Suzette: a Digital Edition

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46. — Hier et aujourd'hui.

Mais le père Benoît mit bientôt un terme à cette légère émotion dont il profita pour remonter sur son dada qui était de rabaisser le présent au bénéfice du passé :

— Voilà ! dit-il, les hommes de ce temps-là étaient des hommes, comme le drap dont ils s'habillaient était du drap. On savait le faire durer; on n'était pas des mirliflors* Mirliflore. Jeune homme qui fait le coquet; l'agréable..

Et tout en regardant d'un air narquois la propreté, la
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gentillesse de la salle, les fleurs, en pots qui égayaient les appuis des fenêtres, il ajouta :

— Nous n'avions pas besoin de tout ca pour vivre; une maisonnette bien terrée* Terrée. Dont le sol est formé de terre battue. nous suffisait contre l'hiver; la porte y servait de fenêtre.

— Et quand vos petits terriers étaient bloqués par les neiges? demanda M. Valon.

— Nous restions chez nous.

— Et quand vos rues sans gravier se délayaient à n'y pouvoir mettre le pied?

— Nous avions des échasses ! Il vous faut, à vous, des rues pavées, des maisons de millionnaire* Millionnaire. Celui qui possède une fortune au moins égale à un million. avec de grandes fenêtres, du sable sur le carreau, le diable à quatre* Diable à quatre. C'est-à-dire ce qui fait grand bruit, ce qui produit beaucoup d'effet.! Sans compter les fins morceaux* Fins morceaux. Mets choisis. : de la viande presque tous les jours, tandis que nous en mangions une ou deux fois l'an, nous contentant de choux, de pois secs, de pommes de terre, de lait. Parlez-moi des gens que nous étions!

— Il y en avait avant vous de plus accommodants encore, répondit Mme Valon, c'étaient ceux qui habitaient des creux de rocher. Tu te souviens de la femme de la caverne, Suzette ?

— J'y pensais, Madame.

— Mais, ajouta M. Valon, ceux-là étaient encore des raffinés* Raffiné. Celui qui ne pratique pas la simplicité dans ses goûts et ses manières. auprès de leurs ancêtres, qui, sachant se passer même de ces antres, vivaient dans les fourrés, et couchaient sur la terre nue à l'abri des arbres.

— La vérité, dit Mme Valon, c'est, il me semble, que l'homme quitta le fourré pour la caverne, et celle-ci pour la hutte au soleil, bâtie de ses mains, à son gré.

Le groupement* Groupement. Action de réunir les gens pour agir en commun. lui permit alors la vie en société La pomme de terre. Ce précieux tubercule, dont Parmentier a propagé la culture en France, constitue une nourriture solide et saine. La fécule de pomme de terre est utilisée en pâtisserie et ou médecine.
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pour laquelle il est fait. Il commençait à s'affiner* Affiner. Devenir plus délicat, plus fin., à se donner une existence de plus en plus assurée et délicate.

Et cette continuelle recherche du mieux ennoblit l'homme en élevant sans cesse le but à atteindre, en stimulant* Stimuler. Exciter à faire une chose. ses facultés* Faculté. Le talent, l'aptitude, le pouvoir de faire une chose. d'intelligence et de travail. Et elle accroît aussi son plaisir de vivre. J'imagine encore, père Benoît, que nous n'échangerions pas trop facilement le pot-au-feu de chaque dimanche contre celui d'une fois l'an, les souliers contre les sabots, les moissons contre les jachères* Jachère. Terre cultivée que l'on a laissée reposer., les fleurs contre les ronces.

Là-dessus, le père Benoît, qui était au bout de sa pipe, donna le bonsoir, sans en dire plus.

Questionnaire.

  • — Quelle était la manie du père Benoît ?
  • — Répétez son observation malveillante.
  • — Quel aspect présentait la salle à manger ?
  • — Quelle nouvelle observation fit le vieux voisin ?
  • — Reproduisez la conversation qu'il eut avec M. Valon.
  • — Que lui dit Mme Valon sur les hommes des premiers âges ?
  • — Qu'ajouta sou mari ?
  • — Comment Mme Valon exposa-t-elle les progrès de l'homme pour son habitation ?
  • — Quel est le résultat de cette recherche du mieux ?
  • — Quelle chose plaisante finit-elle par dire au père Benoît ?

DÉVELOPPEMENT DES SUJETS PROPOSÉS POUR EXERCICES.

Morale.

  • — Ce qu'est la société.
  • — Avantages que les hommes trouvent à vivre en société.
  • — Obligations des hommes réunis en société, les uns envers les autres.
  • — Quelles sont, dans une société, les seules personnes dispensées de travailler ?

La société est un assemblage d'hommes unis par les liens de la famille et par des lois qui règlent leurs rapports communs.

L'homme est né pour vivre avec ses semblables. « En dehors de la « société, il devient une brute, » disait un ancien philosophe. L'homme isolé est condamné, soit à périr s'il devient malade ou âgé, soit à vivre misérable.

Les hommes réunis en société se protègent et se prêtent un secours mutuel. Tout ce que fait l'un d'entre eux profite aux autres; il naît ainsi des relations, des sentiments qui adoucissent les misères de la vie et diminuent les craintes que cause l'incertitude de l'avenir.

Les sociétés humaines sont fondées sur des engagements qui obligent chacun des membres à ne rien faire qui porte préjudice à autrui, et sur la soumission à une autorité protectrice des droits de chacun et de tous. Il en serait autrement que les faibles seraient opprimés par les plus forts, régime qui détruirait la morale et troublerait les relations qui se forment entre les hommes.

Celui qui vit en société a pour obligation principale de travailler, puisque le travail de chacun profite à la société entière; les infirmités de la vieillesse, la faiblesse du premier âge seules peuvent en dispenser, en dehors de certains cas exceptionnels, comme la perte de la vue, une paralysie, etc.

Composition.

  • — Décrire une petite maison rurale que ses habitants se plaisent à entourer, à garnir, à embellir d'arbustes d'agrément, de fleurs, d'espaliers. Opposer à ce tableau celui de ces habita-
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    tions malpropres dont l'intérieur et l'extérieur témoignent de l'incurie des gens qui les occupent.

(Voir Degré élémentaire et moyen du COURS DE COMPOSITION FRANÇAISE, par E. LAPORTE, pages 230 et 312.)

Horticulture.

  • — Quelles fleurs et plantes peut-on entretenir, en hiver, dans les chambres d'une maison ?
  • — Quels soins réclament-elles ?
  • — Quelles plantes d'agrément peut-on conserver, en hiver, dans un lieu chaud, pour les repiquer au printemps ?

Les fleurs sont l'ornement de la maison; durant la belle saison, elles s'épanouissent aux alentours, grimpent le long des murailles, ornent les fenêtres de leurs corolles embaumées, aux couleurs éclatantes. En hiver, elles font à l'intérieur la joie des regards; elles nous procurent comme un reflet des beaux jours.

On peut avoir à peu de frais nombre de fleurs à la maison pendant la saison rigoureuse, pourvu qu'on ait eu la précaution de les rentrer avant les premières gelées d'automne. Telles sont les chrysanthèmes, les géraniums, les pensées, les crocus, les jacinthes, les tulipes, les primevères, les bruyères et jusqu'aux violettes.

Ces plantes ne prospèrent qu'à la condition d'être maintenues à une température douce et égale et de recevoir le plus longtemps possible les rayons du soleil. Il est utile de les arroser de temps en temps avec de l'eau attiédie et de les débarrasser des poussières provenant de l'atmosphère des chambres. A cet effet, on a la précaution de les changer de pièce lorsqu'on balaye ou époussète, à moins qu'on ne les recouvre d'un voile.

Économie domestique.

  • — Combien en coûterait-il à une jeune fille pour orner sa chambre, en hiver, de deux pieds de jacinthes, d'une bruyère, d'un feuillage et d'un petit camélia? (Calculer séparément le prix des pots, des caïeux de jacinthes, etc.)
  • — Voir au besoin un jardinier fleuriste.

MODÈLE. — Prix de 5 pots à fleurs à 0f, 15 l’un. . . . . . . . .

Prix de 2 caïeux de jacinthes à 0f, 23 l'un. . . . . . .

Prix d'un pied de bruyère. . . . . . . . . . . .

TOTAL. . . . . .

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