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135. — Affaires de cuisine et de famille.
La Parisienne manipula les œufs, lelait, le sucre qui attendaient sur latable. Le lait, sucré, bouillit, se mélangea avec les œufs battus, le tout aromatisé de vanille, puis attendit. Une autre portion de sucre cuisait, et remplissait la maison d'une odeur particulière.
— Ça brûle ! cria Charlot qui entrait.
— Ça ne brûle pas ! c'est le caramel !
C'était le caramel, en effet. Il était là transparent, joliment vitrifié autour du moule.
Un moment plus tard, la crème se coagulait*Coaguler. Se dit d'un liquide épais qui prend de la consistance. irréprochable, dans le four du poêle. Et, bientôt, une main légère et vive la renversait sur le plat, tout d'une pièce, admirablement moulée, onctueuse, brune, caramélisée.
—A toi, Suzette ! A la tarte !
Elle s'y mit.
Ce fut d'abord un mélange assez confus des in-
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grédients de la pâte, et
au-dessus une paire de mains enfarinées qui pétrissaient, allaient, voltigeaient,
jouant du rouleau, du
couteau ; et ce fut
ensuite une jolie assiette de pâte au triple bord gentiment tuyauté, et relevé encore d'un
savant petit coup de doroir*Doroir. Sorte de plume avec
laquelle on dore les pâtisseries. .
Les
Moules à
pâtisserie. 1. Moule pour fromages et
crèmes ; — 2. Moule pour gâteau de riz ; —
3. Moule pour
gâteaux divers ; — 4. Moule pour madeleines; — 5.
Moule rond pour
pâtés ; — 6. Moule ovale pour pâtés ; — 7.
Moule pour
biscuits ; — 8. Cercle pour les tartes ; — 9.
Plaque pour mettre
au four les galettes et les tartes.
prunes de reine-Claude
préparées à l'avance, débarrassées de leurs noyaux, s'y rangèrent ; quelques bonnes pincées
de sucre en
poudre : — et preste au four vif !
Quand elle en sortit, pour une tarte aux prunes, c'était une tarte aux prunes !
On la posa en face de la crème renversée. Les deux cordons bleus se regardèrent en souriant ; et se tournant ensemble du côté de la porte :
— A table ! pour le prix ! crièrent-elles.
Mais on ne vint pas. De l'autre côté de la porte, s'accomplissait aussi une importante affaire, entre M. Dumay et le neveu Louis :
— Vraiment ! tu veux l'emmener à Paris, le faire instruire dans la mécanique ?
— Oui, mon oncle ; mieux vaut être un bon méca-
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nicien qu'un mauvais laboureur. Vous traitez vos terres suivant leurs qualités
; il est bon aussi de traiter les esprits suivant leurs facultés. J'ai fait causer
François ; ce n'est point un
sot.
— Parbleu, je le sais bien qu'il n'est point un sot !... Et Suzette est de ton avis?
— Oh ! il y a longtemps !
— Voyez-vous ça !
Visiblement, M. Dumay achevait de se débattre, et quand Madeleine cria de nouveau : A table ! et que la porte s’ouvrit, il était complètement rendu.
Un moment, en présence des deuxfriandises, la famille, avant de s'asseoir, tint conseil. Charlot en fut. Il accepta la succession de Jacques, car celle de François ne comptait pas.
— Eh bien, soit ! puisque tout le monde le veut, dit enfin le père.
M. François, qui, averti de la délibération, se tenait fort anxieux*Anxieux. Qui est en peine, embarrassé d’esprit. au jardin, fut appelé. On l'informa de la décision. Tout ému de joie, il sauta successivement au cou de tout le monde.
On se mit alors à table, où l'on prit une autre décision, également unanime, sur la question de la crème renversée et de la tarte aux reines-Claude.
Toutes deux furent couronnées ex œquo*Ex œquo. A mérite égal. — et achevées jusqu'à la dernière miette.
Deux jours après, M. François bien chapitré, bien embrassé, partait pour la capitale avec Louis et Madeleine.
Questionnaire.
- — Exposez la manière dont Madeleine prépara la crème renversée.
- — A quel moment Charlot se mit-il à crier ?
- — Comment acheva-t-on la crème ?
- — Dites comment Suzette s'y prit pour confectionner une tarte aux prunes.
- — Que fit-on quand la tarte fut cuite ?
- — Pourquoi ne vint-on pas à l'appel des deux cordons bleus ?
- — Racontez comment Louis décida son oncle à lui confier François.
- — Quel conseil fut tenu avant de se mettre à table ?
- — Racontez le retour de François qui était resté au jardin.
- — Comment apprécia-t-on et jugea-t-on crème et tarte ?
- — Qu'est-ce qui se passa deux jours après ?
DÉVELOPPEMENT DES SUJETS PROPOSÉS POUR EXERCICES.
Industrie.
- — Nommez des machines.
- — Indiquez quelques pièces qu'on rencontre dans presque toutes les machines ; — ce qui les met en mouvement quand elles sont très fortes.
- — Donnez la définition
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d'une machine. - — Services que rendent les machines. Exemples.
- — Qu'est-ce qu'un mécanicien ?
Parmi les machines, on peut citer les horloges, les machines à coudre, les moulins, les locomotives, les pompes, les charrues, les grues, les lampes Carcel, etc. — Dans chacune d'elles, on rencontre des roues simples ou des roues dentées, des pièces qu'actionne la force motrice, des écrous, des boulons, des tiges métalliques.
Lorsqu'il s'agit de mettre en mouvement des machines très puissantes, on a recours aux forces naturelles, telles que le vent, l'eau, la vapeur.
Une machine est donc un ensemble de pièces fixes ou mobiles propre à faire mouvoir, à lever, à tirer, à traîner, à lancer quelque chose. Elle est mise en jeu par l'action directe de l'homme, d'un animal ou d'une force naturelle.
On connaît les merveilleux effets de l'association des efforts vers un même but : c'est une force productive immense. En vain multiplierait-on cent fois par lui-même le travail d'un seul homme, il n'aura pas la centième partie de la puissance que possèdent les efforts combinés et simultanés de cent travailleurs tendant vers un même résultat. C'est ainsi que 10 ouvriers chargés chacun de l'une des opérations que nécessite la fabrication d'une épingle, en fabriquent 48,000 environ par jour, soit 4,800 par tête. S'ils avaient tous travaillé indépendamment les uns des autres, chacun n'eût certainement pas fabriqué vingt épingles.
Les machines sont combinées de façon à réunir dans la main d'un seul travailleur les mille détails d'une fabrication qui, sans cela, en exigerait un grand nombre ; c'est ainsi que les machines exécutent en Angleterre le travail de douze cents millions d'hommes. Par elles, le travail de l'ouvrier est plus facile, moins fatigant et plus productif. On leur doit encore l'avantage précieux d'abaisser le prix des produits et de les mettre à la portée des consommateurs les moins aisés, Ainsi, par exemple, une Bible qui coûtait, avant l'invention de l'imprimerie, une somme correspondant à 3,200 francs de notre monnaie, peut être acquise aujourd'hui pour 4 à 5 francs.
Un mécanicien est celui qui invente, construit ou dirige des machines.
Économie domestique.
- — Exposez comment on bat les œufs, — comment on prépare du caramel.
- — Usages du caramel.
- — Comment feriez-vous un gâteau simple, une brioche, une tarte aux pommes ou aux confitures, un gâteau de Savoie ?
- — Parlez des moules à pâtisserie.
- — Donnez une idée de la confection d'un pâté.
- — Citez quelques villes dont les pâtés jouissent d'une certaine renommée.
Pour battre les œufs, en vue de faire, par exemple, des œufs à la neige, on prend des œufs que l'on casse en deux au-dessus d'un plat creux assez profond ; on verse les blancs dans ce plat en transvasant le blanc et le jaune successivement d'une coquille dans l'autre ; ensuite on fouette avec une fourchette dans un lieu frais.
On entend par caramel du sucre qu'on a fait fondre sur le feu et même un peu brûler. Pour préparer du caramel, on met dans un poêlon 200 grammes de sucre, par exemple, et un verre d'eau ordinaire ; on active le feu de manière à obtenir une ébullition rapide. Bientôt le caramel se forme, et le liquide prend d'abord une teinte blonde qui tourne au brun. Retirez alors du feu, versez un verre d’eau froide, et remettez le tout sur le feu afin que la fusion s'achève.
Lecaramel sert à colorer le bouillon du pot-au-feu, à dorer certains gâteaux, la crème renversée, entre autres.
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GATEAU SIMPLE OU GALETTE DE MÉNAGE. —Disposez sur une table ou sur une de ces planchettes rondes préparées à cet effet, 500 grammes de farine très fine ; mettez dans un trou fait au milieu 300 grammes de beurre et 10 de sel. Pétrissez avec un verre d'eau, et pendant le cours de l'opération versez par portions un autre verre. Fraisez une fois la pâte ; au bout d'une heure, pendant laquelle on a laissé cette pâte au frais, formez et dorez la galette ; faites le dessin avec une pointe mousse de couteau, et mettez au four pendant une demi-heure.
BRIOCHE. — On prépare d'abord le levain, puis la pâte. Pour le levain, mettre dans une assiette 125 grammes de fleur de farine, 12 grammes de levure de bière ou 25 de levain de pain, et un demi-verre d'eau tiède ; délayer de manière à obtenir une pâte molle ; couvrir le tout d'une assiette et déposer dans un lieu chaud sous une couverture.
Pour la pâte, mettre sur la table 300 grammes de farine et placer, dans un trou fait au milieu, un égal poids de beurre, 8 grammes de sel, un demi-verre de lait ou decrème, 9 œufs entiers. Délayer et faire entrer peu à peu la farine ; pétrir la pâte en foulant à plusieurs reprises avec la paume de la main ; incorporer le levain sans trop fatiguer la pâte ; fariner un linge blanc dont on couvre une sébile, une terrine ou une corbeille à pain. Y placer la pâte recouverte du linge et laisser reposer pendant 12 heures dans un lieu chaud à 15°.
Au bout de ce temps, aplatir la pâte, en replier cinq ou six fois les bords vers le centre, et la laisser reposer encore 3 ou 4 heures, recouverte d'un linge. Aplatir encore deux fois, et replier les bords vers le centre sans la fouler ; faire alors une boule ; donner la forme ; poser la tête du morceau en le collant avec de l'eau ; mettre la brioche sur une plaque de tôle un peu beurrée, dorer et enfourner de suite à une bonne chaleur. Il faut environ une demi-heure de cuisson.
TARTE AUX POMMES OU AUX CONFITURES. — Faites de la pâte brisée ; étendez-la mince et la placez sur une tourtière plate qui sera beurrée pour que rien ne s'y attache. Coupez la pâte qui dépasse. Façonnez le bord avec la pince et dorez-le.
Faites cuire la pâte à four gai après avoir placé contre les bords de la tarte, pour les soutenir, de la farine, dupapier ou du carton. Piquez le fond afin d'éviter au four le soulèvement de la pâte.
Placez alors sur la pâte cuite les fruits dont on aura enlevé les noyaux et les queues. Garnissez votretarte et remettez-la au four. Cette cuisson préalable de la pâte la rend plus croustillante que lorsqu'on fait cuire le tout ensemble. Cependant on fait aussi ces tartes en mettant cuire en même temps la pâte avec les fruits arrangés et bien serrés dessus.
Dans les tartes aux confitures, on remplace les fruits par des confitures.
GATEAU OU BISCUIT DE SAVOIE. — Séparez avec beaucoup de soin les jaunes de cinq œufs ; mettez-les dans uneterrine avec 250 grammes de sucre et lezeste d'un citron râpé sur le sucre avant de le réduire en poudre ; battez le tout. Ajoutez 125 grammes de farine séchée au four et passée au tamis pour éviter les grumeaux, de la fleur d'oranger pralinée, hachée fin, en battant encore le tout. Faites ce mélange légèrement pour ne pas donner trop de corps à la pâte, ce qui l'empécherait de faire son effet au four.
Fouettez dans une autre terrine les blancs de telle manière qu'ils soient durs au point de supporter une pièce de deux francs ; mêlez ces blancs avec les jaunes peu à peu au moyen de la cuiller, et en soulevant la pâte sans la battre.
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Vous avez à l'avance beurré unmoule ou une casserole et saupoudré ce beurre de sucre ; mettez-y votre pâte, en prenant soin qu'elle ne remplisse que la moitié du moule. Placez celui-ci sur un feu doux de cendres, avecfeu plus vif sur le couvercle et sous le four de campagne. Au bout d'une heure, le gâteau est parfaitement cuit. Démoulez-le presque froid.
MOULES. — On appelle moule un objet creux taillé et façonné de telle sorte que la matière molle ou détrempée qu'on y introduit reçoit une forme déterminée. Les moules à pâtisserie sont ordinairement en fer-blanc.
PATÉ DE CAMPAGNE. — Hachez 500 grammes de veau et 250 grammes de chair à saucisses et assaisonnez à volonté. Placez cette farce à froid sur une abaisse de pâte faite comme la pâte brisée pour galettes ; posez le tout sur une plaque de four de 0m,32. Recouvrez d'une pareille abaisse ; dorez et faites cuire trois quarts d'heure environ dans un fourquelconque . Il faut un litre et demi de farine. (D'après Audot, Cuisinière pratique.)
Lespâtés de foies gras de Strasbourg, ceux de canards d'Amiens, ceux d'alouettes de Pithiviers, jouissent d'une grande réputation.
