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99. — Marionnettes.
— Voyez, Messieurs, et vous surtout, Mesdames, qui maniez l'aiguille, voyez celle-ci ! Elle n'est pas Messieurs, Desdames, voici monsieur Polichinelle ! voulez-vous avoir l'extrême obligeance de regarder Polichinelle ? percée d'un œil comme vos aiguilles à repriser, à ourler et piquer ; sa pointe. est un crochet, mais je l'appelle aiguille parce qu'en effet elle coud. Regardez : je meus ce volant, elle s'a baisse verticalement*Baisser verticalement. Baisser en suivant la direction d'un fil à plomb., elle traverse le morceau de drap placé là sur la tablette. Maintenant regardez sous la tablette. Qu'apercevez-vous ? ce fil qui s'avance porté par une petite pièce d'acier. Il tourne, s'enroule autour de l'aiguille ; et celle-ci remonte emportant une autre bouclette qu'elle passe dans première. Et ainsi de suite pour former ce joli point chaînette que voilà !
Apres quoi il faisait la quête.
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Mais le joli point de chaînette n'intéressait pas toujours le public au point de lui faire mettre la main à la poche. Les gens tournaient le dos.
C'est alors que le pauvre homme se hâtait de tirer ses marionnettes :
— Messieurs, Mesdames, voici M. Polichinelle ! Voulez vous avoir l'extrême obligeance de regarder Polichinelle ?
Oh ! oh ! Polichinelle ! On revenait en troupe, on appelait les voisins, on voyait rosser le commissaire*Commissaire. Le commissaire de police, dans la comédie de Polichinelle., on riait à gorge déployée.
Et deux, trois, quatre sous refusés à l'inventeur tombaient aux pieds de Polichinelle, ou de Paillasse ou d'Arlequin. Cela se passait en 1830.
Dans les villes et les villages traversés, en cette année, par Thimonier, il y a aujourd'hui des machines à coudre qui font l'aisance de bien des ménages. Il y a aussi des gens qui se rappelleraient sans doute le passage de ce montreur de couseuse et de marionnettes auquel ils ont peut-être refusé un sou !
Thimonier, pourtant, arriva à Paris. Et Paris ne l'entendit pas davantage. Ce furent les tailleurs qui le repoussèrent comme un ennemi, avec la sottise des tisserands, qui, jadis, repoussèrent Jacquard*Jacquard. Mécanicien français, inventeur d'un métier à tisser (1752-1834)..
Il revint à Amplepuis comme il en était parti.
On ne retrouve son nom qu'en 1851, à l'Exposition de Londres, où il obtint enfin une rémunération, mais insuffisante à le tirer de la pauvreté. Il mourut en 1857.
Questionnaire.
- — Que disait Thimonier : 1° de l'aiguille ;
- — 2° du volant ;
- — 3° de ce qui se passait sous la tablette ?
- — Qu'arrivait-il lorsqu'il faisait la quête après ces explications ?
- — Comment ramenait-il les fuyards ?
- — Que recueillait-il après l'exhibition de Polichinelle ?
- — Combien y a-t-il d'années que ces choses se passaient ?
- — Qu'y a-t-il aujourd'hui dans les villes et les villages que traversa Thimonier ?
- — Comment l'inventeur fut-il accueilli à Paris ?
- — Où retrouve-t-on son nom ?
- — Tira-t-il quelque profit de sa belle et utile invention ?
- — Quand mourut Thimonier ?
DÉVELOPPEMENT DES SUJETS PROPOSÉS POUR EXERCICES.
Morale.
- — Pourquoi n'êtes-vous pas d'avis qu'une jeune fille regarde soit les spectacles forains, soit les affiches, soit même les images des devantures, dans les rues d'une ville surtout ?
- — Qu'entend-on par bons exemples, mauvais exemples ?
- — Que produisent les uns et les autres ?
- — Faits à l'appui.
- — Quels avis donneriez
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vous à une de vos compagnes, plus jeune que vous, sur les enfants qu'elle doit fréquenter ou éviter ?
Si la curiosité est légitime chez les enfants lorsqu'elle a l'instruction pour but, elle devient un vice si elle s'applique à des choses qui blessent la pudeur et les convenances ; tels sont les phénomènes des foires et les jongleries des baladins ; telles sont encore bien souvent, dans les grandes villes, les affiches à couleurs tapageuses et les vitrines des marchands de gravures ou de photographies. Une jeune fille qui se respecte évitera de s'arrêter et de regarder ces objets auprès desquels elle trouverait probablement des gens dont le contact ne saurait lui être que préjudiciable.
L'éducation ne peut rien sans l'exemple, a dit un philosophe moderne ; tout cède chez les enfants à la toute-puissante influence de l'imitation ; l'exemple est une force dont l'enfant ne peut se défendre ; il la subit sans le vouloir, sans le savoir. Il est donc nécessaire de mettre sous ses yeux des actions dont le spectacle est un encouragement au bien, de lui faire entendre des paroles excitant de nobles résolutions ; en un mot, de ne lui présenter que de bons exemples. Il est plus nécessaire encore de tenir les jeunes filles éloignées de tout ce qui pourrait les entraîner au mal, souiller leurs âmes, corrompre leurs cœurs. Combien les grandes personnes doivent-elles veiller sur leurs propos pour éviter de froisser la pudeur native de l'enfant, et les pères et mères s'ingénier pour écarter les livres et les journaux dont la lecture serait dangereuse ! Mauvais propos, mauvaises actions, mauvaises lectures, constituent ce qu'on entend par mauvais exemples, et de tristes récits nous apprennent qu'un seul suffit parfois pour perdre à jamais une jeune fille.
Ne fréquentez donc que les enfants dont la société vous est recommandée par vos parents et par vos maîtresses ; évitez, lorsque vous êtes seule dans les rues, de regarder de tous côtés ; ne prêtez pas attention aux propos des gens grossiers ; ne lisez rien qui ne vous ait été remis par les personnes qui ont la charge de votre éducation ; enfin, rompez toutes relations avec celles de vos compagnes dont les conseils et les paroles sont telles que vous n'oseriez pas les répéter devant votre mère.
Composition.
- — Reproduire l'histoire de Jacquard lue par Mme l'institutrice, ou celle de Brémontier, le créateur des plantations de pins dans les landes de Gascogne.
Ce grand et modeste inventeur d'une ingénieuse machine à tisser naquit à Lyon, le 7 juillet 1752. Son père, ouvrier en étoffes de soie, le destina de bonne heure au travail, qu'il lui apprit à connaître et à aimer.
La vue d'une machine du célèbre Vaucanson lui révéla sa vocation de mécanicien, et le voilà qui imagine d'ingénieux appareils pour dévider les fils de soie et les ourdir (1). Malgré l'appui de quelques patrons, il eut à subir mille tracasseries de la part des ouvriers, qui voyaient en lui un ennemi dont les inventions leur enlevaient le travail quotidien.
Jacquard fonda alors pour son propre compte une fabrique de chapeaux de paille ; mais sa maison fut brûlée pendant le siège que subit la ville de Lyon en 1793, et il n'échappa que par miracle aux soldats de la Convention.
De retour dans sa ville natale, il reprit, avec ses travaux, ses re-(1) Ourdir, disposer des fils pour en faire de la
toile.
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cherches mécaniques. Au commencement du siècle,
la Société royale de Londres ayant proposé un prix
considérable pour l'inventeur d'un procédé mécanique applicable à la
confection des filets destinés à la pêche maritime, Jacquard trouva la machine, fabriqua un
filet, le mit dans sa poche et n'y pensa plus.
Cependant le secret de son importante découverte s'était ébruité ; le préfet de Lyon manda Jacquard et lui apprit qu'il avait ordre du premier consul Bonaparte de l'envoyer à Paris avec sa machine.
Une chaise de poste l'emporta rapidement vers la capitale sous l'escorte d'un gendarme. Le premier endroit où on le conduisit fut le Conservatoire des arts et métiers (1) ; les premières personnes qu'il vit furent Bonaparte et Carnot, son premier ministre.
« Est-ce vous qui vous nommez Joseph-Marie Jacquard ? lui demanda brusquement Carnot. C'est vous qui prétendez faire ce que Dieu lui-même ne ferait pas : former un nœud sur une corde tendue ? » — Interdit par ces paroles, Jacquard ne put prononcer un seul mot ; mais Bonaparte le rassura, lui promit sa protection et l'encouragea à poursuivre ses recherches.
Le voilà installé au Conservatoire ; tous les secrets de la mécanique étaient sous ses yeux ; toutes les difficultés s'aplanirent pour lui. On lui commanda de construire une machine pour la confection des filets ; il la construisit. Un châle magnifique qu'il vit lui donna l'idée d'appliquer au tissage de ces étoffes un mécanisme moins cher, et il réussit complêtement. Mais son idée fixe d'économiser des bras et des souffrances pour la fabrication des tissus brochés (2) ne l'avait pas abandonné ; il monta la machine qui porte le nom de Jacquard, et elle parut à l'Exposition de 1801.
Le premier consul récompensa cette admirable découverte, qui a donné une existence nouvelle aux ouvriers lyonnais, par une pension annuelle de 6,000 francs. A Paris, cependant, elle fut accueillie avec indifférence ; à Lyon, par la persécution. Lorsque Jacquard voulut introduire sa machine, les ouvriers s'ameutèrent contre lui ; on le dénonçait de toutes parts comme l'ennemi du peuple et comme l'homme qui devait réduire toutes les familles à la mendicité. Trois fois sa vie fut menacée, et cette haine aveugle en vint au point que l'on crut devoir détruire publiquement le nouveau métier. Il fut mis en pièces sur la place des Terreaux, aux acclamations de la foule.
Aujourd'hui, le métier Jacquard est répandu partout ; son nom est populaire dans l'Europe entière. En 1819, le glorieux mais pauvre inventeur recut la croix de la Légion d'honneur ; il mourut le 7 août 1834 dans le village d'Oullins, à quelques kilomêtres de Lyon. Sa statue de bronze décore actuellement une des places de sa ville natale.
Géographie.
- — Qu'est-ce que l'Angleterre ?
- — Quels produits extrait-on de ses mines ?
- — Que fabrique-t-on en Angleterre ?
- — Parler de la marine anglaise, des colonies anglaises.
- — Quelles sont celles que les Anglais nous ont ravies depuis un siècle et demi ?
- — Donnez des détails sur la grandeur, la population, le commerce, etc., de la ville de Londres.
On entend par Angleterre ou plutôt par
Iles Britanniques une contrée de
l'Europe occidentale située entre la , l'océan (1) Le Conservatoire des arts et
métiers est un grand édifice où l'ou conserve les modèles
de toutes les machines. (2) Un tissu broché est celui où l'on figure
différents dessins dans l'étoffe en y faisant passer des fils d'or,
d'argent, de soie, etc.
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et la
, et
comprenant, avec l'Angleterre proprement dite,
l'Écosse, l'Irlande et
quantité d'îles.
L'Angleterre a un sol extrêmement riche en productions minérales ; chaque année on extrait 150 millions de tonnes de houille de ses mines ; le fer se trouve abondamment dans le sol ; les mines d'étain du comté de Cornouailles, celles de plomb et de cuivre du pays de Galles sont très productives.
Nul pays au monde ne possède un aussi grand nombre de fabriques ; on estime que les machines à vapeur que l'on y emploie exécutent le travail de douze cents millions d'hommes. Les objets principaux de l'industrie anglaise sont : les cotonnades, les draps, les lainages, les machines, les outils, la coutelleris, les armes, le papier, les constructions navales, la bière, etc., etc. L'agriculture donne des produits très abondants en céréales, bestiau et fruits.
La marine anglaise est la plus puissante du monde tant au point de vue militaire que commercial ; elle possède 22,000 navires marchands, plus que toutes les nations du monde réunies.
L'Angleterre a fondé des colonies dans toutes les régions du globe ; elle y domine sur environ 200 millions de sujets ; les principales sont : l'Hindoustan, la colonie du Cap, le Canada, l'Australie. Elle nous a ravi, depuis un siècle et demi, une grande partie de l'Hindoustan, l'ile de France ou Maurice, le Canada et plusieurs îles des Antilles.
La capitale des Iles Britanniques est Londres, la plus grande et la plus riche ville du monde ; elle compte plus de 4,000,000 d'habitants, et son commerce dépasse celui de toute la France. Située sur la , qui mesure 800 mêtres de largeur, à environ 80 kilomêtres de la mer, elle est le rendez-vous de milliers de navires qui débarquent dans des magasins immenses, appelés docks, tous les produits du globe. Londres a des rues magnifiques, des squares immenses, véritables parcs au milieu d'un océan de maisons et de beaux monuments parmi lesquels il faut citer l'église Saint-Paul, celle de Westminster, le palais du Parlement, le palais de Justice, la Tour, le musée Britannique et celui de South-Kensington, auquel rien ne saurait être comparé en France.
