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18. — Laine et coton.
Le soir même, après la rentrée au village, au bruit des trompettes de deux sous dont sonnaient ses deux jeunes frères, Suzette alla montrer son achat à Mme Valon.
— Est-ce là de la laine ?
Mme Valon ayant examiné l’étoffe et parfilé*Parfiler. Défaire un tissue fil à fil. plusieurs fils de la trame*Trame. Fil conduit par la navette entre les fils qui constituent la chaine d'une étoffe. et de la chaîne*Chaîne. Les fils tendus sur les deux rouleaux de gauche et de droite d'un métier., fit une petite moue peu rassurante.
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Puis elle alluma une bougie, en approcha un fil ; le fil commença de brûler avec une petite flamme courte, laissant après elle une cendre compacte*Compact. Qui est épais et serré. et grasse ; en même temps, une légère odeur de roussi particulière et connue se dégagea. Quatre autres fils, éprouvés de même, donnèrent la même flamme, la même odeur, et Suzette se rassérénait ; son nez lui disait : Voilà l'odeur de la laine qui brûle.
Mais au cinquième fil, changement de spectacle. Celui-ci s'enflamma et, comme un petit éclair, d'une seule et rapide traînée, arriva au doigt qui le tenait, répandant une odeur nouvelle également caractéristique*Caractéristique. Qui fait connaître les qualitiés ou défauts propres à une chose. et connue, celle du brûlain.
Et le brûlain c'est du coton ou du fil, chacun le sait ; et Suzette le savait aussi pour en avoir empli plus d'une fois la boite du briquet*Briquet. Petite pièce d'acier servant à tirer du feu d'un caillou. paternel.
Le brûlage d'autres fils ne donna guère que cela.
Le résumé de l'analyse*Analyse. Opération qui a pour objet de distinguer les parties d'une chose. fut : sept parties de laine, trois de coton ; article de fabrication étrangère ; mauvaise contrefaçon*Contrefaçon. Action de copier, d'imitier l'œvre qu'un autre a découverte ou qu'il a seul le droit de faire. de nos honnêtes tissus de Reims et de Roubaix.
— Tu as payé cela de deux francs à deux francs vingt-cinq centimes ?
4 Le métier à tisser.Page: 66
— Trois francs, hélas ! oui, Madame, trois francs ! Il n'y avait ni sergé ni bleu marine. Les Parisiennes n'en veulent plus !
Elle se mit à pleurer sur sa sottise, sur son bon argent, sur son mauvais cachemire vertbouteille.
— On apprend à ses dépens comme le corbeau de la fable, lui dit Mme Valon. Tu as laissé tomber dans la gueule du renard un fromage d'une dizaine de francs. J'aurais dû songer à te prévenir, à te dire aussi que depuis longtemps on n'achète plus ses robes à la foire. Les chemins de fer, qui tranportent partout, et à commandement, les tissus d'Elbeuf, de Lodève et de Sedan, les toiles de Cambrai, de Lisieux, les soieries de Lyon, les dentelles d'Alençon, de Valenciennes, les jambons de Bayonne, les couteaux de Châtellerault, les armes de Saint-Étienne, et non seulement les produits de la France, mais aussi ceux du monde entier, les chemins de fer ont supprimé les foires.
Jadis, une fois l’an, elles se tenaient en des lieux marqués, comme, par exemple,
à Aix-la-Chapelle*Aix-la-Chapelle. Ville
d'Allemagne située près de la
Belgique., d’ou celle du Landit, instituée par
Charlemagne, fut
Le chanvre. On tire de cette plante, comme du lin, une filasse
abondante avec laquelle on fabrique du fil, de la toile et des
cordes.
Le ver à soie. Le ver à soie se nourrit de feuilles de mûrier. Il
laisse échapper de sa lèvre inférieure une sorte de liquide qui, en séchant,
forme un fil ; le ver s'enveloppe petit à petit de ce lit et finit par s’en
faire une prison après vingt jours de cet emprisonnement, de la dépouille du
ver sort, par un trou fait dans le cocon, un joli papillon. C'est avec les
fils provenant du cocon dévidé que se fabriquent les étoffes de soie, robes,
rubans, velours. C'est à Lyon que se trouvent les
plus grandes fabriques de soieries.
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transférée à Saint-Denis par
Charles le Chauve.
Beaucaire, Provins, Troyes, Saint-Quentin, « ville drapante », appelaient à elles tous les acheteurs du monde. Aujourd'hui, les foires sont en permanence*En permanence. Se dit de ce qui demeure longtemps dans un même lieu. chaque jour dans chaque ville, en de beaux magasins.
— Hélas ! dit tristement Suzette, j'ai aussi acheté à la foire des souliers pour Charlot, les souliers du Juif-Errant.
— Les souliers du Juif-Errant ? Il les y avait donc laissés ? dit en riant Mme Valon. Puis, redevenue sérieuse :
— Ma chère enfant, il faut apprendre de tout côté ce qu'on doit savoir ; il faut se connaître en étoffes, en souliers, comme en pain, en légumes, en viande ; sans quoi, tu vois ce qui vous arrive.
Questionnaire.
- — Quel était l'objet de la visite que fit Suzette à Mme Valon ?
- — Comment cette dernière discerna-t-elle la nature de l'étoffe ?
- — Qu'eu conclut-elle ?
- — Que dit Suzette pour expliquer son achat ?
- — Pourquoi pleura-t-elle ensuite ?
- — Est-il prudent d'a-cheter aux foires l'étoffe des robes ?
- — Pour quel motif ?
- — Que savez-vous des anciennes foires ?
- — Qu'est-ce qui en explique l'importance ?
- — Quelles villes étaient renommées pour leurs foires ?
- — Quel dernier conseil donna Mme Valon à Suzette ?
DÉVELOPPEMENT DES SUJETS PROPOSÉS POUR EXERCICES.
Économie domestique.
- — Qui est chargé des achats du ménage ?
- — Comment faut-il s'y prendre pour acheter en de bonnes conditions ?
- — A quels marchands vous adresserez-vous de préférence ?
- — Est-il prudent de s'attacher à acheter à bon marché ?
Dans chaque ménage, le soin des achats revient à la mère de famille ; par conséquent, la bonne situation du budget de ménage dépend de l'intelligence avec laquelle elle règle les dépenses. Il faut qu'elle sache acheter à propos ; acheter lorsqu'elle a de l'argent disponible et non à crédit, car le crédit se paye cher ; acheter enfin en connaissance de cause, de manière à ne pas se laisser séduire par des marchands peu scrupuleux.
Elle s'adressera de préférence aux négociants de la localité ou de son quartier ; ce lui sera une garantie. Un passant, un forain, n'a point intérêt à vous satisfaire, puisqu'il ne reviendra jamais.
Voici une dernière condition pour n'être pas dupe : ne recherchez pas le meilleur marché. Ce qui est bon coûte cher et doit coûter cher. Comme le dit un proverbe : On en a toujours pour son argent. Évitons donc ces soi-disant occasions, les annonces tapageuses ou les naïfs se laissent prendre ; car, une fois le marché conclu, il n'y a plus à revenir, et l'argent si péniblement gagné est irrévocablement perdu.
Français.
- — Écrire et analyser tous les noms propres de la leçon.
- EXEMPLE. — Suzette, n. pr. fém, sing. — Reims, n. pr, masc. sing.
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N. B. — Cet exercice sera fait oralement, de préférence. Il donne un spécimen des sujets d'analyses qu'on peut tirer du texte d'une leçon de lecture.
Sciences naturelles.
- — Qu'appelle-t-on ver à soie ?
- — A quel animal ressemble-t-il ?
- — Quels sont les quatre états sous lesquels le ver à soie nous apparaît successivement ?
- — D'où cet insecte est-il originaire ?
- — Où l'élève-t-on en France ?
- — Comment le nourrit-on ?
- — Qu'est-ce que les cocons ?
Le ver à soie naît dès œufs que pond un joli petit papillon de couleur grise, originaire de la Chine et du Japon. On élève cet insecte, dans nos pays du moins, à l'intérieur de salles chauffées, et on le nourrit avec les feuilles du mûrier. Il croît rapidement et devient une chenille blanchâtre qui, au bout de quelques semaines, se met à filer un cocon (voir la gravure, 18e leçon) dont la matière est la soie.
L'animal s'y transforme en chrysalide, et, si on le laissait dans cet état, il arriverait qu'au moment où la chrysalide devient un papillon, le nouvel insecte salirait et crèverait le tissu pour se créer une issue, puis s'envolerait.
- LE CHANVRE.
- — Quel est l’aspect de la plante qui donne le chanvre ?
- — Décrire l'opération du rouissage, en dire l'objet, ainsi que pour le teillage.
- — Comment peigne-t-on le chanvre ?
Le chanvre, plante textile annuelle des régions tempérées, est une sorte d'arbuste qui atteint deux à trois mètres de hauteur et qui porte des feuilles allongées dont l'odeur est pénétrante. Il donne des graines noirâtres et luisantes, de nature huileuse, connues sous le nom de chènevis. On le cultive dans les terrains d'alluvion, car il réussit seulement sur les sols riches.
A la fin du mois d'août, les tiges, arrachées à la main, sont rassemblées en bottes de 20 à 25 centimètres de diamètre. Pour que la pellicule qui recouvre ces tiges puisse se détacher facilement, on fait séjourner les bottes pendant une quinzaine de jours dans l'eau d'un ruisseau ou d'un étang : c'est l'opération du rouissage. Puis on les expose au grand air et au soleil pour qu'elles sèchent, et l'on procède au teillage, c'est-à-dire qu'on enlève à la main ou à l'aide de machines les fibres qui les recouvrent. Pour peigner le chanvre, deux ouvriers assis à chaque bout d'un banc passent à tour de rôle, entre les dents de fer d'un peigne établi au milieu de ce banc, leur poignée de chanvre.
Le lin est une autre plante textile de petite dimension, cultivée dans la région septentrionale de la France. On en fabrique des toiles estimées et des dentelles.
Industrie.
- — Que fait-on des cocons, puis des fils de soie ?
- — Citer les étoffes fabriquées avec des fils de soie.
- — Prix du mètre de chacune.
- — A quoi servent-elles ?
- — Leurs avantages et leurs inconvénients.
- — (Questions analogues sur le chanvre.)
Lorsque les cocons sont achevés, on en fait périr la chrysalide en les jetant dans une chaudière d'eau bouillante. Lorsqu'ils sont retirés et séchés, des femmes et des jeunes filles les dévident, et l'on obtient ainsi des écheveaux d'une soie blanche ou jaune qu'on teint et qu'on tisse de manière à obtenir ces belles étoffes connues sous le nom de soieries.
Les principales sont : le satin, la faille, la moire, le surah, le foulard, la gaze, le velours, les dentelles, le brocart, le damas, et celles si connues sous le nom de rubans.
Le mètre de satin coûte... ; celui de faille....., etc.
Ces étoffes servent à confectionner les robes, les rideaux, les chapeaux,
les écharpes, les drapeaux, les bannières, les bas ; on en recouvre les
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parapluies et les ombrelles. En général, elles
ont un brillant très doux à l'œil ; mais elles se coupent et se graissent
facilement par l'usage.
La filasse de chanvre donne des fils résistants avec lesquels on fabrique des toiles de ménage, des toiles à voiles et les cordages employés dans la navigation principalement.
Géographie.
- — Indiquer les provinces et les départements où sont situées les villes françaises nommées dans la leçon.
EXEMPLE. — Reims, dép. de la Marne, Champagne. —Roubaix, dép. du Nord, Flandre. — Elbeuf, dép. de la Seine-Inférieure, Normandie, etc.
