Suzette: a Digital Edition

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103. — Un grand magasin.

Jusqu'aux Ternes, Mlle Villette et Suzette ne tarirent*Tarir. Ne pas arrêter de parler. pas sur la question.

Le panier remis à son adresse, elles remontèrent sur un autre omnibus qui les mena au magasin du Louvre, où la demoiselle devait faire des commandes pour ses amies due Midi. Lorsqu’on revient de province à
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Paris, c'est généralement les bras chargés de paniers et de commissions.

Le magasin du Louvre rappela les grandes Halles à Suzette. C'était une abondance. pareille à celle des victuailles, un amoncellement de choses à faire croire que toutes les créations de l'industrie se concentraient*Concentrer (se). Rassembler des personnes et des choses en un lieu donné. ici.

Elle vit au passage les batistes, les toiles de la Flandre et de la Normandie, les tulles du Pas-de-Calais, les draperies de Lodève, de Sedan, d'Elbeuf, Tulle noir, sorte de tissu en reseau Guipure noire. Dentelle espagnole. les soieries de Lyon, les rubans de Saint-Etienne.

Mlle Villette lui montra particulièrement les broderies de Lorraine, les dentelles d'Auvergne, du Bourbonnais, de la Bretagne, de Valenciennes, d'Alençon, sans oublier celles de Bruxelles, d'Angleterre, de Russie, d'Espagne.

On traversa des salles pleines de bibelots*Bibelot. Petite œuvre d'art de curiosité ou de luxe. chinois et japonais. Les vases de bronze ciselé*Bronze ciselé. Travaillé avec un ciseau d'acier pour obtenir certaines figures ou certains dessins., les potiches*Potiche. Vases de porcelaine de la Chine ou du Japon. de faïence aux couleurs inimitables, les merveilleux cloisonnés*Un vase cloisonné. Vase dont la surface extérieure présente des compartiments séparés par des fils de metal. où des fils ténus*Ténu. qui est fin comme un cheveu. de cuivre dessinent les ornements coloriés par l'émail*Email. Matière analogue au verre, susceptible de recevoir différentes couleurs et qu'on applique à l'aide du feu sur des poteries ou des métaux., les paravents, les laques*Laques. Meubles recouverts d'une gomme-résine appelée laque elle-même. brillants, tenaient fort ouverts les yeux de la jeune visiteuse.


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Mais il fallait se hâter, suivre les jambes frétillantes de Mlle Villette. Elle se disait si pressée qu'on monta tous les étages en ascenseur*Ascenseur. Appareil vertical destiné à remplacer les escaliers..

Et là, des chaussures, des chapeaux, de la lingerie à foison, de la confection. On courait : le long des couloirs s'ouvraient de grandes pièces où vous attendait la tentation de meubles sculptés, de tapis Dentelle de Valenciennes. — Entre-deux et garnitures. Le métier à tisser Jacquard. Jacquard (1752-1834), célèbre mécanicien français, né à Lyon, est l'inventeur d'un métier à tisser qui porte son nom et qui a beaucoup étendu l'art du tissage. Le jacquard sert à tisser des étoffes brochées.
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d'Orient, d'Aubusson, de Beauvais et de ces belles moquettes tissées au jacquard.

La plupart de ces pièces, basses, sans jour, étaient éclairées par une lumière blanche, froide, comme celle d'un clair de lune très intense*Intense. Qui agit fortement., la lumière électrique*Lumière électrique. Produite par l'électricité.. auprès de laquelle celle du gaz n'est plus guère qu'un quinquet fumeux. Ici, comme en bas et partout, à chaque rayon, c'était un tohu-bohu d'acheteurs et d'acheteuses, de vendeurs et surtout de vendeuses pliant, dépliant, offrant la marchandise.

Suzette fut frappée de la pâleur de ces demoiselles de magasin.

Passementerie. On donne ce nom à des ornements contournés avec de la ganse, qui se cousent sur les vêtements ou sur les étolles.

— Allez, allez, lui dit Mlle Villette en touchant sa joue rose, il vaut mieux vivre aux champs qu'ici.

Toutes les commissions faites, on quitta le Louvre.

— Voilà un omnibus ; courons déjéuner !

Car Mlle Villette l'emmenait déjeuner.

— Et où, Mademoiselle

— A mon école.

Questionnaire.

  • — Où allèrent les deux jeunes filles après la remise du panier ?
  • — Pourquoi le magasin du Louvre rappela-t-il les Halles centralès à Suzette ?
  • — Enumérez ce qu'elle vit au passage.
  • — Quelles broderles lui montra Mlle Villette ?
  • — Que renfermaient les salles que l'on traversa ensuite ?
  • — Par quel moyen avriva-t-on aux étages supérieurs ?
  • — Quelles marchandises diverses se trouvent dans les salles de ces étages ?
  • — Quel est le mode d'éclairage adopté au magasin du Louvre ?
  • — Donnez une idée de la foule qui se trouvait là.
  • — Qu'est-ce qui frappa Suzette en considérant les employées ?
  • — Quelle fat la réflexion de Mlle Villette ?
  • — Où emmena-t-elle Suzette ?

DÉVELOPPEMENT DES SUJETS PROPOSÉS POUR EXERCICES.

Géographie.

  • — Trâcer une carte de France d'à peu près 0m,15, de Calais à l'Espagne.
  • — Y marquer les provinces, les départements, tes villes dont il est parlé dans la leçon.
  • — Figurer au nord la côte anglaise ; indiquer Bruxelles.

On ne dessinera pas le contour des provinces ; mais on inscrira leur nom en grosse écriture à l'endroit de leur plus grande dimension, sur la carte de France, comme cela se pratique d'ailleurs dans les atlas.


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Industrie.

  • — Dire ce que c'est que : la batiste, la toite, le drap, les soieries (nommer quelques-unes de ces étoffes), un ruban, de la dentelle, du bronze, de la faïence, un paravent, un lapis, une moquette.

La batiste est une toile de lin très fine et d'un tissu très serré : ce nom vient de celui du premier fabricant, Baptiste, dont la statue se voit à Cambrai.

La toile est un tissu de fils de lin, de chanvre ou de coton.

Le drap est une étoffe épaisse de fils de laine.

On entend par soieries toutes sortes d'étoffes et de marchandises de soie, telles que la faille, le velours, le damas, le brocart.

Un ruban est un tissu de fils de soie ou de laine, plat et mince et qui n'a pas ordinairement plus de trois ou quatre doigts de large.

La dentelle est une sorte d'étoffe à jour et à mailles très fines ainsi nommée parce que les premières qu'on fit étaient dentelées.

Le bronze est un alliage de cuivre, d'étain et de zinc de couleur jaune brun ; il est extrèmement sonore.

La faïence est une sorte de potcrie de terre vernissée, ordinaire ment à fond blanc, ainsi nommée de la ville de Faenza, en Italie, où l'on en fabriqua en premier lieu.

Un paravent est un meuble dont on se sert dans les chambres pour se garantir du vent : il se compose de cadres de bois, assemblés de manière à pouvoir se replier les uns sur les autres, qu'on a garnis de papier ou d'une étoffe de tenture.

Un tapis est une pièce d'étoffe épaisse dont on couvre une table, une estrade, le carreau ou le parquet d'une chambre.

Une moquette est une étoffe à chaine et à trame de fil, veloutée en laine, dont on fait les tapis et dont on recouvre les chaises.

  • ÉCLAIRAGE AU GAZ.
  • — Que se produit-il lorsqu'on chauffe de la houille en vase clos ?
  • — Propriétés de ce gaz.
  • — Comment l'utilise-t-on ?
  • — Où le fabrique-t-on en grand ?
  • — Parler du gazomètre, des tuyaux de distribution.
  • — Dangers de l'emploi du gaz d'éclairage.
  • — Comment on les prévient.

Lorsqu'on chauffe de la houille en vase clos, il se dégage de ce minéral un gaz inflammable, l'hydrogène, mélangé à des parcelles infiniment petites de carbone.

Ce gaz brûle avec facilité en donnant une belle lumière dont le pouvoir éclairant est de beaucoup supérieur à celui des chandelles es bougies. L'idée d'éclairer les rues et les appartements au moyen de ce produit est due à un ingénieur français, Philippe Lebon, et date de 1801. L'indifférence de ses concitoyens pour cette belle découverte et la ruine à laquelle ses essais avaient abouti, le firent mourir prématurément. Les Anglais surent habilement mettre ses idées en pratique, et, en 1805, plusieurs fabriques de Birmingham furent éclairées au gaz ; ce fut seulement en 1818 que ce procédé fut introduit en France.

On fabrique le gaz d'éclairage dans des usines ordinairement situées à la partie la plus basse des villes afin qu'en raison de sa grande légèreté, il puisse facilement circuler à l'intérieur des tuyaux de distribution. Le produit de la distillation de la houille, faite dans de gros cylindres de fonte, est purifié, puis amené sous une énorme cloche métallique appelée gazomêtre De là, il se répand dans les tuyaux qui alimentent les becs de gaz, soit dans les rues, soit dans les maisons.

Le gaz d'éclairage, lorsqu'il prend feu en grande quantité, à l'air libre, fait explosion ; alors les murailles sont ébranlées, les plafonds défoncés, les les vitrines projetées en avant et brisées en mille éclats. Il
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ne faut donc jamais oublier de fermer les becs de gaz, et, des que l'odeur de ce produit se manifeste, en rechercher la cause avec la précaution d'éteindre toutes les lumières.

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