Suzette: a Digital Edition

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72. — Souvenirs d'histoire.

Un pan de vieux mur lézardé*Lézardé. Qui présente des crevasses dans la maçonnerie. , d'anciens glacis*Glacis. Pente douce et unie aboutissant à un fossé. couronnés de sombre verdure, un fossé comblé par les orties et les ronces, c'est tout ce qui reste au Catelet de son belliqueux*Belliqueux. Qui se rapporte à la guerre. passé.

Cette forteresse, à qui fut jadis confié l'honneur de garder la frontière de France contre les attaques de l'empereur Charles-Quint, n'avait déjà plus rien à faire lorsque Louis XIV, par la conquête de la Flandre, recula de ce côté les bornes du pays jusqu'où nous les voyons encore aujourd'hui.

A ces détails donnés par Jacques et sa sœur, Pascal ouvrait de grands yeux.

— Eh bien ! qu'y a-t-il donc de si étonnant à notre histoire, cousin Pascal ?

— Voilà, cousin, répondit-il : à Paris, on croit que les gens de la Le château de Coucy. Les châteaux forts étaient défendus par un fossé, de hautes murailles et des tours ; un pont-levis, sorte de petit pont mobile qui s'abaissait ou s'élevait au-dessus du fossé, en permettait ou en défendait l'accès. campagne ne savent que planter des choux et garder les vaches.

— Bon ! mais aujourd'hui ils savent aussi lire.

— Et, ajouta Suzette en riant, ils seraient même capables d'explorer l'Afrique comme toi.

— Pourquoi, reprit Jacques, resterions-nous éternellement en arrière des villes ? Ici, par exemple, à Fragicourt, la jeunesse a appris que la petite motte de terre où se dresse son village est de noble terre, de terre de France ; que les efforts, les vicissitudes*Vicissitudes. Changement de choses qui se succèdent les unes aux autres., les malheurs et les gloires de la patrie y ont marqué leur
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trace. Et devant l'histoire de son passé, cette jeunesse s'émeut et comprend son devoir, tout comme celle de Paris ! Les livres nous font vos égaux.

Questionnaire.

  • — Que reste-t-il au Catelet de son belliqueux passé ?
  • — Quels détails donnèrent Jacques et Suzette sur la vieille forteresse ?
  • — Pourquoi Pascal était-il étonne ?
  • — Que répondit-il à la question qu'on lui posa à cet egard ?
  • — Qu'ajouta malicieusement Suzette ?
  • — Que dit Jacques de l'histoire de son village natal ?

DÉVELOPPEMENT DES SUJETS PROPOSÉS POUR EXERCICES.

Histoire.

  • — Décrire un château fort.
  • — A quelle époque et pourquoi la France en fut-elle couverte ?
  • — Qu'est-ce que Charles-Quint ?
  • — De qui tenait-il les Pays-Bas ?

Les châteaux forts dont la France se hérissa à l'époque de la féodalité, étaient presque toujours construits à mi-côte. Quelquefois ils étaient bâtis au sommet d'un rocher et en rase campagne pour commander une vallée ou le passage d'une rivière.

Tout château se composait d'un certain nombre de parties essentielles telles que fossés, ponts, portes, tours, créneaux, plates-formes, donjon et souterrains. Les fossés étaient quelquefois remplis d'eau et protégés par des fortifications, extérieures. De l'autre côté s'élevaient la masse imposante des murailles flanquées de tours aux angles, et le donjon, énorme tour qui servait de dernier refuge lorsque l'enceinte avait été emportée d'assaut.

La porte du château ne laissait ordinairement qu'un passage étroit et resserré entre doux tours ; le pont-levis la précédait et, en se relevant, la couvrait contre les attaques de l'ennemi. On ajoutait à cette défense une herse, lourde grille de fer ou un système de pieux qui glissaient dans des rainures pratiquées aux parois des murailles ; en arrière, on voyait d'énormes portes hérissées de fer. Dans les murs latéraux, on ménagea plus tard des meurtrières, ouvertures très étroites faîtes pour donner passage aux flèches ou aux balles, et des embrasures pour les canons.

Les tours soutenaient les murs et contenaient les magasins ; elles étaient ordinairement couronnées d'espèces de boucliers de maçonnerie appelés créneaux, qui protégeaient les défenseurs des remparts tout en leur permettant de faire usage de leurs armes. Les portes et fenêtres, placées à une hauteur où l'escalade était possible, étaient défendues par des balcons munis d'un parapet élevé et à jour dans la partie inferieure ; dans la suite, on multiplia ces parapets et on en garnit le pourtour des murailles ; sous le nom de machicoulis. Les espaces laissés vides permettaient de lancer des projectiles sur les assaillants.

Dans l'espace qui séparait les tours et aux angles saillants, on élevait souvent des guérites de pierre qu'on appelait échauguettes, destinées à abriter les sentinelles.

A l'intérieur du château, on entrait dans un terrain nommé la basse cour : c'est là qu'étaient les logements, la chapelle, les magasins, les écuries ; on y vovait encore une mare, des citernes ou un puits.

Le donjon était construit ordinairement dans le lieu le plus élevé et de l'accès le plus difficile ; mais il n'avait pas de place déterminée ; tantôt il touchait aux remparts comme au château de Coucy, tantôt il était complètement isolé comme dans le château de Vincennes. Il con-
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sistait quelquefois en plusieurs tours appelées bastilles, mais, le plus souvent, en une soule tour très élevée nommée la maîtresse tour du château. Le passage des escaliers conduisant aux salles était barricadé par des grilles et des portes ; des boules de pierre énormes placées en réserve sur les paliers pouvaient être roulées dans les escaliers de manière à obstruer le passage et à renverser même un ennemi victorieux.

Les souterrains servaient de magasins, de caves, de prisons ou d'asile en cas de prise de la forteresse. Les oubliettes étaient des puits profonds où l'on précipitait les criminels ou les victimes.

La France fut couverte de châteaux forts à l'époque de la féodalité, du dixième au douzième siècle ; ils servirent d'abord d'asile aux populations des campagnes contre les invasions ennemies, telles que celles des Normands ; plus tard, ils les protégeaient dans les guerres de seigneur à seigneur. Ils existèrent jusqu'au dix-septième siècle ; ils n'étaient plus, à cette époque, que la terreur des paysans et le repaire de quelques brigands féodaux qui bravaient la loi et le roi. Richelieu ordonna de faire disparaître ces derniers vestiges de l'ancien régime. (D'après CHÉRUEL.)

Charles-Quint (1509-1558), empereur d'Allemagne, roi d'Espagne, souverain des Pays-Bas, était le fils de Philippe le Beau, archiduc d'Autriche, et de Jeanne la Folle, fille de Ferdinand, roi d'Espagne. Il y eut des guerres nombreuses entre lui et les rois de France François Ier et Henri II. Il possédait les Pays-Bas par héritage de sa grand-mère, Marie de Bourgogne, fille unique de Charles le Téméraire.

Géographie.

  • — Quels sont, pour notre pays, les départements frontières ?
  • — Quelles forteresses y remarque-t-on ?
  • — Qu'est-ce qu'une forteresse ?
  • — Esquisser la carte de l'Alsace-Lorraine.

Les départements frontières sont ceux du Nord, des Ardennes, de la Meuse, de Meurthe-et-Moselle, des Vosges, le territoire de Belfort, du Doubs, du Jura, de l'Ain, de la Haute-Savoie, de la Savoie, des Hautes-Alpes, des Basses-Alpes et des Alpes-Maritimes.

Sur la frontière d'Espagne, ce sont les départements des Pyrénées-Orientales, de l'Ariège, de la Haute-Garonne, des Hautes-Pyrénées et des Basses-Pyrénées.

Les forteresses ou villes fortes des départements frontières sont : Lille, Douai, Valenciennes, Bouchain, Cambrai, Le Quesnoy, Maubeuge, Avesnes, Rocroi, Givet, Mézières, Sedan, Montmédy, Verdun, Longwy, Toul, Nancy, Épinal, Belfort, Besançon, Briançon, Embrun, Perpignan, Lourdes, Bayonne.

Il existe en outre quantité de forts, notamment sur la frontière qui s'étend de Verdun à la Méditerranée.

Sciences naturelles.

  • — Qu'entend-on par plantes nuisibles ?
  • —Nommez-en qui croissent sur les terrains incultes.
  • — En quoi chacune de ces plantes est-elle préjudiciable ?
  • — Que doivent faire les cultivateurs ?
  • — Quel parti peut-on tirer des épines et des orties ?

Les plantes nuisibles sont celles qui, par leur multiplication, épuisent le sol et entravent le développement des plantes utiles dans les lieux cultivés.

Sur les terrains incultes, on voit principalement des chardons, des épines, des orties.

Dans les champs et prairies, on remarque :

1° Le chiendent, qui étend de tous côtés ses racines souterraines et se multiplie avec rapidité. Des labours, des hersages répétés par un temps bien sec et l'enlèvement des tiges sont les meilleurs moyens de s'en débarrasser.


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2° La cuscute, plante à rameaux filamenteux rougeâtres, très nombreux, qui s'implantent sur les tiges des plantes fourragères et les font périr.

3° La folle avoine, dont les racines ressemblent à de petits oignons qui peuvent produire chacun une tige ; elle est aussi pernicieuse que le chiendent.

4° Le chardon, qui repousse toujours quand on le coupe et dont la multiplication est lacilitée par le nombre prodigieux de ses graines ; il étouffe les plantes utiles dans les champs dont on ne l'a pas extirpé.

5° Le sénevé ou moutarde sauvage, plante à fleur jaune, qui produit les mêmes effets que le chardon. Il faut l'arracher avant la maturité de la graine.

On emploie les épines pour former des clôtures et pour le chauffage ; les orties hachées sont recherchées par la plupart des volailles de la basse-cour.

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