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74. — Réconciliation. (Élève, p. 156.)
Si le père tue le veau gras pour célébrer le retour du fils vagabond* Vagabond. Qui erre par les chemins sans but déterminé. qu'il croyait perdu et qui est retrouvé, que fera la mère ? M. Pascal le savait certainement, car à l'arrivée d'une mère attendue, il courut impétueusement à elle et se jeta dans ses bras ouverts. Elle l'y retint en pleurant :
— Malheureux enfant ! malheureux enfant ! que de larmes tu as fait couler ! Ah ! j'en serais morte !
Puis elle embrassa son frère qui lui rendait ce fils adoré. C'est surtout dans l'attendrissement de la réconciliation que les proches sentent la folie de leurs querelles et de leurs divisions. La nièce et les neveux embrassèrent ensuite leur tante.
C'était une femme assez grande, de taille un peu penchée ; les bandeaux de ses cheveux noirs commençaient à s'argenter de fils blancs ; mais ses yeux noirs avaient encore de l'éclat, et sa tenue élégamment simple, son aisance*Aisance. Liberté de corps et d'esprit dans le travail, les manières. aimable disaient qu'elle venait de Paris.
Ses mains surtout furent admirées de sa nièce, pour la gracieuse souplesse, l'adresse des doigts qui rendent si expressives les mains de l'habile travailleuse ! Aux compliments que lui en fit, le soir même, Suzette, elle sourit.
— Eh ! oui, elles ont dû s'exercer, ne pas flâner ; ce sont elles qui, surtout depuis mon veuvage, ont élevé mes trois enfants.
Et regardant celles de Suzette.
— Mais les tiennes non plus ne paraissent pas trop gauches !
— Les miennes ne savent pas tailler, faire une robe.
— Ce n'est pas leur faute ; il faudra le leur apprendre. Elles n'ont qu'à venir un peu à Paris en compagnie des miennes.
Et comme à ce moment M. Dumay s'approchait, la tante Jeanne se tourna vers lui :
— Savez-vous, Denis, que nous allons avoir à Paris une Exposition universelle*Exposition universelle. Exposition dans laquelle figurent les produits de l'industrie et des arts de tous les pays. ? ....
— Oui, on en parle.
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— Et qu'il serait bon de nous y envoyer une jeune fille de notre connaissance, et qui semble avoir des yeux, pour qu'elle y voie cette Exposition, Paris et, par la même occasion, l'atelier de couture d'une tante qui pourrait lui apprendre quelque chose ?
M. Dumay se gratta l'oreille :
— Ma foi, dit-il, je ne dis pas non ; attendons le beau temps.
On passa le reste de la soirée à deviser*Deviser. S'entretenir familièrement. du passé, de la vieille maison paternelle incendiée, que la tante Jeanne regrettait, puis de Marthe, de Louis, le frère aîné, ancien élève de l'école Turgot*École Turgot. Grande école de Paris dont le nom rappelle celui d'un ministre célébre de Louis XVI. et bon mécanicien*Mécanicien. Celui qui lavente, construit ou dirige des machines. : puis de la mémoire, de l'imagination, de la langue trop bien pendue de monsieur l'explorateur, qui baissait la tête sous les sourires un peu railleurs. Sylvain n'était pas là : M. Cartier, sur la recommandation de M. Dumay, l'avait aussitôt accepté dans sa ferme.
Questionnaire.
- — Que fit le père de l'enfant prodigue quand il retrouva ce dernier ?
- — Racontez la scène, touchante qui se passa à l'arrivée de Mme Richard.
- — Comment se réconcilia-t-elle avec son frère ?
- — Faites le portrait de Mme Richard.
- — Que remarqua Suzette ?
- — Quelle proposition fit Mme Richard concernant sa nièce ?
- — Comment M. Dumay l'accucillit-il ?
- — Quels détails donna Mme Richard sur sa famille ?
- — Qu'était devenu Sylvain ?
DÉVELOPPEMENT DES SUJETS PROPOSÉS POUR EXERCICES.
Morale.
- — Racontez la touchante parabole qui a donné lieu à la locution : Tuer le veau gras.
Un homme avait deux fils dont le plus jeune dit à son père : Mon père, donnez-moi la part du bien qui doit me revenir, et le père leur fit le partage de son bien. Peu de jours après, le plus jeune de ces deux enfants ayant réuni tout ce qu'il avait, s'en alla dans un pays fort éloigné, où il dissipa tout son bien en débauches.
Après qu'il eut tout dépensé, il arriva une grande famine en ce pays-là, et il commença à tomber dans l'indigence. Alors il s'en alla et se mit au service d'un habitant du pays qui l'envoya à sa maison des champs pour y garder les pourceaux. Et là, il eût souhaité se nourrir des glands que les pourceaux mangeaient ; mais personne ne lui en donnait.
Enfin, étant rentré en lui-même, il dit : Combien y a-t-il de serviteurs dans la maison de mon père qui ont du pain en abondance, et moi, je meurs ici de faim ! Il faut que de ce pas je m'en aille trouver mon père et que je lui dise : Mon père, j'ai péché contre le ciel et contre vous, et je ne suis plus digne d'être appelé votre fils : traitez-moi comme l'un des serviteurs qui sont à vos gages.
Il partit donc et s'en vint trouver son père. Lorsqu'il était encore bien
loin, son père l'aperçut et en fut touché de compassion ; courant à lui, il
se jeta à son cou et le baisa. Et son fils lui dit : Mon père, j'ai
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péché contre le ciel et contre vous, et je ne
suis plus digne d'être appelé votre fils. Alors le père dit a ses serviteurs
: Apportez promptement la plus belle robe, et l'en revêtez ; et mettez-lui
un anneau au doigt et des souliers aux pieds. Amenez un veau gras et tuez-le
: faisons bonne chère et réjouissons-nous, parce que mon fils que voici
était mort, et il est ressuscité ; il était perdu et il est retrouvé.
(Évangile selon saint Luc.)
Composition.
- — Montrez en quoi vous pensez que les expositions présentent de l'utilité.
- — Donnez des exemples
(locaux d'abord).
- SOMMAIRE.
- — Ce qu'est une exposition :
(Entreprise dans laquelle on fait appel aux producteurs et aux industriels pour qu'ils apportent et mettent en vue, dans un vaste local, tous les produits du sol, de l'industrie et des arts. Une exposition est universelle quand on y reçoit les produits de tous les pays du monde.) On ne connaît bien les choses qu'en étudiant leur forme, leur organisme, leurs propriétés ; on n'améliore ses procédés qu'en les comparant à ceux des autres et en faisant son profit des changements qu'on remarque. — Où pourra -t-on faire ces etudes, ces remarques ? — Parler des expositions agricoles, horticoles, scolaires, des comices agricoles, puis arrivez aux expositions de plus grande importance.
Histoire.
En 1725, le célèbre Saint-Simon écrit au cardinal Fleury a que les pauvres gens de Normandie mangent de l'herbe, et que le royaume se tourne en un vaste hôpital de mourants et de désespérés. On vit alors se former une association de financiers qui achetaient tous les blés ; en formaient des magasins immenses, pour vendre cette denrée à un prix exorbitant lorsqu'ils avaient ainsi produit la disette. Louis XV fit une avance de dix millions à cette entreprise abominable, et il se « vantait à tout le monde du lucre infâme qu'il faisait sur ses sujets. » (LACRETELLE, Hist. de France.)
Alors la famine ne quitta plus les campagnes ; elle redoubla en 1740, 1741, 1742, 1715, 1767, 1768, 1775, 1776, 1784 et, enfin, en 1789.
Le comte d'Argenson écrivait en 1740 : « Au moment que j'écris, en pleine paix, avec les apparences d'une récolte abondante, les hommes meurent autour de nous comme des mouches, de pauvreté et broutant l'herbe... Le duc d'Orléans porta dernièrement au conseil du roi un morceau de pain de fougère, il le posa sur la table en disant : Sire, voilà de quoi vos sujets se nourrissent. C'est aujourd'hui, ajouta-t-il, à faire pitié même aux bourreaux. »
Duval, en 1752, rentre en Allemagne après un voyage en France, et il écrit : « Ce qui me frappa le plus dans ce long trajet, ce fut qu'au lieu de ces momies vivantes en haillons de toile et en sabots qui peuplent les huttes et les chaumières de ma chère France, je ne vis en Allemagne que des cultivateurs forts et robustes et des artisans bien vêtus, bien nourris et logés comme des hommes doivent l'être. »
En 1752, le parlement de Normandie constate « que les paysans, pour ne pas mourir trop vite de faim, en étaient réduits à se former des nourriture qui font horreur à l'humanité. »
La noblesse, le clergé ainsi que la plus grande partie de la riche
bourgeoisie, ne payant point d'impôts, le peuple était écrasé sous des
charges si lourdes qu'elles égalaient 85 p. 100 du produit de l'industrie et
de l'agriculture. Alors, les paysans découragés cultivaient mal leurs
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terres, arrachaient leurs arbres et leurs vignes et
n'élevaient presque plus de bétail : tous les historiens contemporains en
témoignent.
Turgot (1727-1781), après des études sur les réformes à accomplir dans l'intérèt de la nation tout entière, fut nommé intendant du Limousin ; il y établit la libre circulation des grains, adoucit le système des impôts, répara les routes, organisa des bureaux et ateliers de charité et acquit ainsi une véritable popularité.
Appelé au ministère en 1774 par le roi Louis XVI, il entreprit dans l'Etat les réformes qu'il avait essayées à Limoges ; il voulait, entre autres, le remplacement de tous les impôts par l'impôt foncier et la destruction des droits féodaux. Ses réformes, ses projets lui suscitèrent des ennemis ; tous les privilégiés se liguèrent contre lui et Louis XVI s'en sépara avec douleur en 1776. « Il n'y a que M. Turgot et moi, disait-il, qui aimons le peuple. »
Industrie.
- — LES EXPOSITIONS.
- — Qu'est-ce qu'exposer une chose ?
- — Qu'entend-on par exposition ?
- — Parlez des petites expositions que vous avez déjà vues.
- — De quoi se composent les bâtiments d'une exposition départementale, nationale ou universelle ?
- — Qu'y place-t-on ?
Exposer une chose, c'est la placer sous les yeux du public pour que chacun ait la facilité de l'examiner.
Les expositions sont des entreprises... (Voir page précédente, au Sommaire du sujet de composition.)
Il y a des expositions locales et cantonales qui comprennent le plus souvent les produits des champs, des vergers, des jardins ainsi que des parterres de fleurs ; on y joint les instruments agricoles, du bétail, des chevaux. — Les expositions départementales comprennent les mêmes objets, augmentés de produits industriels et, plus d'une fois, des travaux des écoliers dans leurs classes. — L'exposition est nationale quand il a été fait appel à tous les producteurs et artistes d'une contrée ; elle est universelle lorsque tous les peuples sont conviés à y prendre part.
