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51. — Au gui* Gui. Plante qui croit sur divers arbres, tels que pommiers, peupliers. l'an neuf !
La maison était en grande tenue de bas en haut, jusqu'à la girouette toute neuve, en forme de moulin à vent, l'œuvre de François. Ce jour de premier de l'an, elle indiquait le nord dune façon fort décidée.
L'air, très froid, semblait fait d'invisibles aiguilles ; le givre habillait de blanc les arbres du jardin, à peine voilé d'une buée* Buée. Vapeur blanchâtre très légère. légère.
D'un des arbres, un petit rouge-gorge depuis un moment avançait sa jolie tête,
guettant de ses yeux perlés, à droite, à gauche, devant, derrière. Il prit bientôt
son vol jusqu à la fenêtre, sachant bien que la
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manne* Manne. Ici, nourriture, qu'on
a seulement la peine de recueillir. , si rare aux oiseaux par ce temps
d'hiver, se trouvait là assez souvent. C'était le premier invité.
Presque aussitôt la porte s'ouvrit, et la face de François, suivie de celle de Charlot, se montra. Toutes deux luisaient de bon savonnage au-dessus d'une belle cravate cerise en nœud à coques. Les chemises bien blanches, les vestes et les pantalons parfaitement brossés, tout cela annonçait le grand gala* Gala. Grand repas. .
Comme le petit oiseau de tout à l'heure, les deux frères regardèrent à droite, à gauche, puis encore à droite, puis encore à gauche, et enfin ils s'écrièrent :
— Les voilà ! les voilà !
Le givre est le brouillard qui se dépose sous forme de glace sur les végétaux, les toits des maisons, etc., lorsque l'air se refroidit suffisamment.D'un côté arrivaient bras dessus, bras dessous, M. et Mme Valon, en compagnie de monsieur Georges Valon, tout fier de sa première culotte qu'il étrennait, et de mademoiselle Lucie Valon, une blondinette en capeline de tricot blanc de neige, semblable à un bouton de rose dans le duvet. Entre les enfants marchait la maman de toute la troupe, l'excellente Mme Liénard.
En même temps, paraissaient sur la droite la voisine Ludivine, son fils Vincent, sa fille Lisa et le vieux père Benoît.
M. Dumay, endimanché, tout rajeuni par un rasage de barbe soigné et par son linge blanc, les attend sur le seuil.
— Mes amis, soyez les bienvenus ! bonne année à vous tous !
Bonne année ! bonne année !
On s'embrasse.
— Salut, ami Jacques !.. Et Suzette ? où est Suzette ?
Allez la chercher par là d'où vient une si bonne, si
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subtype
accueillante odeur de bouillon savamment
mené* Mené. Dirigé, conduit. et de viande rôtie
!
On se presse dans la jolie salle où, pour la circonstance, le couvert est mis. La table est en bois blanc, et cela se voit, car il n'y a pas de nappe. Mais une chanson le dit : « On peut bien manger sans nappe », surtout si quelque main pleine de goût a suppléé* Suppléer. Ajouter ce qui manque. à ce petit luxe par un autre aussi joli, sinon plus. Près de chaque Branche de houx. Le houx est volontiers recherché pour l'ornement des bosquets. Le gui est une plante parasite qui croit sur certains arbres ; le gui de chêne était la plante sacrée des Gaulois. assiette étaient posées des branches de houx avec leurs graines rouges et des brins de gui avec leurs graines blanches comme de brillantes perles.
Mme Valon, pour qui rien de délicat n'était perdu, prit, au moment où l'on se mettait à table, une de ces branches de gui, et, l'élevant en l'air, poussa le cri joyeux de nos ancêtres les Gaulois :
— Au gui l'an neuf !
Et les Dumay répétèrent joyeusement :
— Au gui l'an neuf !
Questionnaire.
- — Comment était la maison au matin du 1er janvier ?
- — Qu'indiquait la girouette et quel temps faisait-il ?
- — Qu'est-ce que le givre ?
- — Que faisait un petit rouge-gorge ?
- — Parlez de la toilette de François et de Charlot.
- — Que regardaient-ils ; qui virent-ils arriver ?
- — Donnez quelques détails sur les enfants de Mme Valon.
- — Quels étaient les autres invités ?
- — Comment farent-ils tous reçus ?
- — Où était occupée Suzette pendant que son père recevait tout le monde ?
- — Comment avait-elle disposé le couvert ?
- — Quelle idée délicate eut Mme Valon ?
DÉVELOPPEMENT DES SUJETS PROPOSÉS POUR EXERCICES.
Morale.
- — Rappelez brièvement ce que vous devez à vos parents.
- —En quelles occasions leur exprime-l-on particulièrement son affec-
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tion, sa reconnaissance ? - — Que préparerez -vous, que présenterez vous alors à votre père, à votre mère, à vos frères, à vos sœurs, aux grands parents?
- — Pourquoi aimez-vous le premier jour de l'année ?
- — Quelles résolutions prend-on en ce jour ?
Mes enfants, au premier jour de l'année surtout, gardez-vous d'oublier ce que vous devez à vos parents : le bienfait de la vie, les soins donnés à votre enfance, la sollicitude, les fatigues, les veilles de celles qui vous ont mises au monde, leur indulgence, le travail auquel vos pères et vos mères s'assujettissent pour vous élever et pour préparer votre avenir, l'éducation que vous avez reçue et les bons exemples qu'ils vous ont offerts. Souvenez-vous qu'il y a dans ces mots, piété filiale, quelque chose qui indique que le père et la mère représentent Dieu sur la terre, et qu'il faut les honorer, les servir, leur obéir et les aimer. (D'après L. DE JUSSIEU.)
C'est une obligation de leur témoigner chaque jour son affection et son respect, mais il se présente des occasions où de touchants usages font aux enfants une loi d'exprimer leurs sentiments aux auteurs de leurs jours. Le premier jour de l'an, l'anniversaire de leur naissance et de leur fête, sont au nombre de ces époques. Qui n'est heureux alors de leur présenter, avec des fleurs, un travail, un objet préparés en secret à leur intention ?
Ces modestes offrandes, ces assurances d'une tendresse fidèle, resserrent les liens de la famille. Elles éclairent d'un rayon de joie les plus humbles chaumières ; elles donnent l'espoir de jours meilleurs lorsque le présent est attristé.
Histoire.
- — Que vous rappelez-vous de la religion des Gaulois ?
- — Qu'étaient les druides et les druidesses ?
- — Racontez avec quelles cérémonies on procédait à la récolte du gui de chêne.
Les Gaulois, nos pères, adoraient un dieu suprême, Ésus, le toutpuissant inconnu, le seigneur des forêts que les prêtres tremblaient de voir apparaître sous la voûte des chênes. Ils adressaient encore leurs hommages à d'autres divinités d'un ordre inférieur : Teutatès, le dieu du commerce et des relations sociales, le dieu redoutable de la nuit auquel on dédiait des monceaux de pierres ; Belen, le roi du soleil, qui réchauffait le cœur des braves et faisait croître le blé, la vigne et les plantes salutaires ; le premier mai, des feux étaient allumés de montagne en montagne dans toute l'étendue des Gaules, célébrant le triomphe annuel du radieux Belen sur le sombre hiver. Puis venaient : Camul, le dieu de la guerre, et Tarann, personnifié par le tonnerre. Les superstitions populaires peuplaient les forêts et les alentours des pierres sacrées, dolmens et menhirs, de génies malfaisants et de fées bonnes ou méchantes.
Les druides étaient les prêtres des Gaulois ; ils formaient une grande association et partageaient leur temps entre la méditation et l'enseignement. Ils ne sortaient de leurs sanctuaires que dans des occasions solennelles, pour présider aux sacrifices et remplir les augustes fonctions de juges.
Les druidesses, moins nombreuses que les druides, vivaient retirées dans des asiles situés parmi les îles les plus sauvages des côtes de la Bretagne ; on leur attribuait le pouvoir de guérir les maladies, d'apaiser par leurs chants les vents et les flots, et de prédire l'avenir. (D'après HENRI MARTIN.)
(Voir, pour la Cueillette du qui de chéne, la page 58 du COURS DE COMPOSITION FRANÇAISE (Degré supérieur, Partie du maître), par E. LAPORTE.)
Sciences naturelles.
- — LE GUI.
- —Décrire le gui.
- — Où croît -il ?
- — Où sont fixées ses racines ?
- — Où prend-il sa nourriture ?
- — Est-ce une plante utile ?
- — Doit-on la laisser sur les arbres oú elle se montre ?
- — Comment appelle-t-on les plantes de ce genre ?
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Sur les peupliers et les pommiers dépouillés de leur feuillage par les premiers frimas, on distingue souvent des touffes vertes appartenant à une plante distincte de l'arbre qui la supporte. Elles proviennent d'un végétal singulier, le gui, qui croît spontanément sur divers arbres, notamment sur le chêne ; ses racines pénétrent dans l'écorce de la tige et vivent à ses dépens. Les propriétaires ont donc tout intérêt à en débarrasser les peupliers, les pommiers et les chènes.
Hygiène.
- — LE FROID.
- — Quand éprouve-t-on du froid ?
- — Quelle action fâcheuse un froid rigoureux a-t-il sur le tempérament des enfants ?
- — Quelles indispositions, quels maux résultent du froid ?
- — Que faut-il faire pour s'en préserver ?
- — Doit-on se tenir toujours dans une chambre chauffée durant la saison d'hiver, et pourquoi ?
On éprouve une sensation de froid lorsqu’on entre en contact avec un corps (gaz, liquide ou solide) d'une température inférieure à celle de notre corps.
Un froid modéré n'exerce aucune action fâcheuse sur l'organisme des enfants lorsqu'ils sont bien vêtus et bien nourris; autrement, il devient la cause de nombreuses indispositions dont la gravité augmente à mesure que la température s'abaisse. Alors le sang est refoulé dans les organes intérieurs du corps, et il se déclare des rhumes, des catarrhes, des bronchites, des pleurésies, des fièvres inflammatoires.
On se préserve des effets dangereux du froid, et principalement du froid humide, par le chauffage modéré mais continu des lieux où l'on habite, et en portant des vêtements de laine, à la fois épais et légers. L'alimentation, dans la saison d'hiver, sera substantielle et assez abondante ; on boira un peu de vin pur si l'on doit rester longtemps exposé à l'air extérieur. Mais ce qui vaut encore mieux que ce régime, c'est l'exercice au dehors, la marche jusqu'à ce que la sensation du froid ait disparu, enfin les mouvements gymnastiques. Rien de plus fâcheux que de renfermer continuellement les jeunes filles dans des pièces fortement chauffées et, par cela même, imparfaitement ventilées; il faut, après qu'elles se sont bien couvert la tête et le cou, qu'elles courent et jouent en plein air.
Il est à remarquer que la plupart des maladies que les enfants contractent en hiver, proviennent du brusque passage du froid au chaud ou du chaud au froid.
