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119. — Chez le député.
Un mercredi matin, M. Dumay, en tenue de dimanche, se faisait annoncer à M. Thierry, le député, qui, une fois la semaine, se tenait à la disposition de ses électeurs dans l'hôtel du Dragon d'Or, à Saint-Quentin.
Un peu gêné dans la demande qu'il allait faire, M. Dumay avait prié Suzette de l'accompagner, et remis à un peu plus tard de lui dire pourquoi.
Le député fit entrer le père et la fille. C'était un homme grisonnant, au visage sympathique. M. Dumay exposa sa requête longuement, en s'embrouillant un peu.
Il s'agissait d'obtenir que Jacques partit, non pour les colonies, mais pour une garnison des environs, Saint-Quentin, par exemple, et en revint au plus vite à Fragicourt.
— Bon, répondit le député, écrivez une demande ; vous me l'enverrez à Paris, à la Chambre ; je l'apostillerai*Apostiller. Recommander, par une note ou marge, l'objet d'une pétition..
Monsieur, vous êtes bien bon.
— Votre fils n'est d'ailleurs ni manchot, ni borgne, ni sourd ?
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— Non, Monsieur, heureusement.
Avec une pointe d'ironie, M. Thierry regardait le père, puis la fille. En voyant passer dans les yeux de Suzette un éclair de fierté, il reprit gravement :
Une séance à la Chambre des députés.Cette promesse d'apostille, je l'ai déjà faite six fois ce matin. Deux pères, quatre mères sont venus de meilleure heure que vous me demander de tirer leurs fils de la conscription. Chaque année, pour mon seul compte, je reçois trois ou quatre cents prières de ce genre. Et si on les accordait, qui serait soldat ?
Monsieur, dit Suzette, mon père
et moi nous sommes venus vous demander, avant tout, s'il est bon que des
travailleurs quittent pour un temps si long la
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terre qu'ils cultivent, et si c'est le profit d'un
pays de remplacer en leurs mains la charrue qui fertilise et nourrit, par le fusil
qui tue. Oui, nous demandons pourquoi il faut des soldats ; pourquoi, à l'heure où
nous sommes, les peuples se battent encore, s'égorgent, comme le font entre eux
les lions et les tigres, et se ruinent, au lieu de s'entraider !
Questionnaire.
- — Où se rendit M. Dumay, un certain mereredi ?
- — Pourquoi avait-il demandé à Suzette de l'accompagner ?
- — Que voulait obtenir le fermier en faveur de son fils aine ?
- — Que répondit le député ?
- — Quelle demande fit-il ensuite ? — Que remarqua le député dans les yeux de Suzette ?
- — Que déclara-t il alors au sujet des demandes dout il était assailli ?
- — Quelle réponse sensée et énergique fit Suzette ?
DÉVELOPPEMENT DES SUJETS PROPOSÉS POUR EXERCICES.
Instruction civique.
- — Chaque Français a-t-il la capacité et le loisir de s'occuper de la confection des lois et de la direction du gouvernement ?
- — Qu'en résulterait-il d'ailleurs, s'il le pouvait ?
- — Quels citoyens sont choisis par les électeurs pour remplir cette mission ?
- — Qu'est-ce qu'un député ? Durée de son mandat ; traitement dont il jouit.
Les lois règlent, ordonnent, permettent ou défendent les choses et les actes qui correspondent soit aux intérêts d'une nation, soit d'une portion notable des citoyens. Elles ont encore pour objet de surveiller les grands services de l'Etat, et d'y pourvoir, comme les impôts, la justice et les cultes, l'instruction publique, l'armée, les travaux d'intérêt général. Or, pour établir les lois, il faut des connaissances nombreuses, approfondies, une grande experience, beaucoup de jugement et de prévoyance. Il en résulte que peu de personnes sont capables de s'occuper avec profit de ce travail si important.
Tous les citoyens de l'Etat le pourraient-ils, comment les convoquer tous, entendre leurs opinions, les discuter, les résumer ? C'est tout simplement une impossibilité, d'autant plus que nombre de lois concernant chacune une localité particulière, nont point assez d'importance pour motiver une telle enquête et de tels déplacements.
On a donc été amené de tous temps à inviter les citoyens à choisir, à élire quelques-uns d'entre eux pour s'occuper de la confection des lois. En France, ces élections ont lieu tous les quatre ans, et les électeurs de chaque département nomment un certain nombre de députés pour les représenter dans l'assemblée chargée de préparer les lois. Cette assemblée, qu'on nomme la Chambre des députés, se réunit à Paris sur la convocation du Président de la République.
Une autre assemblée, le Sénat, nommée par les délégués des conseils municipaux, se réunit également à Paris. Elle a aussi le pouvoir de faire des lois ; mais son rôle principal est d'examiner les lois votées par les députés, pour les approuver, les repousser ou les modifier.
Le mandat d'un député duré quatre ans ; chacun touche annuellement une indemnité de 9,000 francs, depuis 1871. Auparavant leurs fonctions, comme celles des sénateurs, étaient gratuites.
Composition.
- — Donnez, d'après la gravure de votre livre de lecture, une idée de la salle oú se réunissent les députés.
- — Parlez du président, des orateurs, des votes.
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La salle où délibèrent les députés, est une vaste pièce au fond de laquelle est une tribune où se tient le président, lequel est élu au commencement de chaque session annuelle. Aux côtés de ce dernier se placent les ministres. En avant de lui, on voit une seconde tribune moins élevée où montent les députés pour soutenir, critiquer ou combattre les projets de lois ; on appelle ceux qui parlent ainsi les orateurs.
Quand la discussion est close, les députés qui sont assis, en face du président, sur des sièges disposés en amphithéâtre, votent, c'est-à-dire déposent dans des urnes que font circuler les huissiers, une boule blanche ou noire selon qu'ils sont favorables ou non au projet de loi. Si le nombre des boules blanches excède celui des noires, le projet est adopté ; dans le cas contraire, il est repoussé.
Le public peut être admis à assister aux séances de la Chambre des députés et à celles du Sénat, dans des galeries placées au-dessus et en arrière des sièges des députés, des sénateurs et du président.
N. B. — L'homme qui se tient debout en avant de la table placée au-dessous de la tribune des orateurs, est un huissier ; on le reconnaît à la chaine qu'il porte au cou et qui tombe sur sa poitrine.
Calcul.
- — L'armée française compte 450,000 soldats dont l'entretien coûte en moyenne 1,095 francs par tête ; chacun d'eux, s'il n'était pas au régiment, pourrait gagner à peu près 14 fr. 75 par semaine : quel sacrifice s'impose la France et quelle perte résulte des nécessités de la défense nationale ?
SOLUTION.
L'entretien d'un soldat coûte en moyenne 1,095 francs.L'entretien d'un soldat coûte en moyenne 1,095 francs.
Celui de 450,000 soldats — 1,095 francs X 450,000 = ... . Celui de 450,000 soldats — 1,095 francs X 450,000 = ... .
Le sacrifice que s'impose la France est donc de....Le sacrifice que s'impose la France est donc de....
Chaque soldat pouvant gagner, par semaine, 14 fr. 75, Chaque soldat pouvant gagner, par semaine, 14 fr. 75,
En un an, il gagnerait 14 fr. 75 X 52 = ..... En un an, il gagnerait 14 fr. 75 X 52 = .....
Les 450, 000 soldats gagneraient..... X 450,000 = ... Les 450, 000 soldats gagneraient..... X 450,000 = ...
La perte subie est donc de....La perte subie est donc de....
