Suzette: a Digital Edition

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33. — Au feu !

Mais le sommeil ne le continua pas. Il apporta à Suzette un autre songe, affreux, épouvantable. Elle escaladait une montagne à pic*A pic. Avec pointe escarpée., audessus d'un abime ; la peur, le vertige* Vertige. Indisposition dans laquelle il semble que les choses tournent autour de vous. lui coupaient la respiration, elle suffoquait* Suffocation. État de celui qui ne peut plus respirer à cause d'une vapeur nuisible. . Tout à coup une pierre énorme roulant d'en haut la renversa et la réveilla.

Égarée, elle s'accouda sur son lit. Elle étouffait réellement, non pas sous une pierre, mais sous une âcre* Acre. Qui cause dans la bouche ou la gorge une sensation piquante et brûlante. fumée qui emplissait la chambre. Une flamme lourde, rampante, léchait par en bas la porte de communication de la Hélas ! pourquoi M. Dumay n'avait-il pas assuré sa maison ? chambre et du fournil ; puis brusquement, s'élevant en fusée de feu d'artifice, elle lança une gerbe d'étincelles crépitantes* Crépiter. Bruit causé par un corps qui brûle en pétillant. .

Aussitôt à terre, Suzette avait déjà passé un jupon, jeté sur son dos une petite couverture, tout en essayant
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de crier ; mais l'épouvante, la suffocation retenaient sa voix qui n'était qu'un murmure :

— Au feu ! au feu !

Enfin, se traînant hors de cette atmosphère asphyxiante* Asphyxie. Suspension de la vie causée par la respiration de certaines vapeurs ou par l'impossibilité de respirer. , dans le corridor seulement elle put donner l'alarme. La famille se leva et cria comme elle :

— Au feu ! au secours !

Il fallut fuir aussitôt ; la flamme gagnait avec une furieuse rapidité !

— Malheureux enfant ! s'écria le père en poussant François devant lui ; le feu a pris par le fournil ; c'est certainement toi l'incendiaire !

Le village s'éveilla, accourut ; la cloche tinta pour appeler les villages voisins. Des pompes ? on parlait, et même depuis longtemps, d'en avoir à Fragicourt. On en parla encore en ce moment. Mais ce ne sont pas les paroles qui éteignent les incendies.

Les flammes se moquèrent à l'aise des quelques potées d’eau qu'on leur jetait de ci, de là. Elles éclatèrent de partout, éclairant les visages consternés.

Enfin la pompe du chef-lieu de canton arriva et engagea la bataille. Plus d'une fois on la crut gagnée ; mais soudain la flamme abaissée se redressait victorieuse au bruit d'épouvantables effondrements :

— Voilà la maîtresse* Maîtresse poutre. La poutre qui supporte le plancher. poutre qui flambe !... voilà le plafond qui s'écroule... Tout est perdu ! Sauvez la grange ! criait M. Dumay, vacillant comme un homme ivre.

La pompe, bien manœuvrée, inonda les murs de la grange, de l'écurie et parvint enfin à les préserver.

De l'habitation, il restait les quatre murs ; du mobilier si tendrement soigné, quelques débris fumant sur le sol inondé.

Là, fut le vieux buffet de famille ; là, furent les lits qui avaient vu partir les morts et naître les vivants ! Adieu à toutes ces reliques ! adieu à tous ces amis ! Le buffet venait de l'aïeul, la table à manger du grand-père ; la pauvre maman avait choisi les chaises !

Des lamentations* Lamentation. Plainte accompagnée de gémissements, de marques de douleur. , accompagnaient ces souvenirs. C'était fini !

7.
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Les villageois se dispersèrent. M. et Mme Valon, et tout aussitôt la voisine Ludivine, offrirent un gite. M. Dumay remercia :

— Oui, à tout à l'heure !

Questionnaire.

  • — Quel songe affreux agitait Suzette ?
  • — Qu'est-ce qui produisait ce cauchemar, cet étouffement ?
  • — Comment l'incendie lui apparut-il ?
  • — Que fit la jeune fille pour donner l'alarme ?
  • — Comment ahandonnèrent-ils tous la maison ?
  • — Qui empécha qu'on donnât immédiatement des secours efficaces ?
  • — Comment l'incendie fut-il combattu par la pompe du chef-lieu de canton ?
  • — Que restait-il de la maison ?
  • — Quels regrets navrants inspirait le désastre ?
  • — Qui donna asile à la pauvre famille ?

DÉVELOPPEMENT DES SUJETS PROPOSÉS POUR EXERCICES.

Composition.

  • — Décrivez la dernière maison incendiée que vous avez vue (rappelez vos souvenirs du lendemain du désastre).
  • — Donnez quelques détails sur l'incendie.
  • — Qui combat les ravages du feu ?
  • — Que pensez-vous des pompiers ?

(Voir COURS DE COMPOSITION FRANÇAISE, Degré élémentaire et moyen, par L. LAPORTE, Partie du maître, page 247.)

Sciences naturelles.

  • — Qu'est-ce que respirer ?
  • — Par quoi respire-t-on ?
  • — Quelles sont les différentes parties de l'appareil respiratoire ?
  • — Quelle action l'air a-t-il sur le sang amené aux poumons par les veines ?
  • — Quels conduits distribuent le sang régénéré dans tous les organes du corps ?
  • — Fonctions du cœur.

Respirer, c'est introduire de l'air dans la cavité de la poitrine par la bouche ou le nez et la trachée-artère ; ainsi l'on rend au sang les propriétés qu'il avait perdues en circulant dans le corps.

Outre les organes que nous venons de citer, l'appareil respiratoire comprend les bronches, formant deux canaux qui naissent à la base de la trachée-artère, et les poumons, grosses masses charnues disposées à droite et à gauche de la poitrine, dans lesquelles les bronches se ramifient en une multitude de petits conduits dont la fonction est d'introduire l'air dans toutes les parties des poumons.

L'air, en pénétrant dans ce dernier organe, y purifie le sang veineux chargé de carbone (1) ; il se produit une sorte de combustion lente à laquelle il faut attribuer la cause de la chaleur naturelle de notre corps. Le sang, ainsi régénéré et chargé d'oxygène, se rend au cœur, qui le refoule violemment dans les artères, d'ou il est dirigé dans les membres et les diverses parties du corps. Les veines, qui prennent naissance aux extrémités des ramifications des artères, le ramènent au point de départ en passant par les poumons.

Industrie.

  • — LE FEU.
  • — Ce qui le produit.
  • — Ce qui l'entretient.
  • — Quels combustibles servent a cet objet ?
  • — Services que rend le feu pour les divers besoins de l'homme.

Le feu est le résultat de la combinaison rapide d'un gaz appelé oxygène avec un corps, tel que le carbone, le soufre. Il se produit alors de la flamme, des vapeurs, avec un dégagement considérable de chaleur.

(1) Le carbone ou charbon est l'élément dont le bois et la chair sont formés en presque totalité, ce qui explique comment, en circulant dans le corps, le sang est cdhargé de cette matière.
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On entretient le feu avec des substances appelées combustibles, et dans cette catégorie nous citerons le bois, la houille, la tourbe, les résines, les huiles, les graisses, les essences, l'alcool, le gaz hydrogène, etc.

Le feu rend d'immenses services. Il donne aux aliments la saveur et les qualités digestives qui les rendent plus agréables au goût et plus nourrissants ; il nous permet de combattre les rigueurs de l'hiver ; il assouplit et amollit les métaux de manière qu'on les travaille avec facilité. Le feu transforme l'eau en vapeur et nous dote ainsi d'une force bien plus puissante que l'air et l'eau sous le même volume. La flamme qu'il développe éclaire nos appartements, nos ateliers, nos rues, pendant les longues nuits d'hiver ; il détruit enfin les substances dont la décomposition à l'air libre serait une cause d'infection.

Économie domestique.

  • — Dangers que présente le voisinage du feu pour les enfants.
  • — Quelles précautions doivent prendre surtout les petites filles ?
  • — Quels soins réclament les brûlures légères ?
  • — Quels soins réclament tes brûlures graves ?
  • — Comment éteint-on ou diminue-t-on la violence d'un feu de cheminée ?
  • — Comment éteint-on ou diminue-t-on la violence d'un feu de pétrole, d'essence ?
  • — Comment doit-on secourir une personne dont les vêtements sont enflammés ?
  • — Quand dit-on qu'une personne est asphyxiée ?
  • — Quelles causes peuvent produire l'asphyxie ?
  • — Quels sont les secours à donner aux asphyxiés ?

Si le feu présente de grands avantages, on n'en use point toujours sans danger, et si l'on ne prend pas toutes sortes de précautions pour éviter qu'il ne s'étende, il peut causer des accidents terribles et des dommages considérables.

Les petites filles, dont les vêtements sont amples et flottants, se garderont d'approcher des poèles et des foyers allumés ; elles ne manieront pas sans attention les chandelles, les bougies, les lampes à pétrole ou essence, et les tiendront à distance des rideaux. Qu'elles ne jouent jamais avec les allumettes !

Les brûlures légères sont traitées par l'eau froide. Celles qui produisent des ampoules, n'ont de gravité que si elles s'étendent sur une surface considérable. Quand la peau est atteinte ou détruite, le mal est grave.

Voici le traitement que l'on conseille pour les brûlures :

Baigner la plaie dans de l'eau froide qu'on renouvellera fréquemment, ou laisser tomber dessus un filet d’eau sur la partie atteinte. On peut encore y appliquer des linges humides, qu'on remplacera par d'autres dès que le retour de la douleur annoncera qu'ils sont échauffés.

Une fois la douleur passée, on panse la brûlure avec des compresses de ouate et des décoctions de racine de guimauve ou de fleurs de sureau. On pique les ampoules pour faire écouler le liquide qu'elles renferment, et l'on applique sur la partie malade des feuilles de papier brouillard ou du linge troué derrière lequel sera de la charpie. Papier et linge seront enduits, soit de cérat, soit de beurre frais. Si l'épiderme est profondément atteint, appelez sans retard le médecin, et, en attendant son arrivée, plongez le membre dans l'eau froide ou versez dessus un filet d’eau.

On éteint un feu de cheminée ou l'on en diminue la violencn en fermant l'ouverture du foyer, soit au moyen de paille humide, soit en plaçant en avant une couverture mouillée. Sur un feu de pétrole ou d'essence, on jette du sable ou de la terre.

Lorsque les vêtements d'une personne sont enflammés, il faut la coucher sur le sol et l'y rouler en attendant qu'on ait apporté une
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couverture, mouillée ou non, pour l'envelopper. On intercepte ainsi l'accès de l'air qui seul permet la combustion.

Une personne est asphyxiée lorsqu'elle a perdu connaissance par suite de la suspension de l'acte de la respiration. Les noyés mourent par asphyxie comme les personnes qui pénêtrent dans une atmosphère formée d'acide carbonique. Ce dernier gaz se dégage des cuves et des tonneaux où fermente le vin ; il se trouve encore dans les puits abandonnés et les cavités souterraines où l'air pénêtre difficilement.

On secourt les asphyxiés en les transportant au grand air et en cherchant, par des frictions et le mouvement lent des bras, à ranimer la sensibilité ainsi que le jeu des organes respiratoires.

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