Suzette: a Digital Edition

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47. — Récolte.

Juillet arriva avec son chaud soleil qui gonfle, dore les épis et donne à la terre son aspect le plus doux, le plus maternel.

C'était l'heure de la moisson, le coup de collier*Coup de collier. Effort énergique. des longs jours, le fauchage, la mise en gerbe, le charroi, l'engrangement, le battage, t'ensachement de la récolte; l'heure après laquelle, tout ce labeur achevé, le travailleur essuie la sueur de son front, contemple le fruit de sa peine et se dit d'un cœur joyeux : « La misère, le froid, la faim ne viendront pas s'asseoir cet hiver a
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mon foyer; je verrai autour de ma table des visages frais, souriants de santé et de plaisir! »

Quand le chariot des Dumay passa et repassa avec ses gerbes de blé, de seigle, d'orge, plus pressées, plus grenues* Grenu. Qui porte beaucoup de grain. qu'en tout autre chariot du village, on le regarda avec un peu de surprise et d'envie.

Les travaux des champs. 1° Le fauchage ; 2° la mise en gerbes ; 3° le chargement sur la voiture ; 4° le battage avec le fléau ; 5° la mise au grenier de la paille ! 6° la mise en sac du grain.

Car les gens de Fragicourt, comme de beaucoup d'autres endroits de France et d'ailleurs, avaient cru jusqu'ici que, seul, un insensé*Coup de collier. Effort énergique. pouvait ne pas agir selon la vieille routine *Routine. L'ancien usage avec ses inconvénients, ses défauts..

Ils avaient donc ri presque tous des chasses continuelles des Dumay aux chardons, à la camomille, à la
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fumeterre, aux autres pestes. Ils s'étaient surtout moqués de là singularité*Singularité. Façon d'agir qui ne ressemble point à celle des autres. de Jacques à combler le moindre espace de terre laissé vide par quelque accident, soit en y repiquant la plante, soit en l'y rempla 1. Chou cabus. — 2. Chou Milan. Plantes potagères alimentaires, légèrement indigestes cependant. Chrysanthème. Plante d'ornement, à fleurs jaunes. çant par une plante d'autre espèce, ainsi qu'il avait été fait pour le champ ou les betteraves, ravagées par les vers blancs, furent remplacées par les choux de Bruxelles.

Le potiron. C'est une plante potagère qui donne une soupe rafraîchissante.

Ah! quelles gorges chaudes*Gorges chaudes. Faire en société des plaisanteries sur quelqu'un. se firent encore de ces gringalets de choux, hauts sur tige et maigres comme petits bâtons ! Si seulement, en plantant des choux là où on n'en avait jamais vu, ces Dumay eussent mis des cabus, des milans, des choux connus! Mais des bruxelles! trois ou quatre feuilles au bout d'un manche à balai !

Cependant, à la longue, les manches à balai virent leur tige écailleuse se couvrir de petits bourgeons; et
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chaque bourgeon était un des mignons choux attendus. Suzette et Jacques les guignaient de l'œil; ils savaient bien tous deux ce qu'on en ferait!

Ils guignaient aussi, dans leur basse-cour, de jolis lapins, des volailles non pas grasses, non pas extrêmement distinguées*Distingué. Qui a une apparence, un extérieur annonçant des qualités peu ordinaires. , mais de ces volailles bien en chair, robustes, qui ont presque autant d'approbateurs que les grasses.

Et dans un coin du jardin allait s'épanouir une abondante floraison de chrysanthèmes, d'asters*Distingué. Qui a une apparence, un extérieur annonçant des qualités peu ordinaires. blancs, de réséda, en face du carré où se prélassaient, comme des rentiers, deux maîtres potirons.

Questionnaire.

  • — Quels effets produit le chaud soleil de juillet ?
  • — Exposez les travaux du laboureur pendant ce mois.
  • — Que se dit le laboureur à la vue d'une abondante récolte ?
  • — Comment était le chariot des Dumay au retour des champs ?
  • — Expliquez ce que représente chaque vignette de la page 104 ;
  • — de la page 103.
  • — Pourquoi les gens de Fragicourt étaient-ils surpris à la vue de la récolte du fermier ?
  • — De quoi avaient-ils ri, de quoi s'étaient-ils moqués ?
  • — Sur quel légume se faisaient-ils des gorges chaudes ?
  • — Que disaient-ils ?
  • — Qu'est-ce qui excitait l'attention de Suzette et de Jacques à propos des choux ?
  • — Que considéraient-ils également dans la basse-cour;
  • — dans le jardin ?

DÉVELOPPEMENT DES SUJETS PROPOSÉS POUR EXERCICES.

Morale.

    — LA ROUTINE.
  • — Qu'est-ce qu'agir selon la routine ?
  • — Puisque les hommes découvrent chaque jour de nouveaux moyens d'améliorer leur vie, que doit faire une personne sensée ?
  • — Si jamais on ne changeait rien dans ses habitudes de travail et dans ses procédés, que verrions-nous ?
  • — Montrez qu'il est cependant nécessaire de n'accueillir les nouveautés qu'avec prudence. Exemples.

Agir selon la routine, c'est faire les choses selon une méthode depuis longtemps pratiquée sans se préoccuper de savoir s'il existe ou non des améliorations.

Une personne sensée, qui n'ignore pas que chaque jour les hommes apportent des modifications avantageuses aux procédés en usage dans toutes les professions, cherche à s'instruire de ces modifications, à les essayer pour son compte personnel, et finalement à les adopter si l'expérience donne des résultats favorables.

Supposons qu'on n'ait jamais rien changé dans la manière de se loger, de se vêtir, de travailler, de se nourrir, etc., etc., où en serions nous aujourd'hui ? Nous couvrirons notre corps de peaux infectées; nous ferions notre nourriture des fruits âpres des bois ou de la chair crue des animaux; nous cultiverons la terre comme les sauvages avec un os ou un morceau de bois durci ; enfin, nous nous abriterions et nous coucherions soit sous les arbres, soit dans les cavités humides et sombres des rochers.

Et même si nous nous reportons à une époque à peine éloignée de nous d'un demi-siècle, nous n'userions ni des machines qui fabriquent les étoffes à un bon marché fabuleux, ni des chemins de fer, ni des
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télégraphes électriques, ni de ces procédés qui, en 50 ans, ont doublé la production de blé dans notre beau pays de France.

Toutefois il faut accueillir qu'avec prudence les modifications qu'on nous vante; elles peuvent avoir produit de bons effets au loin et, chez nous, ne pas répondre aux espérances des inventeurs. Le plus sage consiste à l'aire des essais sur une petite échelle et à consulter les gens expérimentés, avant de prendre un parti. Sinon on s'expose à des mécomptes qui, plus d'une fois, ont conduit à la ruine ceux qui les ont subis.

Composition.

  • — Plus d'une fois, vous avez fait, au mois de juillet, une promenade dans la campagne ou dans un jardin public ; décrivez ce que vous avez vu en cette circonstance.
  • — N'oubliez pas de joindre des réflexions, des remarques, à vos souvenirs.
(Voir comme modèles : Les quatre saisons et Le printemps, pages 245 et 249, Degré élémentaire et moyen du COURS DE COMPOSITION FRANÇAISE, par E. LAPORTE.)

Agriculture et Horticulture.

    — LE CHOU.
  • — Dire ce qu'est cette plante et, si l'on peut, comment on la cultive.
  • — Indiquer le procédé suivi pour conserver les choux en hiver.
  • — Espèces de choux; ce qui en fait la différence.

Le chou est une plante potagère dont certaines espèces cependant peuvent être adoptées comme plantes fourragères.

Le chou que nous cultivons au point de vue alimentaire est une plante bisannuelle dont les feuilles épaisses, à grosses nervures, se réunissent en une boule souvent plus volumineuse que la tête d'un homme. On le sème en pépinière et, au mois de mai, on le repique sur un terrain bien fumé ; il ne tarde pas à croître et, en fin de saison, ou peut l'utiliser.

Pour conserver les choux en hiver, il convient de les mettre à l'abri de la gelée, soit en les arrachant et en les enfouissant dans la terre, la racine en l'air, soit en les transportant dans une cave.

Les principales espèces de choux comestibles sont : les choux milans aux feuilles frisées, les choux cabus, les choux rouges. On appelle choux-fleurs une variété de choux dont les rameaux et les fleurs forment une masse blanche et tendre qui fournit un légume délicat. Le chou navet a une racine ronde et charnue comme celle du navet.

Les variétés fourragères sont : le chou cavalier rouge ou caulet de Flandre, le chou branchu ou chou mille-têtes du Poitou, et le chou mœllier.

Économie domestique.

  • — Comment fait-on cuire les choux pour un plat maigre ?
  • — Comment fait-on cuire des choux avec du bœuf ou du porc salé ?
  • — Que savez-vous de la choucroute ?
  • — Comment la mange-t-on ?
CHOU EN RAGOÛT.

— Faites-le blanchir dix minutes avec du sel; foncez la casserole de graisse, de lard de poitrine ou de jambon dessalé, et placez-y moitié de vos choux, soit par feuilles entières, soit hachés grossièrement. Assaisonnez de nouvelle graisse, de poivre, de sel, si l'on n'a pas mis de lard; ajoutez, l'autre moitié du chou; versez du bouillon ou de l'eau à hauteur de la moitié de la cuisson; faites cuire d'abord vivement, puis ensuite longtemps à petit feu. Quand la cuisson est achevée, faites écouler le jus produit, renversez le chou sur un plat en versant dessus la cuisson. On fait ce plat au maigre en n'employant que du beurre.

Souvent, le chou entre dans les légumes du pot-au-feu préparé soit
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à la viande de bœuf, soit à celle de porc salé. On l'introduit dans le pot en quartiers lorsque l'écume a monté et a été complètement enlevée.

CHOUCROUTE. — On appelle choucroute du chou préparé en conserve. On la fabrique avec des choux à grosse pomme, non frisés, que l'on coupe en filets minces au moyen d'un couteau spécial. On place dans un baril, sur un lit de sel, une couche de ces choux de huit centimètres de hauteur, et l'on sème dessus du genièvre, du poivre en grains et des feuilles de laurier; on foule avec un morceau de bois. On place une nouvelle couche de choux, une couche de sel, et de deux en deux lits, du genièvre, du poivre et du laurier, comme il vient d'être dit. Le baril étant plein aux trois quarts, est recouvert d'une forte toile, d'un couvercle de bois qui entre dans le fût, puis d'un poids de 30 à 40 kilogrammes. Bientôt la fermentation commence; le couvercle descend et l'eau qui se forme surnage; on en enlève une partie sans laisser le couvercle à sec. Au bout d'un mois, la choucroute commence à être bonne.

Pour accommoder et manger la choucroute, après l'avoir retirée du baril et lavée à plusieurs eaux, on la met dans une casserole avec un bon morceau de lard de poitrine fumé, des saucisses et des cervelas, de la graisse de rôti, du genièvre, du vin blanc et du bouillon. Faites cuire six heures, et même plus, à feu doux. Servez dessus le petit lard, les saucisses et les cervelas.

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