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55. — Les explorateurs*.
La compagnie s'était retirée ; la famille venait de s’asseoir autour du poêle ; Suzette achevait de ranger la vaisselle. Avec le soir qui tombait, le vent glacial s'était levé ; il hurlait à réjouir les gens bien à l'abri, au coin d'un bon feu.
Tout à coup on frappa à la porte :
— Eh bien ! qui vient là, à cette heure ? car, à Fragicourt, riche ou pauvre, on ne frappe jamais aux portes ; on entre comme au moulin. On frappa encore.
— Entrez !
Deux garçons parurent sur le seuil, et l'un des deux, qui semblait pourtant le
plus jeune, prit la parole pour demander la permission de se reposer un moment
avec son compagnon ; car ils venaient de loin et ils allaient (1) La saumure
est composée avec de l'eau où l'on a fait dissoudre du sel par petites
quantités, après y avoir mis d'avance un œuf. On la verse dans le saloir quand
elle est froide.
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loin ! Le froid piquait ; cette maison étant la première du
village et d'air très avenant, ils avaient pensé qu'elle ne refuserait pas
d'accueillir des marcheurs fatigués.
Cela fut dit avec une politesse assurée*Politesse assurée. Qui indique une certaine confiance en soi., un accent qui ne sentaient pas du tout le village. L'orateur ajouta même avec grâce :
— Nous vous souhaitons à tous une bonne année !
Il paraissait a voir quatorze ou quinze ans. Il était bien vêtu, presque élégamment.
Le second étranger se tenait coi*Coi. Sans bouger.. Il était un peu plus grand que son compagnon, avec des vêtements râpés, des souliers endommagés sous la poussière qui les couvrait. Mais il avait de beaux yeux, quoique légèrement farouches.
Deux garçons parurent sur le seuil.Asseyez-vous, dit M. Dumay.
Suzette avança deux chaises près du poêle. Ils s’assirent en remerciant.
— Et d'où venez-vous donc comme ça, s'il vous plait ?
— Nous venons du fond de l'Afrique, Monsieur, répondit le premier, du fin fond*Fin fond. L'endroit le plus éloigné. de l'Afrique.
— Diable ! c'est marcher !
— Oui, nous sommes des explorateurs.
— Des... ?
— Des explorateurs.
Il avait les yeux vifs, le nez en trompette comme
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François. M. Dumay le constata en ce moment à la
clarté de la lampe qui donnait en plein sur ce jeune visage ; mais cela ne lui
apprit pas du tout ce que c'était que des explorateurs. A Fragicourt, on voyait bien pas-
Les petites industries. Chaudronnier. — Rempailleur. —
Rémouleur.
ser de temps en temps des chaudronniers, des rémouleurs, des
rempailleurs ; mais des explorateurs, jamais.
Les petites industries. Chaudronnier. — Rempailleur. —
Rémouleur.
Jacques vint à l'aide .
— Vous avez exploré l'Afrique ? demanda-t-il.
— Mais oui, comme vous voyez ; et nous nous dirigeons maintenant vers l'Amérique du Nord.
Questionnaire.
- — Que se passait-il dans la maison à l'issue du dîner ?
- — Quel temps faisait-il ?
- — Qu'entendit-on tout à coup ?
- — Pourquoi fut-on surpris ?
- —Qu'apparut-il sur le seuil ?
- — En quels termes le plus jeune des arrivants demanda-t-il l'hospitalité ?
- — Qu'annonçait la facon dont il s'exprimait ?
- — Qu'ajouta-t-il ?
- — Comment était chacun des deux étrangers ?
- — Quelle question posa le fermier ?
- — Que répondit l'un des jeunes gens ?
- — Que présentait de particulier sa physionomie ?
- — Que demanda Jacques et quelle réponse fit-on ?
DÉVELOPPEMENT DES SUJETS PROPOSÉS POUR EXERCICES.
Morale.
- — LE DEVOIR D'HOSPÎTALITÉ.
- — Quelles personnes sollicitent parfois un asile, un abri, surtout dans les campagnes ?
- — Comment faut-il les accueillir ?
- — Quelles sont les gens dont il faut se défier ?
- — Que faut-il chercher à procurer á ces individus quand ils sont valides ?
- — Que pensez-vous de ceux qui refusent de secourir les vrais pauvres ?
« Franchis le seuil du pied, ô voyageur ! sois le bienvenu dans ce pays ;
pose ton bâton près de cette muraille.« Franchis le seuil du pied, ô voyageur ! sois le bienvenu dans ce pays ;
pose ton bâton près de cette muraille.
« Prends place au plus haut de la table, car il convient d'honorer« Prends place au plus haut de la table, car il convient d'honorer
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son hôte. Dispose de tout ; rafraîchis-toi après les fatigues de la
journée.son hôte. Dispose de tout ; rafraîchis-toi après les fatigues de la
journée.
« Si quelque vengeance inique te chasse de ta patrie, demeure sous mon
toit comme un ami qui m'est cher.« Si quelque vengeance inique te chasse de ta patrie, demeure sous mon
toit comme un ami qui m'est cher.
« Je ne demande qu'une chose : respecte les mœurs pieuses de nos pères,
le deuil sacré de la maison. »« Je ne demande qu'une chose : respecte les mœurs pieuses de nos pères,
le deuil sacré de la maison. »
C'est en ces termes que le poète allemand Uhland rappelle et décrit le devoir d'hospitalité en faveur des gens honorables qu'a frappés le malheur. Mais, en général, accordons à l'infortune les secours que notre position nous permet de lui offrir ; accueillons les pauvres avec bienveillance toutes les fois qu'ils paraissent mériter notre pitié et nos sympathies.
Procédons néanmoins avec discernement et que nos aumônes ne soient jamais un encouragement à la paresse et aux mauvais instincts de ces dangereux vagabonds qui promènent par vaux et par chemins leur incurable fainéantise. Si l'un de ces individus frappe à notre porte, demandons-lui à quel travail il est propre ; offrons-lui nos bons offices pour lui en procurer et adressons-le à l'autorité municipale pour qu'il soit pourvu à ses besoins les plus urgents.
On ne saurait trop flétrir la dureté de cœur, l'égoïsme et l'avarice de ceux qui refusent de secourir les véritables pauvres, notamment les veuves, les orphelins et les vieillards sans famille.
Civilité.
- — Comment annonce-t-on son arrivée à la porte d'une maison, d'une chambre ?
- — Comment s'introduit-on auprès des personnes chez lesquelles on est envoyé ?
- — Comment les enfants admis dans une maison doivent-ils saluer, s'asseoir, parler ?
On annonce son arrivée à la porte d'une maison en tirant le cordon de la sonnette de manière qu'elle résonne doucement, ou bien on frappe à la porte s'il n'y a ni timbre ni sonnette. Il en est de même lorsqu'on désire entrer dans une chambre où il se trouve quelqu'un.
Si l'on est introduit, on pénètre dans l'intérieur de la pièce en saluant les personnes présentes par une inclinaison de tête ; les jeunes gens se découvrent. Puis on se dirige vers le maître ou la maîtresse de maison et on leur expose l'objet de sa visite, s'il s'agit d'affaires ; on s'assied sur le siège qu'on vous indique ou présente, en attendant, pour parler, qu'une question ait été posée à cet égard. Il faut se garder de s'appuyer sur le dossier de la chaise, de croiser les jambes, de les écarter et de poser les mains sur ses genoux ; on répondra d'un ton naturel en évitant de forcer sa voix ou de parler trop bas.
Géographie.
- — Qu'est-ce que l'Afrique ?
- — Que présentent d'étrange la plupart de ses habitants ?
- — Que savez-vous du climat de cette partie du monde ?
- — Quelles en sont les régions les moins connues ?
- — Faites-en le croquis et marquez les colonies françaises.
L'Afrique, qui est l'une des cinq parties du monde, forme une grande presqu'île séparée de l'Europe par la Méditerranée et réunie à l'Asie par l'isthme de Suez. Elle est peuplée en grande partie par des peuples de race nègre, à demi civilisés ou sauvages et, le plus souvent, en hostilité les uns avec les autres. Ce pays produit les végétaux les plus précieux : le café, le cotonnier, des graines oléagineuses et des fruits excellents. La vigne y donne, au nord et au sud, des produits qui rivalisent avec les bons crus de France.
Le climat de l'Afrique est extrêmement chaud ; il est fort malsain sur les côtes des régions de l'équateur, ce qui les rend presque inhabitables pour les Européens.
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On connaît peu l'intérieur de l'Afrique; depuis trente ans seulement, d'intrépides voyageurs ont pénétré dans cette région où ils ont trouvé des contrées fertiles, des lacs immenses, de grands fleuves et de hautes montagnes. Parmi ces explorateurs, nous citerons les Français Caillié, Mage, Duveyrier, Lejean, Soleillet, et les étrangers Livingstone, Burton, Speke, Grant, Baker, Overweg, Richardson, Barth, Nachtigall, l'illustre Stanley, Cameron et Serpa-Pinto.
