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120. — La France !
Suzette avait parlé d'une voix contenue où vibrait l'émotion.
Le député lui adressa de la main un signe approbatif :
— Voilà de bonnes paroles, Mademoiselle, et de très intelligents sentiments qui devraient être dans toutes les têtes en Europe. Qui, pourquoi la haine, pourquoi la guerre, pourquoi le massacre, pourquoi la ruine ? Ces grandes misères durent depuis le commencement des temps. L'ignorance, la faim, les sentiments de race* Sentiments de race. Sentiments qui nous viennent des ancêtres. et la soif de conquête les ont créées. Mais l'homme a enfin conçu aujourd'hui un bel idéal* Idéal. Ce qui existe seulement dans notre imagination. de paix et de solidarité* Solidarité. Voir no 82. entre les nations.
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Il y a cent ans, la France, la première, appela les peuples à la fraternité. Mais, à ce mot, les rois de tous ces peuples tremblèrent, levèrent des armées pour écraser la grande idée !...
Le député s'arrêta une seconde, le front soucieux :
Jeanne d'Arc à Orléans. En 1429, Orléans, assiégée par les Anglais, était à bout de résistance ; les ennemis avaient élevé des bastilles ou forteresses autour de la place ; Jeanne d'Arc les en chassa en dix jours (mai 1429) et les culbuta dans leur retraite ; les bords de la Loire étaient redevenus libres.— Et à cette heure, reprit-il, ils en lèvent encore. D'immenses amas de troupes,
de canons, de fusils nous entourent, nous menacent du démembrement de la
France, c'est-à-dire de sa mort ! Et la mort de la
France ferait un vide immense dans la civilisation. Car,
il n'y a pas de vanité nationale à le dire, seule, entre les na-
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tions, la France a franchi le cercle
de son intérêt personnel pour s'occuper de l'intérêt du monde ! Elle a pensé à
l'humanité !...
Eh bien ! au jour du péril, ce ne sera pas trop de tous ses enfants autour de cette mère, de tous, entendez-vous ? car ses filles doivent être à la hauteur de ses fils ! Elles doivent tirer de leur cœur, non des larmes, mais des exhortations à l'héroïsme ! elles doivent mépriser le lâche ! elles doivent, comme l'a dit le grand appel de la Convention* Convention. Célèbre assemblée de députés pendant la première Republique., faire les habits et les tentes des soldats, s'il en est besoin ! elles doivent panser les blessés ! enfin, elles doivent se souvenir que, jadis, à l'heure où la France sombrait sous l'invasion, où les hommes perdaient courage, le patriotisme éclata brusquement, magnifiquement, dans une âme de femme, la grande Jeanne d'Arc, et sauva tout !... Aujourd'hui encore, le patriotisme compte sur l'âme des femmes. Elles ne peuvent pas vouloir que le sacrifice qu'une telle patrie commande, un seul de nous le repousse.
Il parlait avec force.
Le père et la fille s'étaient levés comme électrisés.
— Non, non, pas un seul ! s'écria Suzette.
— Pas un seul ! répéta M. Dumay. Monsieur, pardonnez-moi ma démarche... Il est vrai que si je ne l'avais pas faite, je n'aurais pas entendu ces réconfortantes paroles. Elles sont là ! — il frappa sur sa poitrine : — J'ai trois fils, Monsieur ; dès ce moment, je les donne à la patrie !
Le député serra la main de M. Dumay, puis celle de la jeune fille dont les yeux brillaient des belles larmes de l'enthousiasme.
—Oui, oui, dit-il, le cœur de notre Jeanne d'Arc n'est pas mort parmi les femmes de France !
Questionnaire.
- — Comment Suzette avait-elle parlé ?
- — Que lui répondit à peu près le député ?
- — Que rappela-t-il au sujet de ce que firent les Français, il y a cent ans ?
- — Que dit-il de l'aspect actuel de l'Europe ; — du résultat de la mort de la France ?
- — Que conclut-il sur ce qui devra se faire lors de la prochaine guerre ?
- — Quel sera le rôle des femmes ?
- — De quelle femme héroïque doivent-elles se souvenir ?
- — Aujourd'hui, sur quoi compte encore le patriotisme ?
- — Que répondirent Suzette et son père
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DÉVELOPPEMENT DES SUJETS PROPOSÉS POUR EXERCICES.
Morale.
- — LA GUERRE.
- — Quelles peuvent être les causes des guerres ?
- — Qu'est-ce qui rend souvent les guerres inévitables ? Exemples.
- — Qu'est-ce qui doit nous les faire regarder comme une affreuse calamité ? Exemples à l'appui.
Les causes de la guerre sont malheureusement nombreuses. Nous citerons : la nécessite de repousser une invasion, comme nous le fîmes en septembre 1792 ; — l'entrée en campagne de troupes ennemies revendiquant des territoires cédés par les traités, comme la chose eut lieu en 1896, lorsque les Prussiens sommèrent les Français d'evacuer les provinces conquises par Napoléon ; — une insulte à nos representants : consuls, ambassadeurs ; tel fut le principal motif de la guerre déclarée en 1830 au dey d'Alger ; — le refus par un gouvernement étranger de faire droit aux justes réclamations d'un autre gouvernement, pour pillage des biens de ses nationaux, pour mauvais traitements à eux infliges. Ainsi, en 1868, l'Angleterre déclara la guerre au roi d'Abyssinie, qui avait chargé de fers et fait mourir des citoyens anglais au mépris de toute justice.
Rien ne peut alors dispenser les chefs des Etats et les nations elles-mêmes de se résoudre à cette térrible nécessité. Il s'agit de défendre les intérêts les plus essentiels d'un pays, et souvent encore plus que cela, son honneur, son existence ; on ne saurait reculer. Seuls des esclaves dégradés pourraient se résoudre à subir de telles hontes ; mais notre France ignore de pareils abaissements, et quand, en 1792, 1796, 1799, par exemple, elle fut envahie, ce fut un élan extraordinaire de toutes les âmes ; nos soldats électrisés coururent à la frontière et infligèrent à l'ennemi de sanglantes défaites.
Mais de tels résultats ne sont point obtenus sans de cruels sacrifices. Les morts et les blesséss se comptent par milliers, et les familles en deuil pleurent ceux en qui leurs espérances étaient placées ; les campagnes sont ravagées, épuisées par les réquisitions de l'ennemi ; les villes bombardées, incendiées, pillées ; l'ennemi vainqueur dispose en maître de la liberté, de la fortune et de l'existence de tous. Aussi, combien sont criminels les gouvernements qui provoquent sans cause légitime ces terribles calamités ! Souvenons-nous des malheurs de la dernière guerre : Strasbourg dévasté, les régions du Nord, de l'Est et du centre foulées par les Prussiens arrogants et brutaux, épuisées de réquisitions, victimes des plus iniques exécutions ; souvenons-nous de nos pauvres prisonniers affamés, dépouillés, frappés avec brutalité et abandonnés sans soins dans des casemates humides ou sous des tentes pendant les rigueurs d'un hiver prolongé !
Histoire.
- — Quelles transformations et améliorations dans le gouvernement et dans la société demandaient, en 1789, les députés des Etats généraux ?
- — Pourquoi les souverains des nations voisines nous déclarèrent-ils la guerre ?
- — Racontez l'invasion des Prussiens en 1792, la bataille de Valmy et la retraite de l'ennemi.
Les députés des Etats généraux réclamaient qu'il fût donné satisfaction aux demandes suivantes qui, se trouvant dans presque tous les cahiers (1), n'etaient l'objet d'aucune contestation :
Urgence de donner une constitution à la France ; —
droit pour les États genéraux de faire les lois qui, avant d'être
exécutoires, devaient
(1) On désignait sous le nom de
cahiers les mémoires que rédigeaient les divers ordres,
clergé, noblesse et tiers état, réunis dans les assemblées des Etats généraux, pour
exprimer leurs plaintes et leurs vœux.(1) On désignait sous le nom de
cahiers les mémoires que rédigeaient les divers ordres,
clergé, noblesse et tiers état, réunis dans les assemblées des Etats généraux, pour
exprimer leurs plaintes et leurs vœux.
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obtenir la sanction royale, de contrôler les dépenses
publiques, de voter l'impôt ; — abolition des privilèges financiers et
autres, du clergé et de la noblesse ; — admissibilité de tous les citoyens
aux emplois publics ; — liberté du culte et de la presse (1) ; éducation par
l'Etat des enfants pauvres et abandonnés ; — unité de la législation,
publicité des débats judiciaires ; adoucissement des lois pénales ; —
création d'assemblées provinciales pour contrôler la gestion des
fonctionnaires ; — unité de poids et de mesures ; nouvelle division du
royaume ; — liberté de l'industrie, suppression des douanes intérieures ;
remplacement des divers impôts par un impôt territorial et mobilier qui
atteindrait seulement les revenus.
Les puissances étrangères, sur les sollicitations des émigrés, dévoilèrent hautement, en 1791, leur intention de rétablir Louis XVI dans ses anciens droits, et la noblesse comme le clergé dans les privilèges auxquels ils avaient renoncé dans la nuit du 4 août 1789. Ils firent de nombreux rassemblements de troupes sur nos frontières afin d'arriver à ce but, et ils refusèrent de se retirer à moins que la monarchie ne fût rétablie sur ses anciennes bases. C'était une insulte au roi, à la nation, à là constitution jurée par l'un et faite par l'autre. Le roi déclara, le 20 avril, la guerre à l'Autriche et à ses alliés.
Les Prussiens entrèrent en campagne les premiers, et pénétrèrent dans la Lorraine, mal défendue par Luckner. L'émotion fut immense ; l'Assemblée législative déclara la patrie en danger ; on fit de nombreux enrôlements auxquels le généralissime prussien, le duc de Brunswick, répondit par une proclamation menaçante. Longwy fut pris le 20 août ; Verdun capitula le 1er septembre.
Ces tristes événements furent à Paris l'occasion d'affreux massacres dans les prisons.
Les généraux Dumouriez et Kellermann marchèrent à la rencontre des Prussiens ; l'effort principal de la bataille, qui s'engagea le 20 septembre 1792, porta sur la butte de Valmy. Nos conscrits supportèrent le feu avec un sang-froid sur lequel l'ennemi ne comptait pas ; la bataille ne fut guère qu'une canonnade de plusieurs heures, pendant laquelle l'infanterie française repoussa vaillamment les charges de la cavalerie de Brunswick. Le lendemain, l'ennemi battait en retraite.
- A quelles nations la France a-t-elle donné aide et assistance, et à quelles dates (depuis 1790), soit pour assurer leur indépendance, soit pour les soutenir dans l'établissement d'un gouvernement constitutionnel ?
Pendant la première République, elle a donné aide et assistance aux Pays-Bas, à la Suisse, à l'Italie ; sous le règne de Louis-Philippe, à la Belgique et à l'Espagne ; sous Napoléon III, à l'Italie, qui, grâce à nos soldats et à notre or, s'est constituée en une monarchie indépendante.
