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13. — Une bonne idée.
Suzette exposa la double question au papa.
— Hum ! hum ! répondit-il en se grattant l'oreille, des souliers, une robe, tout à la fois ! Si tu attendais que j'eusse vendu mon blé ? car je ne pourrais, jusque-là, t'offrir qu'une vingtaine de francs.
— Parfait, vingt francs ! Vingt et trente font cinquante ; j'ai trente francs d'économies.
— Trente francs ! Tu ne m'as donc pas remis tout le produit des œufs et de la volaille ?
— Si, papa.
— Eh bien, alors ? Suzette leva l'index :
— Eh bien, papa, écoutez ! Les quinze grammes de café que nous dépensons chaque matin coûtent dix centimes ; à ce prix-là, combien coûte le demi-kilogramme ?
Elle attendit la réponse, qui ne vint pas vite : M. Dumay ne se piquait pas d'arithmétique* Se piquer d'une chose. Se glorifier de la bien connaîtra..
— Il coûte trois francs trente-trois centimes, reprit Suzette. Or j'ai eu, depuis quelque temps, l’idée de l'acheter, non
plus par miettes, mais par
Le café. Branche de caféier, avec ses fruits ; à côté, un de ces
fruits contenant deux grains de caféverts ; c’est dans cet état que le café
est brûlé par l'épicier dans un cylindre qu'il tourne avec une manivelle
au-dessous d'un brasier. Le café prend alors une couleur marron
foncé.
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demi-kilogramme d'un coup, et je ne le paye plus que deux
francs soixante. J'épargne ainsi au marchand la peine de peser trop souvent, et il
me reste, à moi, soixante-dix centimes. Avec quelques autres économies de ce genre
sur diverses denrées* Denrée. Tout ce qui se vend pour la
nourriture des hommes et des animaux., en dix mois ç'a été trente beaux
francs. Rien n'est plus cher que d'acheter sou à sou, par petite quantité.
Elle tira d'une boîte deux pièces jaunes toutes brillantes, puis alla chercher son livre de comptes.
Le père mit ses lunettes, les promena du haut, en bas de la comptabilité* Comptabilité. L'ensemble des comptes d'un ménage ou d'une maison de commerce. proprette qui se voyait là, et courut à l'addition, aux deux pièces d'or présentes et probantes* Probant. Qui donne ou fournit la preuve..
— Bien ! dit-il, enchanté ; ta mère n'a pas trouvé ça, parce qu'elle était moins instruite que tu ne l'es. C'est d'un cœur ingénieux* Ingénieux. Plein d'invention. et tendre que naissent les bonnes idées ménagères. D'une économie aussi sage nous viennent un peu plus d'abondance, de bien-être* Bien-être. Ce qui contribue à rendre l'existence commode ou agréable.. Et vive ma fillette qui est une bonne petite mère !
Les yeux de Suzette brillaient joyeusement. Il lui caressait doucement les cheveux :
— Je veux donc, reprit-il, qu'elle ait une jolie robe ; et elle l'achètera elle-même, dès demain ; j'attellerai le char à bancs* Char à bancs. Voiture longue et légère garnie de plusieurs bancs. pour la conduire à la foire de Saint-Quentin !
La préparation du café. Il faut avoir soin de moudre le cafésoi-même pour que l'arôme se conserve plus longtemps ; faites bouillir de l'eau, jetez-la ensuite sur le café en poudre que vous avez mis sur le tamis de la cafetière et, dès qu'il est passé, versez-le bien chaud. En été, le café froid coupé d'eau est une boisson hygiénique et réconfortante.Page: 46
Questionnaire.
- — Que répondit le père lorsqu'il fut question de l'achat d'une robe et de souliers ?
- — Comment Suzette s'était-elle procuré les 30 francs nécessaires aux achats en question ?
- —Donnez des détails sur le genre d'économies qu’elle avait pratiqué ?
- — Qu'en pensez-vous ?
- — Que répondit le père ?
- — Quelle décision fut prise alors ?
- — Qu'est-ce que le caféier ?
- — Comment grille-t-on le café ?
- — De quelle manière se prépare une tasse de café noir?
DÉVELOPPEMENT DES SUJETS PROPOSÉS POUR EXERCICES.
Morale.
- — Faut-il dépenser tout ce qu'on gagne, et pourquoi ?
- — Comment appelle-t-on l'argent qu'on épargne ?
- — Quelles dépenses inutiles font bien souvent les hommes ?
- — Que pensez-vous des fâcheuses habitudes qu'ils contractent de cette manière ?
Les personnes qui dépensent au jour le jour ce qu'elles gagnent, ne sont ni raisonnables ni prudentes. Qu'il survienne un chômage, une maladie : comment alors fera celui dont toutes les ressources dépendent du travail quotidien ? Si un vêtement se trouve hors d'usage, si le moment arrive de renouveler la provision de chauffage, si le terme de loyer vient à échoir, comment se pourvoira-t-on de ces objets et comment, réglera-t-on ses affaires si l'on n'a point d'argent réservé? Il faut donc ne jamais dépenser tout ce qu'on gagne à mesure qu'on en touche le montant.
L'argent qu'on met de côté en vue des besoins de l'avenir, constitue ce qu'on appelle des économies.
Souvent les ouvriers s'habituent à dépenser chaque jour de petites sommes : 10, 15, 20, 30 centimes pour tabac, café, liqueurs. Il leur semble que ce n’est rien, et cependant ces menues dépenses, par leur répétition même, s'élèvent en fin d'année à une somme considérable avec laquelle ils pourraient assurer le repos de leur vieillesse ou faire face à des nécessités urgentes.
Calcul.
- — Avec les 10 ou 16 centimes qu'un homme dépense inutilement chaque jour, quelle somme est prélevée sur le gain d'une année ?
- — Que pourrait-on payer ou acheter avec cet argent pour l'entretien du ménage ?
A raison de 0 fr. 10 par jour, la dépense en question
s’élèverait à ..................................... 30 fr. 50
A raison de 0 fr. 15, la dépense s’élèverait à ……….. 54 fr. 75
Avec cet argent sottement dépensé, il aurait pu louer un jardin dont on aurait tiré les légumes nécessaires à la cuisine du ménage, — acheter la provision de bois ou de charbon pour l'hiver, — ou bien encore payer un semestre de loyer, munir les enfants de chaussures et de bas bien chauds, lorsque survient la saison rigoureuse.
Industrie.
- — A qui et à quoi servent les lunettes ?
- — Quelle est la forme des verres de lunettes ?
- — Comment nous apparaissent les choses à travers les deux sortes de verres employées dans les lunettes ?
- — Qu'est-ce que l'instrument appelé lunette ?
- — Quels services rend-il ?
Les lunettes ou besicles remédient aux défauts des vues faibles ou fatiguées, comme celles des vieillards et des personnes myopes.
Les premiers ne peuvent bien voir s'ils n'éloignent les objets de leurs yeux, ce qui fait qu'il leur est presque impossible de distinguer les petits objets et de lire ou écrire facilement. Les myopes doivent, au contraire, rapprocher les choses de manière à les amener presque au contact des yeux, de sorte qu'ils ne peuvent apercevoir celles qui sont éloignées ; pour eux, il n'y a ni beaux paysages, ni horizons étendus.
Selon que les lunettes sont pour l'usage des vieillards ou des myopes,
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les verres sont bombés des deux côtés ou concaves,
c'est-à-dire creusés vers le centre.
L'instrument appelé lunette est un tube cylindrique, noirci intérieurement, dans lequel on dispose des verres de forme lenticulaire. La lunette rapproche les objets situés à de grandes distances ; elle rend ainsi les plus utiles services aux navigateurs, aux militaires, enfin aux astronomes à qui elle a donné le moyen d'étudier les astres dans tous les détails de leur conformation.
