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76. — Les adieux.
Elle et sa malle furent conduites, dans le char à bancs, à la gare de Saint-Quentin, par toute la famille et par Ludivine qui, ayant affaire pour la première fois de sa vie à Tergnier*Tergnier. Localité du département de l'Aisne où aboutissent plusieurs lignes de chemin de fer., pour la première fois aussi allait monter en chemin de fer. Elle était aussi émue que si elle eût trotté au-devant de sa mort.
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Auprès d'elle on était ému aussi, mais à l'idée de la séparation. Des yeux du père coulait de temps en temps une larme qu'il mettait sur le compte de l'air trop vif du matin.
A la gare, le sans-façon des employés, de tous ces hommes à casquettes étranges qui semblent croire que monter en chemin de fer est aussi simple que monter à son grenier, indigna presque Ludivine. Même un d'eux, un gros à face joviale, se mit à rire de ses mouvements troublés, de son vaste panier et de son grand parapluie qu'elle portait sous son bras de façon à menacer ou accrocher les passants.
Et puis, tout à coup, d'une porte ouverte au fond sortit une voix terrible, énorme, qui criait :
— Voyageurs pour Maubeuge, Mons, Bruxelles, Charleroi, Namur, Liège, Cologne, Coblence, Ems, Wiesbaden, Mayence, Francfort-sur-le-Mein, Hambourg, en voiture !
— Disons tout de suite pour le bout du monde ! fit en souriant M.Dumay.
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C'était vrai ; peu s'en fallait que de cette gare, en suivant la ligne du Nord jusqu'au point où elle se rattache, par la ligne belge, à celles d'Allemagne, puis de Russie, on ne pût aller jusqu'aux confins*Confins. Les extrémités d'un pays, d'une contrée, etc. de la terre.
Ludivine restait clouée sur place, entendant le bruit sans les mots, comme il arrive aux gens qui ne savent pas écouter tranquillement.
Les billets pris, on s'embrassa tout en se faisant des recommandations mutuelles :
— Jacques ! veille sur François et Charlot ! François ! au moins pas de sottises, jusqu'à mon retour ! n'est-ce pas, chéri ?
— Oui, oui, va ; d'ailleurs nous serons chez Mme Valon au lieu d'être à Paris.
— Ma fille... — le père essuya encore une larme plus grosse que les deux autres ; l'air du matin devait être devenu plus vif ; — ma chère, ma bonne fille... porte toi bien ; ne nous laisse pas sans nouvelles... écris.
— Oui, cher papa.
Gare de chemin de fer extérieurement et intérieurement.Elle pleurait aussi, Suzette :
Au revoir, Jacques ! au revoir, François ! au revoir, Charlot !
— Mon Dieu ! pourvu que j'en réchappe ! répondait Ludivine aux adieux qu'on lui adressait également.
Elle suivit Suzette, qui gagnait la salle d'attente, tout en se retournant pour saluer des yeux et de la main.
Questionnaire.
- — Où Suzette prit-elle le chemin de fer ?
- — Qui devait voyager avec elle ?
- — Qu'est-ce qui marquait la peine qu'éprouva M.Dumay à se séparer de sa fille ?
- — Qu'est-ce qui indignait Ludivine à la gare ?
- — De quoi rit un gros monsieur ?
- — Que se mit à crier l'employé ?
- — Jusqu'où peut-on aller par les divers chemins de fer aboutissant à Saint-Quentin ?
- — En quel état était Ludivine ?
- — Quelles recommandations Suzette fit-elle à Jacques ?
- — Comment le père prit-il congé de sa chère enfant ?
- — Comment se sépara-t-on ?
DÉVELOPPEMENT DES SUJETS PROPOSÉS POUR EXERCICES.
Morale.
- — SANG-FROID.
- — Quand dit-on qu'une personne montre du sang-froid ?
- — Que fait une personne de sang-froid quand un danger se présente ?
- — Que fait une personne dépourvue de celle qualité ?
- — Qu'en résulte-t-il pour l'une et pour l'autre ?
Une personne montre du sang-froid lorsque, dans un péril, dans une circonstance pénible, elle conserve du calme et se maîtrise.
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Si un danger se présente, une jeune fille qui garde son sang-froid examine la situation et avise aux moyens d'en tirer le meilleur parti, au lieu de s'affoler, de pousser des cris et de courir aveuglement de côté et d'autre. Elle supporte patiemment une injure, une menace, sachant que c'est le moyen le plus efficace de demontrer le peu de cas qu'on en fait, et aussi celui de calmer la personne qui nous outrage.
Une jeune fille dépourvue de sang-froid se précipite au-devant du danger ou perd les occasions d'y échapper ; elle n'a plus sa raison ; aussi ne peut-elle prendre les mesures que réclament les circonstances. Elle se prive encore de la faculté de secourir les autres où elle le fait de manière à exposer inutilement sa vie et sa santé.
Il résulte donc un préjudice mutuel de l'absence de sang-froid.
- CIVILITÉ.
- — Comment une jeune fille doit-elle se tenir et parler dans un compartiment de wagon ?
- — Inconvénients de trop parler.
Qu'elle soit seule, en famille ou avec des amies, une jeune fille gardera la plus grande réserve dans le compartiment où elle s'installera ; elle évitera de dévisager ses compagnes ou ses compagnons de voyage, de prendre part à la conversation si la chose n'est pas absolument nécessaire, de parler ou de rire à haute voix. Ce dernier travers est une marque d'effronterie ou de mauvaise éducation.
Au cours de l'entretien où elle participera durant le trajet, elle ne se permettra pas de critiquer, de blâmer, encore moins de médire; d'abord parce que la chose est vilaine en elle-même, et ensuite parce que, souvent, on se trouve en présence d'inconnus qui ne vous pardonneront pas ces propos inconsidérés, ou qui prendront de vous une opinion délavorable.
Ce qu'elle a de mieux à faire, c'est de lire un bon livre ou de s'occuper à un ouvrage d'agrément : le crochet, par exemple.
Calcul.
- — De Paris à Saint-Quentin on compte 154 kilomètres; on paye pour le trajet : 10 fr. 45 en 3e classe, 14 fr. 20 en seconde, 18 fr. 95 en première :
- — combien économise-t-on en prenant la 3e classe ou la 2e ;
- — à combien revient le parcours d'un kilomètre dans chaque classe ?
Économie des troisièmes : 1° sur les secondes — 14 fr. 20 — 10 fr. 45 — — — : 2° sur les premières — 18 fr. 95 — 10 fr. 45 — Économie des secondes sur les premières.... — 18 fr. 95 — 14 fr. 20 — 10 fr. 45 Prix du parcours d'un kilomêtre en 3e classe. — — 154 14 fr. 20 — en 2e classe. — — 154 18 fr. 95 — en 1e classe. — — — 154 MODÉLE D'UNE TRAITE. Toulon, le 5 juillet 1888. B. P. F. 540 Au 25 septembre prochain, il vous plaira payer à l'ordre de M. Henriet, la somme de cinq cent quarante frunes, valeur en marchandises, que vous passerez suivant mon avis de ce jour. L. TABOURY. A MONSIEUR ROBERT, négociant à LIMOGES.
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Industrie.
- — LE CHEMIN DE FER.
- — Comment la voie est-elle construite ?
- — Qu'est-ce qu'un remblai, une tranchée, un viaduc, un tunnel ?
- — Décrire une gare, un buffet.
- — Comment s'y prend-on pour obtenir un billet ?
- — Nommez les principaux employés.
Sur le parcours à suivre, lequel est indiqué par des tiges de bois plantées dans la direction arrêtée par les ingénieurs, on nivelle le sol de manière qu'il soit horizontal ou qu'il conserve une pente déterminée.
Ce nivellement nécessite : 1° des remblais, amas de terre sur lesquels on établira les rails, et qui offrent une surface solide et bien unie ; — 2° des tranchées, larges fossés aux bords en talus, au fond desquels circuleront les trains ; — 3° des viaducs, ponts établis sur des vallées sèches ; — 4° des tunnels, galeries souterraines creusées sous les montagnes où il serait impossible ou trop dispendieux d'etablir des tranchées ; — 5° des ponts.
Une gare est une vaste construction précédée d'une place ou d'une cour pour l'arrivée des voyageurs et des voitures. Elle comprend un bâtiment central au rez-de-chaussée duquel est la salle où l'on prend les billets. Au premier étage est le logement de la famille du chef de gare. Dans des bâtiments latéraux, qui souvent n'ont pas d'étage, on etablit les salles d'attente et les salles de bagages et de marchandises, ainsi que la consigne. Des constructions de moindre importance servent à remiser les wagons, les ustensiles de service, les lampes, les lanternes, etc.
On appelle buffet une vaste salle attenante à une gare, dans laquelle on donne à manger et à boire aux voyageurs.
Pour obtenir un billet, on se présente au guichet de la salle d'entrée lorsqu'il est ouvert, et l'on demande un billet de telle ou telle classe pour telle ou telle destination. Ex. : Une seconde pour Montauban. Si l'on désire un aller et retour, on s'exprime ainsi : Une troisième, aller et retour, pour Grenoble, par exemple.
Les principaux employés sont : le chef et le sous-chef de gare, les facteurs, le distributeur des billets, les lampistes, les camionneurs.
