui traverse le ciel ?
- — De quoi est-elle formée ?
- — Qu'est le soleil ?
- — Donnez une idée de la vitesse de propagation de la lumière.
- — Combien la lumière met-elle de temps pour nous parvenir des étoiles les plus rapprochées ?
Pendant les belles nuits, on aperçoit dans le ciel, et à peu près dans la direction du nord au sud, une grande trainée lummeuse qui se divise en deux branches principales, sur près de moitié de sa longueur ; c'est la voie lactée. Elle forme comme un cercle dont nous ne verrions que la moitié.
La voie lactée est une immense agrégation d'étoiles ; on estime qu'elle n'en contient pas moins de 18 millions dans la partie accessible à nos regards. Le soleil est l'une de ces étoiles, et il paraît comme perdu, dans cette fourmilière de mondes, avec son cortège de pianêtes ; c'est un atome dans la poussière lumineuse de la voie lactée.
On sait que la lumière parcourt en une seconde au moins 300,000 kilomêtres,
soit environ huit fois la circonférence du globe ; or les dimensions de la
voie lactée sont si prodigieuses que, pour franchir l'espace
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qui sépare ses deux extrémités, un rayon lumineux
mettrait plus de dix mille années. Cependant elle-même n'est qu'un point
dans l'immensité du ciel, où l'on a déjà reconnu près de 4,500 amas
semblablès d'étoiles. Quelques-uns sont si éloignés que leur lumière met
deux millions d'années à nous parvenir.
La lumière des étoiles emploie un temps considérable à franchir la distance qui les sépare de la terre : ainsi, celle de la plus proche de nous met 3 ans et demi ; il faut 21 ans à celle de l'éclatant Sirius, le plus bel astre du ciel ; à celle de l'étoile polaire, 50 ans ; à celle de la ; Chèvre, 72 ans.
L'imagination est confondue en face de tels nombres et de ces espaces prodigieux où l'œil de l'homme n'avance que pour rencontrer d'autres éspaces, et où la pensée se perd anéantie devant la toute-puissance du Créateur.
Sciences naturelles.
- — Que savez-vous des bananes ? — des noix de coco ? — des cédrats , du gingembre ?
- — Où croit le thé ?
- — Que recherche-t-on dans cet arbrisseau ?
Les bananes sont des fruits des pays tropicaux qui croissent par groupes ou régimes sur un arbre appelé bananier. Elles ressemblent à des fruits de 0m,10 à 0m,12 dé longueur ; leur couleur est jaunâtre, leur saveur douce et sucrée : c'est le fond de l'alimentation de la classe laborieuse dans les pays chauds de l'Amérique.
On appelle noix de coco le fruit du cocotier . Elle est composée d'une enveloppe filamenteuse, ovale et très dure, qui renferme une amande creuse, blanche et succulente, laquelle contient une liqueur laiteuse , agréable au goût.
Le cédrat est un citron d'une odeur fort agréable.
Le gingembre est une plante originaire des Indes dont la racine est d'un goût approchant de celui du poivre .
Le thé , arbrisseau de la famille des camélias, est originaire de la Chine et du Japon ; il s'élève à une hauteur de 1m,30 à 2 mêtres. On n'en utilise que les feuilles, lesquelles sont récoltées deux fois par an, au printemps et en automne, lorsqu’elles commencent à s'épanouir. Après les avoir fait sécher un peu au soleil, on les expose sur des plaques de fer chauffées, puis on les roule sur des nattes avec la paume de la main. On répête plusieurs fois ces opérations, et lorsque le thé , bien desséché, a été privé du principe âcre qu'il renfermait, on le met dans des caisses doublées de lames de plomb où on le tasse autant que possible, pour l'expédier en Europe et on Amérique. L'usage du thé a été introduit en Occident vers la fin du dix-septième siècle ; on en fait surtout usage en Angleterre, en Hollande et aux Etats-Unis.
Économie domestique.
- — Comment prépare-t-on une tasse ou infusion de thé ?
- — Usages de cette infusion .
- — Comment sert-on le thé ?
- — De quoi se compose un dessert ?
- — Comment sert-on et mange-t-on les gâteaux, les fruits , confitures ?
Il y a lieu de rappeler que les espèces vertes de thé ont plus de force et d'arome que les espéces noires ; mais elles irritent et agitent les nerfs ; leur mélange par moitié n'a pas ces inconvénients.
On met dans la théière la quantité de thé nécessaire, laquelle varie selon
le goût ou le besoin que l'on a d'une infusion plus ou moins forte (1). On
verse dessus de l'eau bouillante, et l' infusion est parfaite (1) Il faut environ 8 grammes de thé ou une forte cuillerée
à café pour 2 tasses ; pour 4 tasses, 12 grammes ; 30 grammes suffisent
pour 12 tasses.
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aussitôt que les feuilles sont développées et
tombées au fond (de 5 à 10 minutes). On verse alors le thé dans une tasse ;
on sucre et l'on additionne quelquefois de thé ou d'une petite quantité de
rhum.
Le thé , pris après le repas, facilite la digestion des aliments. Presque indispensable aux grands mangeurs, il est très utile aux gens sobres dont les forces digestives ont décliné ; aux personnes replètes, lymphatiques ; aux constitutions rhumatismales ; à ceux qui se nourrissent d'aliments gras, huileux ou farineux ; aux habitants de climats humides ; enfin, aux vieillards. Il agit avec une merveilleuse efficacité dans les fatigues d'estomac, dans la paresse de digestion qui succèdent aux excès de table et aux veilles.
Quelquefois le thé sert de demi-repas, de collation, comme pour le premier déjeuner et le second souper. Alors il est accompagné de pâtisseries et de pain au beurre, qu'on pose sur la table en même temps qu'un pot de lait et un flacon de rhum. Il constitue ainsi un aliment réparateur.
Un dessert se compose de fromages, de pâtisseries, telles que brioches, babas, gâteaux feuilletés, biscuits de Savoie, biscuits en caisse, nougats, massepains, macarons, meringues; de compotes diverses, de tranches de pêches au sucre, de prunes, d'oranges, de pommes, de poires, etc., de gelées, de raisins, de conserves, etc.
Pour bien servir un dessert , on l'apprête à l'avance en arrangeant sur chacune des assiettes le couvert et le couteau destinés aux convives, et on les dispose en attendant sur une desserte ou une table supplémentaire. On garnit ensuite de grandes assiettes à fruits ayec des feuilles vertes ou de la mousse sur lesquelles on pose les fruits en pyramide, puis on s'occupe des sucreries . Sur le milieu de la table, et au moment voulu, on dispose une pièce plus grande que les autres, telle qu'une pâtisserie, une crème crème ; aux deux extrémités sont des vases en cristal pour les fruits à l'eau-de-vie et les confitures ; les autres assiettes sont placées dans les intervalles des lumières, des bouteilles et carafons. Une assiette doit toujours avoir son assiette correspondante.
On sert dans l'ordre suivant : le fromage , les pâtisseries , les fruits , les compotes, les petits fours et les sucreries.
On mange les gâteaux en les portant délicatement à la bouche avec la main droite ; les fruits doivent être pelés et coupés auparavant, excepté, bien entendu, les cerises , les raisins et autres analogues. Quant aux confitures , on les mange à l'aide d'une cuillere à dessert et jamais avec son couteau.
